Ukraine: Poutine accuse les défenseurs des droits de l'homme d'ignorer la persécution de l'Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou

«Où sont les défenseurs de la liberté de culte ?»

Moscou, 16 octobre 2014 (Apic) Le président russe Vladimir Poutine a accusé les défenseurs des droits de l’homme d’ignorer la persécution déclarée contre l’Église orthodoxe ukrainienne rattachée au patriarcat de Moscou.

Alors que le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie fait tout son possible pour mettre fin au conflit fratricide et que les membres de l’Église font beaucoup d’efforts dans ce sens, 18 églises ont été enlevés, et les croyants en ont été chassés, a dénoncé le 15 octobre 2014 le président russe lors d’une réunion du Conseil des droits de l’homme au Kremlin.

«Où sont les défenseurs de la liberté de culte ? Il y a un silence complet sur cette question, rien du tout, comme si cela n’était pas arrivé» a déclaré Vladimir Poutine.

Le président russe a en outre dénoncé les festivités organisées en Ukraine honorant les «nationalistes et les organisations pro-fascistes» qui lancent de appels à la violence contre les membres de l’Eglise orthodoxe russe du patriarcat de Moscou.

Le conflit divise les Eglises

Le conflit en Ukraine rejaillit de manière directe sur les Eglises. La tension entre l’Eglise orthodoxe ukrainienne rattachée au patriarcat de Moscou et l’Eglise dissidente, dite du patriarcat de Kiev, n’a jamais été aussi vive. Les attaques verbales, mais aussi physiques se sont multipliées au cours des derniers mois.

Si l’Eglise du patriarcat de Moscou montre un indéfectible soutien à la politique du président Poutine, notamment après son annexion de la Crimée, le ›patriarche’ de Kiev Philarète a adopté une posture ultra-nationaliste et dénonce Vladimir Poutine comme «un nouveau Caïn», le fils d’Adam qui fut l’assassin de son frère Abel.

Dans ce contexte, plusieurs paroisses de l’Eglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou ont décidé de se rattacher à la dissidence du patriarcat de Kiev. Selon la presse ukrainienne, ces changements ont été opérés par la voie démocratique et une très large majorité des fidèles se sont prononcés en faveur du changement. Selon Moscou, ces mutations ont été faites sous les pressions, voire la violence physique, et des manifestations réunissant parfois des centaines d’opposants ont eu lieu en divers endroits.

Il est difficile de déterminer combien de paroisses ukrainiennes ont décidé de rejoindre le patriarcat de Kiev depuis sa création en 1992. Le patriarche Philarète souligne que la loi ukrainienne autorise les paroisses à choisir leur appartenance, y compris contre l’avis du clergé local. Celui-ci est l’employé de la communauté et ne peut donc pas s’opposer à sa volonté. Le patriarcat de Kiev affirme s’opposer à tout acte d’agression contre les prêtres fidèles à Moscou, mais accuse en même temps les services secrets russes de simuler des attaques d’églises russes en Ukraine.

Le clergé non-russe a fui le Donbass

Dans l’est du pays sous contrôle des séparatistes pro-russes, ce sont les églises du patriarcat de Kiev qui sont sous les pressions et les menaces. Au début octobre, des cosaques russes auraient attaqué la cathédrale du patriarcat de Kiev de Lougansk et chassé les prêtres. Pour les séparatistes, l’orthodoxie russe est considérée comme la religion d’Etat. La plupart des membres du clergé des autres confessions auraient fui le Donbass.

L’Eglise gréco-catholique ukrainienne rattachée à Rome a également adopté une position très nationaliste depuis sa sortie de la clandestinité au moment de la chute de l’empire soviétique au début des années 1990. Minoritaire et présente essentiellement dans l’ouest du pays, elle est moins directement impliquée dans le conflit. Ce qui ne l’a pas empêchée de critiquer vivement la politique de Moscou et l’attitude du patriarche Cyrille. (apic/interfax/kna/mp)

16 octobre 2014 | 11:56
par webmaster@kath.ch
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