Sri Lanka: Représailles contre les minorités suite à la résolution de l’ONU sur les crimes de guerre

Organisations tamoules interdites et bouddhistes extrémistes renforcés

Colombo, 11 avril 2014 (Apic) Alors que le gouvernement sri-lankais pro-bouddhiste vient de récuser une résolution de l’ONU l’enjoignant d’accepter une enquête sur les crimes de guerre dont son armée est soupçonnée, les représailles contre les minorités de l’île s’intensifient. Plusieurs organisations tamoules ont été interdites et des groupes bouddhistes extrémistes se sont vus renforcés, rapporte le 11 avril 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.

Le 27 mars dernier lors de sa session à Genève, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a enjoint Colombo d’accepter sur son territoire une enquête internationale sur les crimes de guerre qui se seraient produits durant la dernière phase du conflit civil, en 2009. Le plus long conflit séparatiste d’Asie s’est achevé avec la reddition des Tigres tamouls (Tigres de libération de l’Eelam tamoul, LTTE), encerclés par l’armée sri-lankaise. Les Nations Unies et la plupart des ONG estiment à plus de 100’000 le nombre de victimes de la guerre, dont 40’000 civils massacrés lors de l’assaut final de l’armée contre le LTTE.

Représailles contre les «délateurs»

Le 7 avril dernier, le ministre des affaires étrangères, Gamini Lakshman Peiris, a réaffirmé qu’il n’y aurait aucune coopération du Sri Lanka avec les Nations Unies. Cette fin de non-recevoir de Colombo intervient au moment où il est fait état de représailles à l’encontre des militants des droits de l’homme et des leaders des minorités qui «ont participé aux délations devant les Nations Unies».

Ces derniers jours, 16 organisations de la diaspora tamoule qui avaient témoigné à Genève et demandé une enquête internationale, ont été placées par le gouvernement sur une liste noire, au nom de la «protection contre le terrorisme». Tous les membres de ces organisations sont ainsi susceptibles d’être arrêtés et détenus sans procès.

Plusieurs organisations musulmanes se sont également plaintes que le groupe extrémiste «Bodu Bala Sena» (BBS, Force bouddhiste), continuait d’inciter à la haine contre les musulmans.

Justice de pacotille

Le 2 avril dernier, la Haute Cour de justice de Colombo a déclaré non coupable Galabodada Aththe Gnanasara, secrétaire général du BBS, connu pour ses prêches enflammés contre les minorités religieuses et sa participation à des assauts contre des églises et des mosquées. Le leader du BBS, ainsi que 13 autres bouddhistes, comparaissaient pour l’attaque d’une église chrétienne, en 2008, à Malabe, au sud-ouest du Sri Lanka. Deux pasteurs avaient été frappés et des objets de valeurs dérobés.

L’annonce de cette relaxe a été accueillie sans surprise par la communauté chrétienne, dont les plaintes contre les attaques régulières par les membres de l’organisation bouddhiste nationaliste sont restées jusqu’à présent sans effet.

Cette année, le Sri Lanka est apparu pour la première fois dans la liste noire de l’ONG de défense des chrétiens «Portes ouvertes», qui a souligné l ’émergence brutale depuis juillet 2012 d’un nationalisme bouddhiste d’une grande intolérance et particulièrement agressif contre les minorités religieuses de l’île.

Au Sri Lanka, plus de 70% de la population est bouddhiste, alors que les chrétiens représentent 6,1% des habitants, les musulmans 9,7% et les hindous 12,6%, ces derniers étant avant tout des tamouls. (apic/eda/rz)

11 avril 2014 | 09:59
par webmaster@kath.ch
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