Il y a d’autres méthodes pour lutter contre la faim: les EU visés
OGM: La Caritas internationalis et le CIDSE prônent la prudence
Rome, 29 septembre 2004 (Apic) La Caritas internationalis et le CIDSE, (la Coopération internationale pour le développement et la solidarité), prônent la prudence dans le domaines des OGM. Ils ont manifesté leur préoccupation face à la volonté américaine de développer à tous prix la biotechnologie afin, prétendent les Etats-Unis, de remédier à la faim dans le monde. Mais en n’oubliant surtout pas leurs propres intérêts économiques.
Au cours d’une conférence intitulée «Nourrir un monde qui a faim: l’impératif moral de la biotechnologie». Jacques Bertrand, chargé du dossier OGM (Organismes Génétiquement Modifiées) au sein de la Caritas, a exprimé ses inquiétudes lors de la rencontre organisée par l’ambassade américaine près le Saint-Siège, le 24 septembre, à l’université pontificale de la Grégorienne, à Rome.
«Les entreprises qui promeuvent les cultures GM (génétiquement modifiées) cherchent surtout de nouveaux marchés», a expliqué Jacques Bertrand dans son discours critique à l’encontre des organisateurs de la Conférence. «Nous sommes soucieux du fait que les cultures GM sont une technologie en recherche de marché, plus qu’un marché à la recherche d’une technologie», a-t-il encore affirmé.
Le problème? La mauvaise répartition
Jacques Bertrand a souligné à ce sujet que seuls quatre acteurs majeurs de l’industrie agrochimique et de la semence – Monsanto, DuPont, Syngenta et Aventis – contrôlaient entre eux la quasi-totalité de la production de semence génétiquement modifiée.
«Les OGM sont aujourd’hui promus pour ’nourrir ceux qui ont faim’», a- t-il rappelé. Or assez de nourriture est produite à l’heure actuelle pour nourrir l’ensemble de la population mondiale. Il y a d’autres problèmes à l’origine de la faim, a-t-il encore souligné.
Sécurité alimentaire d’abord
L’intérêt de Caritas et du CIDSE dans le débat sur les OGM et sur la faim n’est pas limité au débat scientifique sur les effets de long-terme des cultures GM sur la production alimentaire et sur la santé publique, a fait remarquer Jacques Bertrand. Il porte aussi sur les problèmes économiques, sociaux, légaux et environnementaux. «Notre plus grande préoccupation concerne les implications de la sécurité alimentaire pour les fermiers pauvres et leurs communautés dans les pays en développement», a-t- il encore expliqué.
«Le Sommet mondial de l’alimentation reconnaît que la pauvreté est à la base de la faim, et que pas un seul facteur, comme la technologie, n’y mettra fin», a rappelé le Canadien. «Au contraire, la faim et la malnutrition sont le résultat de la façon dont nourriture et richesse sont distribuées et dont les bénéfices de la production croissante de nourriture sont partagés ainsi que de la qualité de la nourriture que les gens mangent», a-t-il justifié. Pour lui, la faim n’est pas due au manque de nourriture, mais est causée par la distribution inégale de la richesse et par le nombre élevé de personnes sans terrain.
«Les stratégies pour combattre la faim» doivent prendre en considération ses raisons qui sont variées, a poursuivi le Canadien, spécialisé sur les OGM.
Pas d’urgence
A ses yeux les cultures GM ne répondent pas aux racines des causes de la faim, comme le manque d’accès à la terre, à l’eau, à l’énergie, au crédit abordable, aux marchés locaux et aux infrastructures. En d’autres termes, assure-t-il, puisqu’il n’y a pas de besoin pressant pour la technologie GM, ces cultures ne doivent pas être promues dans le monde en développement. Pour le porte-parole des deux ONG, les fermiers du tiers monde n’ont pas besoin de cette technologie chère alors que la sécurité alimentaire de leurs communautés peut être assurée par d’autres moyens plus appropriés à des technologies moins avancées.
La plupart des technologies GM visent les fermes à haute-technologie, plus que les méthodes traditionnelles utilisées par les petits fermiers du Sud. De plus, les cultures GM nécessitent généralement des ajouts chimiques. Pour Jacques Bertrand comme pour la Caritas internationalis et le CIDSE, tous représentants des réseaux internationaux d’agences non- gouvernementales avec une expérience de long-terme dans la lutte contre la faim et pour la sécurité alimentaire, il existe d’autres priorités pour remédier aux causes complexes de la faim. A commencer par un plus grand investissement dans l’agriculture et dans le développement rural; un vrai engagement pour la réforme agraire; une prise de décision plus participative au sein des institutions; des règles gouvernementale au niveau international pour un commerce agricole plus justes; des régulations sur les entreprises. (apic/imedia/ar/pr)



