Liban: L'organisation Insan s'engage pour les familles de réfugiés à Beyrouth
Offrir des perspectives d’avenir aux enfants et aux jeunes
Beyrouth, 12 janvier 2014 (Apic) «Je m’appelle Fadi. J’ai 10 ans et je viens d’Irak. Je suis chrétien, comme ma maman, mon papa, mes frères et mes sœurs, de l’Eglise chaldéenne. J’aime beaucoup Bagdad, ma ville, car je pouvais aller à l’école avec mes frères et mes soeurs. Maman et papa disent que Bagdad était encore plus belle avant la guerre. Je ne m’en rappelle plus, mais j’aimais mon école car j’avais là-bas beaucoup d’amis, pas comme ici. Pour l’enseignement du Coran avec mes camarades de classe sunnites nous avons mis des bonnets de prière blancs. Une fois nous avons fait une photo de classe marrante, mais cela n’avait pas du tout plu à ma maman».
«Après la grave explosion de 2010, ma grande soeur n’est plus venue en classe avec nous. Maman lui a demandé de rester à la maison, car elle avait peur qu’il se passe quelque chose. Un jour, papa n’est plus allé au travail non plus. Maman a dit que c’était à cause de la guerre et parce qu’il y avait des fondamentalistes qui disaient qu’il n’y avait plus de place pour les chrétiens à Bagdad. Après, c’est ma deuxième sœur qui n’a plus pu aller à l’école. Nous ne sommes allés à l’église que quand il y avait une fête. Une fois, nous avons rassemblé nos affaires et nous sommes partis dans un petit village près de Mossoul chez d’autres chrétiens. Aucun d’entre nous n’est retourné à l’école. Mes amis de Bagdad me manquent beaucoup.»
Le Liban, lieu de passage vers l’Occident ou l’Australie?
Depuis un peu moins d’une année, Fadi se trouve au Liban avec ses sept frères et sœurs et ses parents. Tous vivent dans un espace restreint, dans un appartement meublé modestement, d’un des quartiers chrétiens les plus pauvres de Beyrouth. Ils espèrent se rendre bientôt ailleurs, en Occident. «Le Liban est très beau, les gens sont hospitaliers et serviables, et parlent la même langue», affirme Ibtisam, la mère de Fadi. Depuis un mois, la famille a obtenu un statut de réfugiés du HCR. «Le Liban ne doit constituer qu’un passage. La vie, ici, est très difficile et chère». Tout comme la majorité des milliers de chrétiens irakiens qui ont cherché refuge dans la capitale libanaise à cause de la guerre et de la persécution, Ibtisam et son mari rêvent d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Ils veulent rejoindre le Canada, les Etats-Unis, ou encore l’Europe.
Et pourquoi pas l’Australie, comme le souhaite la famille de Salim Hanna Azeez? Salim et sa femme Asmaa sont au Liban avec leurs quatre enfants depuis le 7 février 2011. Depuis, ils attendent une autorisation d’entrée pour l’Australie. Le frère et la belle-sœur d’Asmaa l’ont déjà obtenue. Ils ont attendu le visa durant 4 ans. «L’Australie, c’est le paradis», affirme Asmaa. Son mari approuve avec conviction d’un signe de la tête. Dans quelques jours, deux de leurs enfants fêteront leur première communion. Les membres de la famille restés en Irak ne pourront pas participer à la fête.
Mis sous pression par les islamistes radicaux
Le travailleur social Sobhi, de l’organisation libanaise pour les droits des enfants «Insan» (»être humain» en arabe) a fui lui-même l’Irak il y a quelques mois. Il connaît les préoccupations et les misères de ses clients. Les histoires se ressemblent, souligne le chrétien chaldéen. Les pères sont progressivement menacés, car ils sont accusés par les islamistes radicaux de prendre leur travail. Les filles sont contraintes de porter un foulard ou un voile, et les élèves chrétiens doivent participer aux enseignements religieux islamiques. La peur face à la violence s’accroît, et beaucoup de familles gardent leurs filles à la maison par crainte des enlèvements ou des viols. Sobhi affirme que Mossoul, autrefois une ville de coexistence pacifique entre musulmans et chrétiens, est «aujourd’hui pratiquement vide de toute présence chrétienne». La vie dans les villages demeurés chrétiens est devenue difficile et sans perspectives.
Mazin et Asmaa ont trouvé un travail, mais le modeste salaire ne suffit nettement pas à assurer les achats de ménage en plus du loyer élevé. Insan tente d’améliorer la situation en leur procurant certains produits de première nécessité comme le lait. 22 familles sont soutenues de cette façon. Le travail auprès des réfugiés de cette organisation basée dans le quartier arménien de Bourj Hammoud à Beyrouth ne se limite pas à l’aide d’urgence. Les enfants, qui souffrent le plus des conséquences de la guerre et des déplacements, doivent entrevoir des perspectives d’avenir à travers des projets de formation. Il s’agit là du défi le plus important pour Insan. Des cours préparatoires devraient permettre aux enfants réfugiés de pouvoir suivre l’école régulière en compagnie des enfants libanais de leur âge. Ou alors faciliter leur intégration scolaire dans leur pays d’accueil par des cours de langues.
Avec le soutien de la Fondation Jean Paul II
Une centaine d’enfants réfugiés, dont une majorité issus de Syrie, profitent actuellement de ce projet de formation soutenu, tout comme le projet d’aide d’urgence, par la «Fondation Jean Paul II». Celle-ci est engagée depuis plus d’une année en faveur des réfugiés irakiens et syriens dans tout le Liban, avec une priorité dans le domaine de la formation des enfants et des jeunes. Elle collabore également dans la région de Beyrouth avec des organisations partenaires. «Insan s’engage depuis près de 20 ans et de façon durable dans l’aide aux réfugiés, par la formation des enfants et des jeunes. Insan est bien établie au Liban à travers ce travail», explique Maria Vitagliano, directrice des projets pour les réfugiés à la Fondation Jean Paul II.
Le nombre de réfugiés irakiens ne cesse d’augmenter. Et depuis le début de la crise syrienne, des centaines de réfugiés de ce pays ont afflué au Liban, dont une majorité de femmes et d’enfants. En plus de la misère matérielle, la formation des enfants constitue un immense défi pour les organisations d’aide. «Les enfants sont l’espérance et l’avenir d’une famille», souligne le représentant de la fondation Jean Paul II au Liban, le franciscain Toufic Bou Merhi. «Celui qui aide ces enfants et leur offre des perspectives d’avenir vient en aide à toute la famille».
Indications aux rédactions: Des photos en lien avec ce reportage peuvent être commandées à l’adresse kipa@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.
(apic/ak/bb)



