Les Eglises ougandaises montent aux barricades

Ouganda: L’Etat impose des restrictions aux médias étrangers en vue des présidentielles

Nairobi, 24 janvier 2006 (Apic) Les Eglises ougandaises ont dénoncé la directive du gouvernement demandant aux journalistes étrangers de ne pas se déplacer au-delà d’une distance de 100 kilomètres de Kampala. Une mesure prise alors que le pays s’approche des élections présidentielles, fin février.

«C’est un mauvais signe pour la liberté de la presse en Ouganda», a déploré le pasteur Grace Kaiso, secrétaire exécutif du Conseil chrétien de l’Ouganda, qui regroupe les Eglises catholique, orthodoxes et protestantes. «Nous nous demandons ce qui va se passer maintenant», s’interroge-t-il dans une déclaration faite à l’Agence oecuménique ENI.

A la mi-janvier, le gouvernement a chargé le Centre des médias, contrôlé par l’Etat, d’accréditer les journalistes étrangers, écartant le Conseil des médias du pays de son rôle à cet égard. Le président Yoweri Museveni a créé le Centre en 2005 et a décrété qu’il serait responsable des activités des médias.

«Le mandat et la fonction du Centre des médias restent en grande partie inconnus et peuvent donc être utilisés pour limiter la liberté de la presse», s’inquiète Grace Kaiso.

Le ministre de l’Information, James Buturo, a expliqué que le Centre a été autorisé par le gouvernement à enquêter sur les journalistes étrangers désirant entrer en Ouganda car ils sont devenus «un sujet de préoccupation pour la sécurité» du pays. «Certains Réd: journalistes étrangers) viennent dans le pays avec d’autres intentions», a-t-il estimé dans un entretien accordé le 19 janvier au «Daily Monitor», un quotidien indépendant ougandais.

Les Eglises ougandaises accusent le gouvernement du président Museveni de manipulation avant les élections présidentielles prévues pour le 23 février, mais le gouvernement affirme que les médias indépendants ternissent la réputation du pays. Ceux qui s’opposent au gouvernement accusent le président Museveni, qui règne depuis 20 ans, de s’acheminer vers une dictature.

Accréditation refusée

Le principal opposant de Yoweri Museveni, Kizza Besigye, leader du Forum pour le changement démocratique, a été arrêté à son retour d’exil en Afrique du Sud et accusé de viol. Il doit aussi répondre des accusations de trahison et de terrorisme avec 22 autres personnes. Il a été libéré sous caution le 2 janvier par la Haute Cour et a pu sortir de prison, mais il devra se présenter devant un tribunal militaire le 31 janvier.

Selon des sources ougandaises, le Centre des médias contrôlé par l’Etat dépend des renseignements militaires pour obtenir ses informations et a refusé l’accréditation d’un journaliste canadien écrivant pour le magasine «Economist» et le journal «Christian Science Monitor». Par ailleurs, il a porté l’accréditation d’un correspondant de la BBC d’une année à quatre mois, et lié sa prolongation à un réexamen de ses activités. (apic/eni/pr)

24 janvier 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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