Utilisées comme bonnes à tout faire par les rebelles

Ouganda: Entretien avec un missionnaire sur la tragédie des filles soldats

Gulu, 27 avril 2005 (Apic) «La tragédie des filles enlevées par les rebelles, nous la vivons chaque jour», déclare à l’agence Fides le Père Tarcisio Pazzaglia, qui les recueille dans le nord de l’Ouganda. C’est dans cette région que sévit l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), tristement célèbre par l’utilisation d’enfants soldats.

«Il s’agit de filles et d’enfants qui ont été recueillis en famille, mais qui viennent chez nous parce que leurs parents n’ont pas les moyens pour les entretenir. Nous leur offrons le logement et la nourriture, et la possibilité de suivre l’école, des classes élémentaires jusqu’au lycée», affirme le Père Pazzaglia, qui dirige un foyer accueillant 260 enfants enfuis des rangs de la guérilla.

«Les filles sont enlevées à 7 ou 8 ans, et sont employés en général comme bonnes à tout faire, contraintes de faire à manger, de ramasser du bois et de l’eau pour les rebelles. En général, elles ne subissent pas d’abus sexuels, mais une fois qu’elles ont atteint la puberté, elles sont contraintes d’épouser un des chefs de la guérilla. Les conditions des épouses des rebelles sont très dures. Les filles qui ont réussi à s’échapper parlent de fuites continues pour survivre à la chasse à laquelle sont soumis les rebelles; elles ont souffert de la faim et de la soif pendant des journées entières. Et puis, il y a la jalousie des autres épouses, parce que les rebelles se prennent 3 ou 4 compagnes. La plus jeune devient la bonne à tout faire des plus âgées», raconte le missionnaire.

La suspicion dans leur village d’origine

«Les filles qui parviennent à s’enfuir retournent dans leur village, et sont généralement bien accueillies; mais elles sont regardées avec compassion et aussi avec suspicion: beaucoup se demandent si elles contracté le SIDA».

La situation dramatique des filles est l’objet du rapport «Forgotten Casualties of War : Girls in Armed Conflict». D’après le rapport, si le problème des enfants soldats est connu, le fait que de nombreuses filles sont impliquées dans les conflits a été ignoré jusqu’à présent. «Save the Children» déclare que sur les 300’000 enfants enrôlés de force par les rebelles, 40% environ sont des filles. (apic/fides/bb)

27 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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