Un massacre qui a déjà fait au moins 100’000 morts depuis 1994
Ouganda: 25 morts dans une attaque des rebelles, dont un prêtre catholique
Kampala/Rome, 2 septembre 2003 (Apic) 25 personnes, dont un prêtre catholique, ont trouvé la mort lundi 1er septembre dans une attaque des rebelles dans le Nord-Est de l’Ouganda. L’embuscade, tendue par des hommes de «l’Armée de Résistance du Seigneur» (LRA) de Joseph Kony, a eu lieu à près de la localité de Katine, à une trentaine de kilomètres de Soroti, le chef-lieu de district, annonce mardi l’agence d’information missionnaire MISNA.
Les rebelles ont ouvert le feu sur deux véhicules, dont une camionnette, qui ont immédiatement pris feu. Parmi les morts, on note la présence du prêtre catholique Lawrence Oyuru, curé d’Ocero, dans le diocèse de Soroti. Les assaillants fortement armés étaient des jeunes, rapportent les témoins. Mgr John Baptist Odama, archevêque de Gulu, réclame une intervention de la communauté internationale pour mettre un terme à un massacre qui aurait déjà fait 100’000 morts en une décennie.
Le silence des honnêtes gens tue davantage que les balles de Kony
Le silence des honnêtes gens tue davantage que les balles de Kony, commente MISNA à propos de la guerre qui ensanglante le nord de l’Ouganda. Dans cette région, les gens meurent chaque jour, et les nouvelles d’attaques, de massacres ou d’enlèvements se succèdent à un rythme frénétique. Selon MISNA, entre samedi et lundi, les cruels «olum» – comme la population Acholi appelle les rebelles de la LRA – ont tué 45 personnes, dont un prêtre diocésain. Mais la communauté internationale, malgré la gravité de la situation, semble ignorer l’ampleur si ce n’est l’existence d’un massacre à grande échelle depuis 1994.
Cette année là, Joseph Kony, chef d’une prétendue «Armée de Résistance du Seigneur» (LRA) signa un accord de coopération militaire avec le gouvernement soudanais, s’engageant à combattre en territoire ougandais, pour à la fois affaiblir la guérilla des rebelles de l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA) et attaquer les troupes régulières de Kampala, leurs alliées.
Près de 20’000 enfants enrôlés de force par l’»Armée de Résistance du Seigneur»
Mais c’est la population civile, et en particulier les enfants, qui a payé le plus lourd tribut en vies humaines. Selon les estimations, entre 15’000 et 20’000 enfants auraient été enrôlés de force au sein du LRA pour mener une guerre fratricide. Mgr John Baptist Odama a réclamé d’urgence que l’on mette la question nord-ougandaise à l’agenda de l’IGAD, l’Autorité Intergouvernementale pour le Développement de la Corne de l’Afrique.
L’IGAD coordonne les négociations de paix entre le gouvernement soudanais et les rebelles du SPLA. L’archevêque de Gulu précise que les autorités soudanaises justifient les liens entre Khartoum et le LRA par le problème du SPLA, l’armée de libération des peuples du Soudan appuyée par le régime ougandais. «Je suis sûr que s’il y avait la paix au Soudan, les rebelles du LRA de Joseph Kony devraient revoir leur ligne de conduite et éventuellement cesser les hostilités».
Il faut appeler l’ONU à la rescousse
Le prélat ougandais a ajouté que si l’armée de Kampala n’était pas en mesure d’assurer la sécurité dans le nord de l’Ouganda, le président Yoweri Museveni devrait avoir le courage d’appeler à la rescousse l’ONU et de demander l’intervention d’une force multinationale de paix. «Mais cela fait des années que le gouvernement de Kampala promet de venir à bout des rebelles et, jusqu’à présent, ses propos n’ont fait rien d’autre que jeter le ridicule sur une armée inefficace qui, paradoxalement, a combattu avec succès en République Démocratique du Congo pour piller les territoires voisins riches en ressources minières».
«Il est intolérable que chaque jour, dans le nord de l’Ouganda il y ait des meurtres, des pillages et autres exactions contre les civils. Je ne saurais donner le chiffre exact des morts, mais il me semble qu’ils ne sont pas moins de 100’000 depuis le début de la guérilla. C’est pour cela qu’il est important de secourir les déplacés mais également de les protéger des incursions du LRA. Si l’armée ougandaise n’est pas en mesure de le faire, les autorités politiques de notre pays doivent demander l’aide d’une force multinationale de paix», a déclaré l’archevêque Odama dans une interview à MISNA.
Les gens n’en peuvent plus de cette guerre
L’archevêque de Gulu est président de l’ARLPI, l’initiative de paix des leaders religieux Acholi. L’ARLPI regroupe les chefs des confessions religieuses oeuvrant dans les territoires infestés par les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA). «Notre peuple est rempli d’amertume, prostré et n’a plus confiance: les gens n’en peuvent plus. Cette guerre de Kony doit finir avant qu’il ne soit trop tard!».
De l’avis des observateurs, il est difficile de comprendre le comportement des forces ougandaises dans les districts de Gulu, Kitgum, Pader, Lira et Soroti, où elles font preuve d’une totale incapacité à en finir avec les bandes armées. MISNA se demande si le président ougandais Yoweri Museveni n’a pas vraiment envie d’affronter les rebelles pour tenir dans un étau le nord du pays, qui lui est traditionnellement hostile, utilisant le stratagème «diviser pour régner».
«Ne serait-il pas temps que quelqu’un à Bruxelles, Londres, Paris, Rome et Washington prenne à coeur cette guerre oubliée de tout et de tous?», écrit un bon connaisseur de la région, le Père Giulio Albanese, directeur de MISNA, pour qui «le silence des gens honnêtes tue avantage que les balles de Kony.» (apic/misna/be)



