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France : Polémiques sur la stérilisation des personnes handicapées mentales

Le regard d’un moraliste, le Père olivier de Dinechin

Paris, 16 octobre 1997 (APIC) Les révélations sur la stérilisation forcée de personnes handicapées mentales dans divers pays européens ont, à juste titre, provoqué de l’indignation. Le Père olivier de Dinechin, jésuite, membre du Comité consultatif national d’éthique en France, apporte une réponse pleine de nuances aux interrogations qui se posent dans le public.

Interrogé par divers médias à propos de la stérilisation des personnes handicapées mentales, le moraliste jésuite, dans sa réponse – conforme à la doctrine de l’Eglise catholique qui s’est toujours opposée à la stérilisation directe – se veut nuancé. Il cherche à comprendre le choix de toutes les personnes concernées, spécialement celui des parents, sur cette question morale controversée.

La réponse du religieux jésuite est publiée dans la dernière livraison de SNoP, la «Lettre d’information de la Conférence des évêques de France». Il fait d’abord état de nombreuses demandes d’informations et d’explications: Si l’Union Nationale des Associations de Parents de l’Enseignement Libre (UNAPEL), puis le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) saisi par diverses instances, se sont depuis plusieurs années penchés sur la question, c’est bien parce que la situation le demandait.

Leurs informations ne permettaient pas cependant d’avancer sérieusement un chiffre pour les stérilisations de jeunes femmes handicapées mentales. D’ailleurs, la diversité des formes et des gravités de ces handicaps, ainsi que la variété des contextes, rendent difficile une enquête comme celle que vient de décider le ministre français de la Santé.

A juste titre, poursuit le Père jésuite, le CCNE, dans son rapport et son avis d’avril 1996, mettait en garde contre l’idée simpliste qu’une stérilisation serait habituellement une bonne solution pour les personnes concernées. Dans une perspective globale qui est celle de l’Eglise, «la personne humaine est indissociablement corps, psychisme et esprit, et capacité de relation».

S’imaginer que l’on réglera une question, comme celle de la vie affective et sexuelle et du désir de maternité, uniquement au plan physiologique, est une erreur grave. Il convient plutôt de souligner en premier lieu l’importance de l’environnement pour créer de réelles conditions de vie affective et d’intégration sociale: c’est par là que seront réellement assurées la protection des personnes handicapées mentales et la réponse à leurs désirs, tant de vie de couple que de maternité. D’ailleurs, ce n’est pas la stérilisation qui protégera d’agressions sexuelles une jeune fille mentalement handicapée – au contraire. Cette perspective humaine globale anime la pratique de communautés de vie adulte – l’Arche, par exemple – que des chrétiens ont créées pour les personnes handicapées mentales.

L’importance du consentement des intéressés

Le CCNE a prêté une attention extrême au consentement des intéressés alors même que ce consentement peut souvent paraître problématique. Malgré ses limites, cette approche actuelle du respect de la personne, auquel tient particulièrement l’Eglise, présente un réel intérêt. Une recherche sérieuse de consentement obligerait, même dans les cas extrêmes, à prêter la plus grande attention à ce que vit la personne concernée. or les faits donnent à penser que souvent, dans ces situations, la crainte des familles jointe à la sollicitude de certains médecins, font oublier cette règle.

Si l’on devait engager un débat public – par exemple en envisageant de changer les dispositions légales françaises interdisant la stérilisation dans de tels cas – il conviendrait de tenir compte des positions des associations concernées. Ainsi l’UNAPEL ou l’Association des paralysés de France, avaient réagi publiquement aux conclusions du CCNE, soit parce qu’elles semblaient faire fi des familles, soit parce qu’elles pouvaient ouvrir la porte à un eugénisme organisé. Les réponses qui passent par la solidarité, même si elles semblent coûteuses, sont plus humaines et plus justes que celles d’apparentes facilités techniques.

L’Eglise s’est toujours opposée à la stérilisation directe

Quant au principe, rappelle le Père de Dinechin, il faut savoir que l’Eglise, dans ses documents officiels, s’est toujours opposée à la stérilisation directe, c’est-à-dire à but contraceptif (une stérilisation consécutive à l’ablation d’un organe malade n’est pas en cause). Il s’agit en effet d’une mutilation grave, qui lèse la personne dans une capacité intime et essentielle. «Cette position rigoureuse n’est pas une condamnation de ceux qui ont pensé ne pas pouvoir éviter la stérilisation dans leur propre situation familiale, mais elle invite à rechercher d’autres voies, certes très exigeantes, comme celles que nous avons mentionnées ci-dessus», conclut le Père olivier de Dinechin. (apic/snop/ba)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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