Olivier Vaudoit est photographe sur le sanctuaire de Lourdes depuis 1986. | © B. Hallet
Suisse
Olivier Vaudoit est photographe sur le sanctuaire de Lourdes depuis 1986. | © B. Hallet

Olivier Vaudoit: photographe au sanctuaire de Lourdes

09.08.2019 par Bernard Hallet

Comme chaque année les pèlerins de la Suisse romande à Lourdes se sont pliés au rituel de la photo de groupe. Rencontre à cette occasion avec Olivier Vaudoit, photographe depuis une trentaine d’années ans sur le sanctuaire marial pour Photo Durand.

Olivier Vaudoit tire les brancards des malades, les manœuvre, les aligne au cordeau. Certains demandent à changer de place, “pour être à côté“: il s’exécute sans broncher. Il dirige simultanément les bénévoles qui accompagnent les malades en fauteuil roulant. Le photographe opère avec énergie mais sans à-coup, les gestes sont précis. Il s’agit aussi de placer les pèlerins bavards, passifs mais enjoués – Pensez! c’est LA photo du pélé! – et peu attentifs à ses directives.

Du tact et de l’énergie

La mise en place d’une photo de groupe, d’apparence facile, est un art méconnu qui exige diplomatie et efficacité. D’autant qu’il faut faire vite car l’heure du dîner approche et la chaleur est accablante pour les malades. Le bonhomme ne montre aucun signe d’agacement. Il a l’habitude.

“En fait, il faut du tact et de l’énergie“, explique Olivier, photographe pour sur le sanctuaire depuis 1986. “Et il faut donner de la voix mais sans crier“. La mise en place du groupe, devant les marches de la basilique du Rosaire, prend finalement une bonne vingtaine de minutes.

“Il faut du tact, de l’énergie et donner de la voix mais sans crier“. | © B. Hallet

Il finit par grimper sur un grand escabeau de chantier, s’assure, prépare sa prise de vues tout en captant l’attention des pèlerins. Et… c’est dans la boîte! En tout 30 secondes suffisent pour une photo que les Romands iront chercher dans l’après-midi à la boutique située à quelques pas du sanctuaire.

La photo de groupe, un incontournable

“Je fais aussi des ouvertures (messes d’ouverture de pèlerinage), des reportages, la messe à la grotte mais la photo de groupe est un incontournable“, précise le photographe qui arpente le sanctuaire depuis 33 ans.

Juillet et août constituent, avec le printemps, la haute saison à Lourdes. Les journées sont aussi denses qu’irrégulières. Certains jours, Olivier enchaîne parfois plusieurs reportages et photos de groupes. “A la fin de la saison, je ne peux plus voir mes boîtiers. Je ne fais plus de photo pendant un mois“.

Ce Normand d’origine a suivi ses parents qui se sont installés à Tarbes. Il obtient un Certificat d’aptitude professionnelle (CAP, équivalent du CFC) de photographe à l’école de photo d’Orthez. Diplôme en poche à 20 ans, il pige comme correspondant local pour le quotidien régional La Dépêche du Midi, tout en cherchant une place de photographe. Il couvre les matches de rugby, de tennis et remplace des photographes en congé.

Il est finalement engagé en 1986 pour une saison par le grand-père de Cécile Durand, actuelle propriétaire de Photo Durand, un des trois magasins de photo accrédités sur le sanctuaire. Le jeune photographe suit des événements du lieu, effectue des petits reportages pour Le journal de la grotte, la gazette du sanctuaire, depuis disparue. “Avec l’école j’avais les bases mais le père de Cécile m’a vraiment appris le métier. Une sacrée école du cadrage et de la mise au point!“

1500 personnes photographiées à la chambre

Olivier Vaudoit rappelle qu’à l’époque, il photographiait des groupes de 500, 1’000 ou 1’500 personnes à la chambre photographique de grand format et avec une cellule posemètre à main pour mesurer la luminosité. “On faisait aussi des groupes au format 120 avec des bobines de 10 vues, soit deux photos par groupe. On n’avait pas le droit à l’erreur. C’était stressant“.

Il effectuait ses reportages avec des appareils au format 6×6. L’autofocus capable de faire automatiquement la netteté n’existait pas et le numérique n’avait pas encore été inventé. La boutique tournait au rythme de deux développements par jour. Le patron était lui-même photographe, se souvient-il, “on parlait tout le temps de photo et de matériel“.

Perché sur un grand escabeau de chantier, Olivier Vaudoit prépare sa prise de vues tout en captant l’attention des pèlerins. | © B. Hallet

Après 33 ans, Olivier n’est pas lassé. Il sourit: “J’ai dû participer à plus de messes que certains curés!“ Pourtant au terme de la première saison, il ne souhaitait pas rester. “Mais c’était le premier job où je gagnais ma vie et j’étais là plus pour la photo, dans mon élément, que pour la foi“, assume-t-il. La pratique de la photo n’a rien à voir avec une quelconque vocation religieuse. Le photographe est baptisé, il n’a pas fait sa première communion. “Le catéchisme, c’était pas pour moi“.

“On vit avec les malades“

“Au début, c’est sûr, tous ces malades, ça me remuait. J’étais parfois mal à l’aise, surtout lorsqu’il s’agissait d’enfants lourdement handicapés“, mais, s’empresse-t-il d’ajouter: ce n’est pas pour autant qu’il tombe à genoux en prière à la Grotte. Avec le temps, il s’habitue mais ne sera jamais complètement blasé. “En fait, on vit avec les malades. C’est Lourdes“.

Certes, il n’a pas vécu de conversion mais des cas l’ont marqué comme cette jeune américaine de 19 ans. “Elle est venue plusieurs années de suite. Elle avait un très beau visage mais elle était atteinte d’une maladie incurable“. Il évoque ce jeune garçon trisomique qu’il est le seul à pouvoir photographier. D’autres, les habitués, lui tendent les bras dès qu’ils l’aperçoivent.

“Il faut rester simple, ne pas aller démarcher les gens ou leur sauter dessus“. La photo rapproche des pèlerins: une ou deux questions d’ordre technique et la conversation s’engage. Il s’est fait des amis. “Jamais je n’aurais visité Naples comme je l’ai fait avec ce Napolitain rencontré au sanctuaire!“

“Le vrai miracle de Lourdes c’est que tous ces pèlerins voient plus malheureux qu’eux. Ils arrêtent de regretter les yeux bleus que n’a pas eu leur fils quand ils voient un enfant aveugle de naissance. D’autres arrêtent de se plaindre de problèmes physiques au bras quand ils croisent une personne née sans bras ou estropiée“.

Après 33 ans, c’est toujours un peu la même chose, bien sûr. “Mais je ne me lasse pas“. Avec une photo, on donne du plaisir à des gens assure-t-il. “Ils sont contents. C’est ce qui compte“. (cath.ch/bh)


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