«Nous vivons aujourd’hui l’heure de la vérité», a lancé Jean-Paul II au dernier jour de sa visite pastorale en Tchéquie, où il a présidé, le 27 avril après-midi, une prière oecuménique dans la cathédrale St-Guy de Prague. La perspective du troisième millé
«Nous nous sommes divisés à la suite d’incompréhensions réciproques, souvent dues à la méfiance plus qu’à l’inimitié», a observé le pape. «Nous avons péché. Nous nous sommes éloignés de l’Esprit du Christ.» L’approche du troisième millénaire appelle dès lors tous les chrétiens à «un sérieux examen de conscience».
La révision du procès de Jean Hus
Pour les catholique tchèques, l’examen de conscience inclut la révision du procès de Jan Hus, condamné au bûcher comme hérétique par le Concile de Constance en 1415. Cette condamnation provoqua une révolte nationale contre l’Eglise et contre les Allemands. Elle entraîna aussi de la part des Frères Moraves la création d’une Eglise «hussite» autonome. En 1920, une rupture en son sein conduisit à la formation d’une nouvelle branche: l’Eglise hussite tchèque. Aujourd’hui les deux communautés hussites représentent 1,2 % de la population tchèque. Quant aux catholiques, ils forment environ 38,6 % des habitants, mais 5 % seulement sont des pratiquants réguliers.
L’Eglise catholique tchèque a organisé en 1993 une Commission oecuménique pour réviser le procès de Jan Hus. Au cours de la cérémonie oecuménique de Prague, le pape a salué le travail de cette commission pour «fournir des instruments scientifiques valides afin de mieux comprendre, dans un esprit libéré de tout préjugé, des cas non encore suffisamment éclaircis, qui ont provoqué des désordres par le passé entre les communautés issues de la Réforme et les catholiques».
C’est l’heure du pardon
Mais au-delà des clarifications historiques, l’unité des chrétiens est aussi à «l’heure de la charité», c’est-à-dire du pardon, a poursuivi Jean-Paul II: «C’est dans la charité, qu’il est possible de demander ensemble pardon à Dieu et de trouver le courage de se pardonner réciproquement des injustices et des torts du passé, aussi importants et exécrables qu’ils aient été. Nous devons faire tomber les barrières de la suspicion et de la méfiance réciproque, afin de bâtir la civilisation de l’amour.»
Et le pape de renouveler les paroles qu’il avait adressées aux fidèles des Eglises hussites, à Olomouc, lors de son voyage en Tchéquie de 1995. «Aujourd’hui, dans cette cathédrale, je répète les paroles que j’avais adressées au pays, il y a deux ans, à Olomouc, quand au nom de l’Eglise de Rome, j’ai demandé pardon pour les torts infligés aux non-catholiques, et dans le même temps, j’ai voulu assurer le pardon de l’Eglise catholique pour les souffrances subies par ses fils.»
Les paroles de 1995 avaient touché les responsables hussites qui, cette fois, participaient à la rencontre oecuménique du 27 avril à Prague. Il y a deux ans, Pavel Smetana, président du Conseil oecuménique des Eglises tchèques, et responsable de l’Eglise des Frères Moraves, avait décliné l’invitation de Jean-Paul II en signe de protestation contre la canonisation de Jan Sarkander, centre du voyage du pape de 1995 et figure controversée dans le dialogue oecuménique en Tchéquie.
L’exemple de saint Adalbert
Si l’accent oecuménique a dominé la dernière journée de ce troisième voyage du pape en Tchéquie, celui-ci avait pour objet la célébration du millénaire du martyr de saint Adalbert, qui fut au coeur de la célébration eucharistique du dimanche, sur la grande place de Letna à Prague.
Devant quelque 150’000 fidèles, le pape a raconté la vie de cet évêque mort à Prague en 997, après avoir favorisé, par son action persévérante mais difficile, l’évangélisation de l’Europe centrale. «C’est grâce à lui, devait noter le pape, que le christianisme s’est bien développé en Pologne.»
Jean Paul II, lors de l’homélie, a relevé que dans la perspective du Jubilé de l’an 2000, cette célébration pose des questions précises, non seulement aux citoyens de la nation tchèque, mais aussi à tous ceux qui vénèrent le saint martyr comme un père dans la foi: «Où en est le patrimoine spirituel qu’il nous laisse ? Quels en sont les fruits ? Les chrétiens d’aujourd’hui sauront-ils trouver dans les enseignements et dans l’exemple de leur grand patron, les inspirations et la motivation pour contribuer efficacement à l’édification de la nouvelle civilisation de l’amour?»
Un exemple qui ne doit pas conduire au repli sur soi. De ce point de vue, le pape a réaffirmé l’actualité de saint Adalbert : «Saint Adalbert est un saint pour les chrétiens d’aujourd’hui. Il nous invite à ne pas garder pour nous le trésor de la vérité possédée, dans une attitude de défense stérile vis-à-vis du monde. Au contraire, il nous demande de nous ouvrir à la société actuelle, dans la recherche de tout ce qu’elle possède de bon et de valide, pour l’élever, et si nécessaire, pour la purifier à la lumière de l’Evangile».
Résister aux mythes de la société de consommation
En conclusion de la messe, lors de la prière du Regina Caeli, le pape n’a pas manqué de s’unir aux Eglise orthodoxes qui fêtaient Pâques ce dimanche 27 avril. En quittant la République tchèque, sur l’aéroport de Prague, Jean Paul II a félicité les habitants de ce pays pour leur «résistance à une des pressions idéologiques parmi les plus rudes d’Europe de l’Est.» «Avec vous, a dit Jean Paul II, je me réjouis de cette conquête, et je vous exhorte à porter un soin particulier dans la promotion du progrès spirituel. Seul le plein développement des vertus morales d’un peuple, peut assurer la convivialité sereine et harmonieuse entre toutes ses composantes.» Revenant une dernière fois sur l’exemple de saint Adalbert valable aux yeux de Jean Paul II pour l’ensemble des Tchèques, le pape a observe : «Son témoignage vous aide a donner sa juste place aux conquêtes économiques, sans toutefois céder à la fascination illusoire du mythe de la société de consommation». (apic/cip/jmg/be)



