Toujours pas de réponse du PDG James Owens

ONU: Destruction de maisons dans les territoires occupés, Jean Ziegler interpelle Caterpillar

Jacques Berset, Apic

Genève, 15 juin 2004 (Apic) Caterpillar est depuis quelques mois dans l’oeil du cyclone: ses engins de chantier blindés vendus à Israël sont utilisés pour raser des milliers de maisons, de plantations d’oliviers, de fermes agricoles, de champs cultivés et de serres dans les territoires palestiniens occupés. Face à cette violation du droit à l’alimentation des populations civiles, l’ONU a interpellé la multinationale américaine, qui fait la sourde oreille.

Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, le sociologue genevois Jean Ziegler a exprimé le 28 mai «sa profonde inquiétude» au PDG de Caterpillar James Owens, mais à ce jour il n’a pas même reçu un accusé de réception à sa lettre. Il va envoyer une nouvelle interpellation, puis interviendra devant l’assemblée générale des Nations Unies à New York lors de la session d’octobre-novembre prochain, a-t-il confié mardi 15 juin à l’Apic.

Si rien ne bouge, Caterpillar sera dénoncé à la Commission des droits de l’homme de l’ONU en mars 2005. Les bulldozers blindés géants D9 et D10, fournis par le gouvernement des Etats-Unis à Israël, sont engagés par l’armé israélienne dans des campagnes de destruction massive des propriétés palestiniennes, alors que déjà plus de 50% de la population des territoires occupés est largement dépendante de l’aide alimentaire internationale. Un de ces engins a écrasé la militante pacifiste américaine Rachel Corrie.

Dans sa lettre au PDG de Caterpillar, Jean Ziegler cite des chiffres alarmants de la FAO datant de juillet de l’an dernier: «l’insécurité alimentaire est une réalité pour 40% de la population et quasiment un souci constant également pour un autre 30%, qui connaîtra l’insécurité alimentaire si les conditions actuelles devaient persister».

Responsabilité des acteurs non étatiques dans les violations des droits de l’homme

Pour la première fois dans l’histoire, l’ONU a statué en avril dernier sur la responsabilité des acteurs non étatiques dans les violations des droits de l’homme. Suite à une résolution de la Commission des droits de l’homme de l’ONU – adoptée lors de la 60e session par 51 voix contre 2: les Etats-Unis et l’Australie -, les entreprises, notamment les sociétés multinationales, seront désormais tenues pour responsables en cas de violations des droits humains de leur part.

«C’est sur la base de cette résolution que nous dénonçons pour la première fois une société privée multinationale», déclare Jean Ziegler, auteur du livre «Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent» (*). Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation rappelle que pour Amnesty International également, les actes de destruction de maisons «s’apparentent à de graves infractions à la quatrième Convention de Genève et constituent des crimes de guerre».

Dans sa lettre au PDG de Caterpillar, portant l’en-tête du Haut Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, Jean Ziegler relève que l’entreprise multinationale, consciente de l’usage que fait l’armée israélienne de ses engins à Gaza et en Cisjordanie, peut ainsi se rendre complice de violations actuelles et potentielles des droits de l’homme, y compris du droit à l’alimentation.

Action menée aux Etats-Unis

Caterpillar, qui se targue officiellement de prendre en compte sa responsabilité sociale et d’en faire une priorité au niveau mondial, déclare partager l’inquiétude du monde pour les troubles au Moyen-Orient et exprime sa «compassion» pour tous ceux qui sont touchés. Mais elle affirme qu’elle n’a ni le droit légal ni les moyens de vérifier l’usage individuel d’un tel équipement. L’an dernier, Caterpillar, premier constructeur mondial d’ engins de génie civil, a annoncé un bénéfice de plus d’un milliard de dollars. Une campagne dénonçant l’utilisation des bulldozers blindés contre les populations palestiniennes a été lancée en septembre dernier aux Etats-Unis par le mouvement pacifiste juif «Jewish Voice for Peace».

Silence gêné

Jean Ziegler explique le silence gêné de Caterpillar par les actions menées par des actionnaires et des fonds de pension américains qui tiennent l’entreprise pour responsable de l’usage qui est fait de ses engins par l’armée israélienne. «Ces bulldozers blindés et armés sont des engins de guerre qui ont déjà tué.ils sont aussi utilisés pour détruire les récoltes – je les ai vu avancer en rangs de dix, détruisant les champs et les oliveraies. Après leur passage, il ne reste plus un arbre, plus un brin d’herbe! C’est une violation du droit à l’alimentation, et cela relève de mon mandat de rapporteur spécial».

Mais, pour le fonctionnaire de l’ONU, la problématique est plus large: des groupes mondiaux, plus puissants que de nombreux Etats, ne peuvent désormais plus postuler l’impunité au cas où leurs actions s’avèrent néfastes sur la vie des populations. JB

(*) J. Ziegler, Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Fayard, Paris, 2002, 364 p. (apic/be)

15 juin 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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