pauvreté/

/onu/commission des droits de l’homme/intervention du st-siège sur la

ETRANGER Pauvreté: le Saint-Siège invite à remettre en cause les principes

mêmes de toute politique économique Aider les victimes ne suffit pas ! =

Genève, 8 février 1995 (CIP)

On ne peut prétendre humaniser un un développement économique en se

contentant d’aider d’éventuelles victimes. Pour le Saint-Siège, Il faut

plutôt «remettre en cause les principes mêmes de toute politique

économique, pour qúelle place la justice sociale, le partage solidaire et,

en un mot, le souci de l’être humain au coeur de ses principes d’action et

de ses réalisations concrètes». Rappel utile à un mois du Sommet de

Copenhague pour le développement social.

Prenant la parole à la 51e session de la Commission des Droits de l’Homme

de l’ONU, en cours à Genève, Mgr Paul Tabet, chef de la délégation du

Saint-Siège, a abordé la question de la jouissance des droits économiques,

sociaux et culturels, qui figurent à l’ordre du jour. Les travaux ont le

mérite d’attirer l’attention sur l’extrême pauvreté, les problèmes liés à

la dette, le droit à un logement convenable, la question des indicateurs

d’application des droits économiques, sociaux et culturels et, plus

globalement, les obstacles à la réalisation effective du droit au

développement. Il s’agit d’analyser les menaces liées notamment aux

déséquilibres croissants, qui engendrent une pauvreté de plus en plus

grande dans certaines parties du monde et à l’intérieur même des pays

riches, la multiplication des phénomènes d’exclusion et de l’extension du

chômage, qui fragilise de nombreuses personnes, spécialement les jeunes,

les femmes et les familles, qúelle met en situation de précarité.

Un milliard d’hommes au dessous du seuil de la pauvreté

Comme l’a souligné Mgr Tabet, cette question est loin d’être théorique et

purement formelle, mais concerne les situations dramatiques vécues par des

millions d’hommes, de femmes et d’enfants: «Une personne sur cinq vit au

dessous du seuil de pauvreté, soit un milliard d’être humains, et quinze

millions meurent chaque année de causes liées à la pauvreté. Les femmes et

les enfants en sont les premières victimes. Sur une population active de

2,8 milliards, les sans-emploi sont estimés à 120 millions, tandis que 700

millions sont sous-employés.»

Sans parler de diverses formes d’exclusion, de discrimination,

d’intolérance, de racisme «qui se développent dans nos sociétés comme un

cancer», a déclaré Mgr Tabet, en ajoutant que «le rejet dont souffrent ces

personnes, ainsi que la peur de ne pas disposer d’un espace suffisant de

vie et de liberté, sont à la source de nombreuses violences et

extrémismes».

Bénéficiaires ? Non: victimes

Le représentant du Saint-Siège n’a pas manqué de relever que les effets

négatifs de la conjoncture économique actuelle dans de nombreux pays et

dans des régions entières «compromettent surtout les programmes sociaux et

le volume des fonds affectés au social, qui devraient avoir pour raison

d’être la défense des plus faibles. Les réformes économiques, a- t-il noté,

risquent de ne pas prendre suffisamment en compte le facteur humain, en

sorte que les moins protégés deviennent victimes de telles réformes, alors

qúelles devraient en être les bénéfciiaires».

Et Mgr Tabet de s’interroger sur la valeur de projets de «développement»

qui ne cherchent pas à répondre aux besoins prioritaires d’une partie

notable de la population, qui dégradent les écosystèmes, qui ne parviennent

pas à satisfaire une grande masse de personnes, lesquelles «s’enfoncent au

contraire dans la pauvreté, la misère, au point de les mettre en marge et

de les priver des fruits de la croissance et des progrès technologiques».

Pour le Saint-Siège, la prochaine Conférence des Nations-Unies sur le

développement social (Copenhague, 6-12 mars), en mettant l’accent sur

l’importance du «social», devrait contribuer à ce que l’économie, les

systèmes de production et d’échange, l’Etat et le droit soient toujours au

service de la personne humaine, et non l’inverse. «Il serait très

insuffisant, a précisé Mgr Tabet, de prétendre humaniser un un

développement économique, en se limitant à porter secours à d’éventuelles

victimes. Il s’agit plutôt de remettre en cause les principes mêmes de

toute politique économique, pour qúelle place la justice sociale, le

partage solidaire et, en un mot, le souci de l’être humain au coeur de ses

principes d’action et de ses réalisations concrètes».

«Sécurité humaine»

A ce titre, le Saint-Siège se réjouit que les trois objectifs majeurs du

Sommet de Copenhague soient la pauvreté, l’emploi et l’intégration sociale.

Dans son intervention, Mgr Tabet s’est aussi référé à un concept nouveau,

présent dans rapport édité par le Programme des Nations-Unies pour le

développement en 1994, celui de «sécurité humaine», qui peut se révéler

très riches et très utile dans ce contexte.

Ce terme de «sécurité humaine», qui a été appliqué en priorité aux nations,

pourrait l’être aux personnes, suggère Mgr Tabet: «Chaque homme et chaque

femme ont besoin d’être protégés contre la faim, contre la maladie, contre

les agressions de toutes sortes, contre les catastrophes naturelles et les

crises sociales ou politiques. Ils doivent pouvoir se sentir «en sécurité»

par rapport aux menaces qui proviennent non seulement du risque de guerre,

mais surtout qui mettent en question leur vie quotidienne, leur dignité,

leur liberté, et celles de leur famille. Cela ne se réalisera que s’ils

sont à la fois parties prenantes et bénéficiaires d’un développement humain

durable qui leur permettra de vivre une vie sociale respectueuse de leurs

droits fondamentaux.»

Pour le chef du délégation du Saint-Siège, cette «sécurité humaine» est ni

plus ni moins une conséquence du «droit à la vie» qui revient en propre à

tous les êtres humains et de la «solidarité» qui les relie entre eux: «Le

droit au développement, a-t-il conclu, constitue bien la possibilité qui

devrait être offerte à chaque personne de jouer son rôle dans la société,

de jouir des fruits de la terre, par un partage juste et équitable, et de

participer activement à son propre développement.» (CIP-bol).

A LA REDACTION D’APIC: ceci est un texte de CIP, pas de JMG.

8 février 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!