Ouganda: Des Eglises ougandaises condamnent les mesures de sécurité du gouvernement

«Refusons de mettre la population rurale dans des camps»

Kitgum, Ouganda, 19 octobre 1997 (APIC) Des responsables d’Eglises du Nord de l’Ouganda, région déchirée par la guerre civile, ont condamné la politique du gouvernement du président Museveni. Ce dernier oblige la population à s’installer dans des villages «protégés», ce qui permet ainsi à l’armée de lutter contre les rebelles décidés à renverser le gouvernement.

Dans une lettre publiée dimanche dernier et adressée aux autorités militaires et civiles de la région nord, dix responsables religieux (protestants et catholiques) écrivent que cette politique, qui n’a pu rétablir la sécurité dans la région, a engendré de multiples souffrances humaines.

«Nous souvenant des épreuves traversées l’an dernier par les habitants des villages soi-disant protégés dans le district de Gulu, nous nous opposons énergiquement à l’idée de rassembler notre population rurale dans des camps», écrivent les auteurs de cette lettre – Parmi les signataires, on trouve entre autres l’évêque anglican du diocèse de Kitgum, Macleord Baker Ochola II. La lettre a été publiée à l’issue d’un séminaire de trois jours sur la justice et la paix, organisé par l’Eglise anglicane de la ville de Kitgum.

Les ecclésiastiques affirment que les districts de Gulu et de Kitgum, dans le nord du pays, ne figurent pas dans la liste officielle des districts qui devraient recevoir des secours alimentaires, et ceci malgré la gravité de la sécheresse et le nombre de morts et de maladies provoquées par la famine. «Nous voudrions que les autorités vérifient si ces deux districts ont été écartés volontairement de la liste officielle», écrivent-ils.encore.

Guerre civile

Ces deux districts sont ravagés par la guerre civile déclenchée par «l’Armée de la résistance du Seigneur» (LRA), qui serait soutenue, affirme le gouvernement du président Museveni, par le gouvernement islamiste soudanais du président Omar Hassan Ahmed el-Bashir.

Les rebelles de la LRA – qui veulent établir un gouvernement fondé sur les dix commandements de la Bible – mêlent sorcellerie et religion et prétendent posséder une huile miraculeuse qui les protège contre les balles et des pierres blanches qui explosent lorsqu’ils les lancent sur l’ennemi. Ils terrorisent la population et coupent les oreilles, les lèvres et le nez de ceux qu’ils suspectent de collaboration avec l’armée.

Les autorités ecclésiastiques et civiles de la région ont, à maintes reprises, appelé le président Museveni à entamer des négociations de paix avec les rebelles. Ce dernier a toujours refusé, en répondant que les parents des victimes de ces atrocités ne pardonneraient pas à son gouvernement de traiter avec les rebelles. S’il faut du temps à l’armée pour réprimer la rébellion dans le nord, a dit le président le 9 octobre, à l’occasion de la fête marquant le 35e anniversaire de l’indépendance, c’est pour ne pas faire souffrir la population de cette région. Le président Museveni a également accusé le président soudanais. Il le rend responsable de la mort des Ougandais tués par les troupes de la LRA. (apic/eni/ba)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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