Ouganda: L’appel de l’archevêque «du camp de réfugiés» de Gulu

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Gulu, 4 juin 2003 (Apic) On dit de lui qu’il est l’archevêque d’un immense camp de réfugiés et de son cimetière. L’affirmation pourrait sembler exagérée, pour ne pas dire macabre, pour ceux qui ne connaissent rien du drame que connaît une Eglise oubliée de tout et de tous dans le nord de l’Ouganda, celle de Gulu. Aujourd’hui, loin d’Evian, Mgr John Baptist Odama lance un appel destiné à la communauté internationale, plus prompte aux déclarations qu’à l’action éclairée.

Dans un portrait qui lui est consacré, Misna dit de lui qu’il est animé d’un esprit pacificateur sans précédents dans l’histoire de son pays. Pourtant, la chronique noire de la vaste région Acholi est marquée chaque jour par des massacres et des exactions en tout genre, perpétrés par les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) contre la population civile.

Pour le prélat, la situation est désormais insoutenable dans tout le territoire de son archidiocèse, d’Anaka à Gulu, de Kitgum à Namokora, d’Opit à Pajule. Il suffit de penser qu’en l’espace de quelques jours, de vendredi dernier à aujourd’hui, une mission catholique, celle d’Omiya- Anyima, a été incendiée pendant que des innocents se faisaient défigurer et mutiler. «Notre guerre ne peut être définie comme une guerre de religion» commente Mgr Odama, président de l’ARLPI (Acholi Religious Leaders Peace Initiative), un cartel interreligieux qui cherche une solution non- violente.

Le chef historique du LRA, Joseph Kony, bien qu’il s’obstine à présenter son credo politique comme une sorte de révélation spirituelle, ne revendique aucune appartenance aux trois grandes religions monothéistes: christianisme, islam et hébraïsme. «Nous ne pouvons plus continuer comme cela en acceptant fatalement un inexorable destin qui semble vouloir effacer de la terre une ethnie toute entière» s’insurge l’évêque. Pour Mgr Odama, il est avant tout nécessaire que «toute le pays ougandais prenne davantage conscience du drame qui trouble le peuple Acholi afin que toutes ses composantes, sociales, politiques et religieuses, puissent chercher communément une solution à cette tragédie inhumaine».

Des solutions

Dans cette perspective, Mgr Odama préconise «un intéressement majeur de la communauté internationale, en accord naturellement avec les autorités ougandaises, pour affronter une urgence qui se semble pas suffisamment en évidence dans l’agenda du Conseil de sécurité des Nations Unies».

Après autant d’années de guerre civile, ici dans le nord de l’Ouganda, c’est au Palais de Verre de proposer des solutions censées assurer la sécurité des innocents, estime le prélat. «L’ONU a les personnes, les moyens et les compétences pour nous aider à trouver une issue: c’est une question de vie ou de mort pour les nôtres».

Dans la seule paroisse de Kitgum, depuis juillet 2002, plus de 30 enfants ont été tués et plus de 500 ont été enlevés pour être enrôlés dans les rangs du LRA, fondée à la fin des années 80 par Kony dans le but de renverser le gouvernement en place à Kampala. «On assistera à une vraie hécatombe humanitaire si l’on n’arrête pas les armes rapidement en permettant le secours et la réhabilitation des âmes et des corps bouleversés par la guerre», conclut l’archevêque dans son appel. (apic/misna/pr)

4 juin 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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