Ouganda: «Ebola»: Récit d’un médecin italien en première ligne dans la lutte contre le virus

Le sida, ebola… et la bêtise meurtrière des hommes en armes

Gulu, 1er novembre 2000 (APIC) Le virus «ebola» continue ses ravages en Ouganda. Un virus de plus, qui s’ajoute au sida, au choléra, à la tuberculose et à la dysenterie, notamment, qui tuent beaucoup, et surtout des enfants. Un fléau de plus, qui s’additionne à la bêtise meurtrière des hommes. Entretien de l’agence vaticane Fides avec le médecin Piero Corti, fondateur d’un petit hôpital, en première ligne pour lutter contre «ebola».

En 1961, à Gulu, il y avait un petit dispensaire; il était le seul. Il s’appelle aujourd’hui «St. Mary’s Lacor», et, avec ses 450 lits, il est maintenant le plus grand hôpital privé de l’Afrique sub-saharienne. Deux personnes l’ont fondé: Piero Corroi, médecin italien, et Lucille Teasdale, son épouse, une Canadienne, chirurgienne, morte il a quelques années, des suites du virus du sida qu’elle avait contracté dans son travail.

Alors que, dehors, les rebelles, appuyés par le Soudan luttent contre le gouvernement ougandais, à l’intérieur de l’hôpital, on lutte contre le sida, contre la rougeole (la cause principale des morts d’enfants), le choléra, la tuberculose et les dysenteries. Mais à présent, l’hôpital doit faire face à une autre maladie, le virus «ebola», cette terrible épidémie de fièvre hémorragique.

C’est une maladie mortelle qui touche tous les orifices du corps humain, et contre laquelle on ne possède actuellement aucun remède. A Gulu, les missionnaires et les volontaires sont restés sur place, et sont les seuls secours pour une population terrorisée. L’Organisation mondiale de la santé a enregistré jusqu’à ces derniers jours 55 morts et 160 personnes atteintes par le virus.

Au 26 octobre, d’après des données fournies par le directeur général des Services sanitaires de l’Ouganda, on dénombrait officiellement 63 morts et 182 personnes contaminées.

Le médecin Piero Corroi, au moment où éclata l’épidémie du virus «ebola», se trouvait au Canada, où l’on présentait le film qui raconte la vie de son hôpital. Face à la gravité de la situation, il quitta tout pour retourner immédiatement à Gulu.

Q.: Quand avez-vous rencontré le premier cas du virus «ebola»?

Piero Corroi: Je ne peux pas dire quel a été le premier cas. Au début du mois de septembre il y eut une première mort suspecte; mais l’épidémie a éclaté après mon départ pour le Canada. Je me mis en contact avec le Docteur Matthew Lokwia et avec Frère Croce, deux de mes collaborateurs, pour connaître la situation. Le Docteur Matthew, après les deux premières morts chez les malades de l’hôpital, et après le décès d’une infirmière, a réussi à faire un diagnostic précis. Il a immédiatement renvoyé chez eux tous les malades qui le pouvaient pour libérer les lits. On a changé les procédures utilisées à l’hôpital, et notamment pour les tuberculeux qui sont le nombre le plus important des personnes alitées.

Q.: Que s’est-il passé à l’hôpital quand vous avez compris que vous étiez devant le virus «ebola»?

Piero Corroi: Après la mort de deux infirmières et d’un médecin, il y a eu la panique dans le personnel. Le docteur Matthew a réuni tout le monde, en laissant le choix aux médecins et au personnel médical: rester ou non. A ceux qui décidaient de rester, il demanda s’ils étaient disposés à soigner les malades touchés par le virus. Ceux qui étaient déjà contagieux avaient peu de chances de se sauver. Il était fondamental de suivre scrupuleusement les directives pur éviter toute contagion. Je crois que personne n’est parti.

Q.: Est-il vrai que la fièvre hémorragique ne se transmet que par contact direct?

Piero Corroi: Oui, mais si l’on travaille à moins d’un mètre d’un malade qui crache de la salive, et parfois même du sang, et qui a une diarrhée continuelle, le risque grandit. Grâce au ciel, une de nos infirmière s’est mise à tout nettoyer, à laver les malades. Ce fut un exemple «contagieux», et les autres l’ont suivie.

Q.: Quelle est la situation actuelle ?

Piero Corroi: Le nombre des malades qui arrivent au chez nous diminue, parce que l’hôpital civil a commencé lui aussi à accueillir des malades. Il faut aussi voir à quel point l’on en est dans les autres hôpitaux, comme Kalongo et Kitgum.

Q.: Que fait le gouvernement ougandais ?

Piero Corroi: Après le chaos du début, le ministre est venu à Gulu. Il a réprimandé l’hôpital civil, nous a remerciés pour tout ce que nous faisons et pouvons faire au «Lacor Hospital». A présent, les gens sont informés et semblent avoir compris, en ville du moins ce qu’il faut faire pour éviter la contagion. Il semble que l’ordre soit rétabli. (apic/fedes/pr)

1 novembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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