Québec: La Belle Province, «chantier» prioritaire pour l’Eglise catholique canadienne
«On ne peut plus tenir la société québécoise pour une société chrétienne»
Montréal, 15 décembre 2013 (Apic) Le Québec est l’un des «chantiers» prioritaires de l’Eglise catholique canadienne, estime Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau, ville québécoise située face à la capitale fédérale Ottawa. Le nouveau président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), âgé de 59 ans, affirme que le Québec fait partie des priorités de la «mission continentale» de l’Eglise catholique au Canada.
Dans une allocution prononcée le mois dernier au Mexique, l’archevêque de Gatineau a dressé un portrait sombre de la situation du christianisme au Québec, estimant qu’ «on ne peut plus tenir la société québécoise pour une société chrétienne». L’Eglise catholique a été considérée comme le pilier de la société canadienne-française jusqu’au début des années 1960.
Mgr Paul-André Durocher s’exprimait à Mexico dans le cadre d’une rencontre intitulée «Notre-Dame de Guadalupe, Etoile de la Nouvelle évangélisation sur le continent américain». L’événement, qui était notamment parrainé par la Commission pontificale pour l’Amérique latine et par les Chevaliers de Colomb, rassemblait plus de 70 évêques, dont plusieurs cardinaux. Outre Mgr Durocher, la présence canadienne était également assurée par Mgr Gérald Lacroix, archevêque de Québec, Mgr Pierre-André Fournier, archevêque de Rimouski et président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, Mgr Terrence Prendergast, archevêque d’Ottawa, et Mgr Bryan Bayda, évêque éparchial ukrainien de Saskatoon. A cette occasion, Mgr Durocher a présenté le Québec comme l’une des quatre priorités canadiennes.
Un portrait sombre du Québec
«A bien des égards, on ne peut plus tenir la société québécoise pour une société chrétienne, a relevé Mgr Durocher. Le soutien populaire à des lois qui autoriseraient l’euthanasie et qui excluraient la religion de la sphère publique est un symptôme. L’impact sur l’Eglise est énorme. L’Eglise est exclue de nos écoles. Très souvent, nous ne voyons les enfants ou les jeunes que lorsqu’il y un baptême, une première communion ou une confirmation. Plusieurs paroisses ferment. Les instituts religieux disparaissent. Les diocèses réduisent leur personnel et leurs programmes pour composer avec la chute de leurs revenus».
Devant ce portrait, rapporte la radio chrétienne québécoise «Radio Ville-Marie», l’archevêque de Gatineau a tout de même identifié des «signes d’espérance». Il a cet égard mentionné le succès d’une jeune communauté, la Famille Marie-Jeunesse, et des Montées jeunesses. Il a aussi évoqué le Congrès eucharistique international de 2008 et le 350e anniversaire de la cathédrale Notre-Dame de Québec qui aura essentiellement lieu en 2014.
Donner un sens nouveau à notre histoire passée
«Nous apprenons à donner un sens nouveau à notre histoire passée, qui n’est ni ›l’épopée’ de l’hymne national du Canada ni la ›grande noirceur’ d’une certaine école québécoise d’analyse historique», a poursuivi l’archevêque de Gatineau. «Nous dépassons le patrimoine des édifices et des statues pour découvrir le patrimoine de l’Esprit que nous avons reçu et que nous devons cultiver pour le transmettre aux prochaines générations», a-t-il lancé.
Se refusant à tout fatalisme, le président de la CECC s’est dit «convaincu que nous accueillons véritablement la nouveauté de l’Esprit, car on voit lentement naître au Québec une nouvelle forme de rassemblement communautaire et une nouvelle pratique de la mission». «La société canadienne en général et l’Eglise en particulier commencent à peine à prendre acte de ce qu’a été cette terrible entreprise de manipulation culturelle, conduite au profit de la majorité», a-t-il déclaré au sujet des peuples autochtones. Il a évoqué les nécessaires efforts de réconciliation avec les premières nations qui peuplaient le territoire avant la colonisation.
Mgr Paul-André Durocher a également décrit les changements qui s’opèrent dans la vie rurale canadienne, des changements souvent influencés par des pressions économiques. Il a invité à la collaboration, notamment en luttant contre l’esprit de clocher et le repli sur soi qui peut guetter les communautés et les paroisses de plus petites tailles qui, faute de moyens, sentent leur avenir compromis. Enfin, en ce qui concerne les centres urbains, Mgr Durocher a dépeint une situation contrastée qui voit à la foi l’immigration récente apporter un certain dynamisme à l’Eglise catholique et la population connaître les aléas de la vie urbaine, dont l’étiolement d’un sentiment communautaire. Il a laissé entendre que la solution passe par le développement de «relations». (apic/rvm/be)



