Le représentant d’Alexis II veut défendre les valeurs chrétiennes

Orthodoxes et catholiques doivent former une union stratégique

Propos recueillis à Rome par Hervé Yannou

Rome, 1er mars 2007 (Apic) Catholiques et orthodoxes doivent mettre en place «une union stratégique» pour défendre les valeurs chrétiennes. C’est ce que l’évêque orthodoxe russe de Vienne et de Budapest, Hilarion, représentant du patriarcat de Moscou à Bruxelles et membre de la commission mixte catholique-ortohdoxe a expliqué jeudi à I.Media, partenaire romain de l’Apic.

Ce diplomate de 40 ans, qui a dirigé le secrétariat des relations inter-chrétiennes du patriarcat de Moscou, est aussi un compositeur. Le dialogue entre orthodoxes et catholiques passe ainsi par la musique. A la veille de Pâques, qu’orthodoxes et catholiques célèbreront à la même date cette année, sera exécutée le 29 mars à Rome sa Passion selon saint Mathieu sous le patronage du Conseil pontifical de la culture et en présence du métropolite Kyrill, responsable des relations extérieures du patriarcat de Moscou, de Vsevold Chaplin, le porte-parole d’Alexis II, du représentant russe près le Saint-Siège, Nicolaj Sadcikov, des cardinaux Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Paul Poupard, président du Conseil pontifical de la culture et Roger Etchegaray, vice-doyen du collège cardinalice.

L’oeuvre, pour choeur et orchestre, exécutée par l’un de prestigieux chefs russes, sera jouée le 27 mars à Moscou devant le patriarche Alexis II. A Rome, Benoît XVI n’y assistera pas. Les organisateurs espèrent néanmoins pouvoir réitérer l’opération au Vatican et en présence du pape mélomane.

Q.: La culture peut-elle aider au rapprochement entre orthodoxes et catholiques ?

Mgr Hilarion: Oui, car il me semble que de nombreux problèmes entre nous existent au niveau culturel aussi bien qu’au niveau théologique, ecclésiastique et politique. Les échanges culturels sont nécessaires pour mieux se comprendre. L’Eglise orthodoxe a une tradition culturelle très riche méconnue en occident. A travers la musique que j’ai composée, je veux ainsi transmettre la vision orthodoxe de la Passion. Il y a une différence évidente dans l’approche de l’histoire de la Passion entre les orthodoxes et les catholiques. Chez nous, ce n’est pas la souffrance qui est représentée mais le bilan de la vie du Christ. A travers ma musique, je veux permettre cette connaissance de l’Eglise orthodoxe. La dimension culturelle est donc une part importante du dialogue oecuménique.

Q.: Ce concert se veut un geste envers Rome. Mais quelles sont les prochaines étapes du rapprochement avec les catholiques ?

Mgr Hilarion: Elles doivent se dérouler à plusieurs niveaux. Mais on ne peut pas attendre de résultat immédiat. C’est un processus long et lent. Parallèlement aux questions théologiques, il faut développer des échanges culturels comme ce concert voulu par l’Eglise orthodoxe russe et le département des relations extérieures du patriarcat de Moscou. Ce qui nous divise, ce sont des questions ecclésiastiques et théologiques héritées du passé et de l’histoire. Mais ce qui nous uni c’est la foi dans le Christ.

Q.: Où en est le dialogue entre orthodoxes et catholiques ?

Mgr Hilarion: Avec Benoît XVI, les contacts sont plus intensifs avec les orthodoxes en général et avec Moscou en particulier. Mais nous sommes arrivés à un stade difficile à dépasser. La question de la primauté est difficile avec les catholiques mais aussi et surtout entre orthodoxes. Il me semble qu’il faut, parallèlement au dialogue théologique, avancer dans une mission commune, dans une collaboration au niveau social. Il faut créer une alliance stratégique entre catholiques et orthodoxes pour défendre les valeurs chrétiennes dans le monde. Nous n’avons pas besoin d’une union à travers un compromis théologique. Nous ne pouvons pas espérer une solution facile à nos différences. Mais il ne faut pas attendre la solution à ces problèmes avant d’avancer dans notre mission commune, dans une collaboration forte et régulière pour promouvoir les valeurs chrétiennes.

Q.: Orthodoxes et catholiques ont-ils une mission commune en Europe ?

Mgr Hilarion: L’Europe a des racines chrétiennes. Sa tragédie, aujourd’hui, c’est d’enfermer le christianisme dans un ghetto. C’est un problème qui, outre la question idéologique, touche la vie quotidienne. Ainsi, la crise démographique qui touche l’Occident, pour nous chrétiens, réside dans la perte des valeurs traditionnelles. Les Eglises chrétiennes peuvent aider les hommes politiques à promouvoir ces valeurs comme la famille. Notre dialogue avec le monde séculier n’est pas théologique mais anthropologique. A Bruxelles, les représentants des différentes Eglises travaillent ensemble pour présenter une position commune sur la question de la modernité. Entre catholiques et orthodoxes, il n’y a pas vraiment de différence sur la doctrine sociale. La différence existe entre les catholiques et des protestants aux positions plus libérales. C’est une différence non pas tant entre les confessions qu’entre deux versions du christianisme, l’une plus traditionnelle et l’autre modernisée et libéralisée.

Q.: Est-ce que vous pensez participer un jour à une rencontre entre le patriarche de Moscou et le pape ?

Mgr Hilarion: Le projet existe depuis plus de dix ans. On a commencé alors à préparer une rencontre à Vienne. On avait trouvé une date, réglé les questions de protocole. Mais la rencontre a été annulée à cause d’absence d’approche commune sur des points clefs : uniatisme, prosélytisme. On a envisagé une rencontre non protocolaire et, désormais, chaque rencontre entre les entourages du pape et du patriarche tente de trouver une compréhension préalable de ces problèmes, avant une rencontre en terrain neutre et, peut-être un jour, en Russie.

Q.: Pourquoi Moscou continue d’accuser les catholiques de prosélytisme en Russie ? Y a-t-il des exemples précis d’un tel comportement de la part des catholiques ?

Mgr Hilarion: Le patriarcat a publié un document sur ce sujet il y a quelques années. Mais le problème du prosélytisme n’existe pas au niveau officiel. Officiellement les deux Eglises sont contre et condamnent ce phénomène. Mais, en pratique, ce n’est pas toujours le cas. Il faut trouver un moyen de comprendre que nous ne sommes pas concurrents mais alliés dans notre mission. Dans l’idéal, il faut trouver une mission commune aux deux Eglises. Nous ne sommes pas ennemis. (apic/imedia/hy/pr)

1 mars 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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