Le témoignage d’un missionnaire
Ouganda: La guerre tue discrètement: les victimes ne sont pas des enjeux politiques
Lira, 12 mars 2004 (Apic) La guerre dans le nord de l’Ouganda est silencieuse. Comme si les indignations avaient quelque part deux vitesses pour exprimer l’horreur des massacres et des attentats qui font chaque fois des centaines de victimes civiles. Il y a trois semaines les miliciens de la LRA ont massacré plus de 250 personnes dans le camp de Barlonyo, à 25 kilomètres au nord-est de Lira. rappelle le Père Ayele Sebhat, missionnaire. Cela dans l’indifférence générale de la communauté internationale.
Mais il n’y a pas que dans ce camp du Nord de l’Ouganda que les drames humains laissent chaque jour des victimes parmi les enfants et les femmes. «Nous avons été bouleversés en apprenant que depuis janvier dernier dans le camp de réfugiés de «Barapwo stock farm» 48 personnes sont mortes». Le témoignage du Père Sebhat est éloquent. Il a visité jeudi deux camps protégés où sont entassés des centaines de milliers de civils ayant pris la fuite des villages du district de Lira (nord de l’Ouganda) à cause des attaques continuelles des rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA.
Jeudi encore, le journal local de la ville, «Rupiny», a écrit que des dizaines de personnes sont mortes à cause de malnutrition dans le camp de Erute, à la périphérie de la ville. «Cela nous semblait impossible et ce matin nous sommes allés vérifier sur place dans les deux camps de réfugiés» raconte encore le missionnaire. Dans le premier, «Barapwo», à cinq kilomètres seulement de la ville, les responsables du camp ont fait voir au combonien une liste de 48 victimes pour malnutrition et à cause de maladies comme la dysenterie, la malaria ou des complications post accouchement: «Nous sommes restés bouche bée quand les coordinateurs de la structure nous ont dit que cette année la nourriture n’a été distribuée qu’à deux reprises: le 8 janvier et le 8 mars». Chaque personne a reçu une portion de 3,5 kilos d’haricots et 7,5 de maïs.
L’indignation du missionnaire
Il ne faut pas s’étonner si les gens meurent de faim, s’insurge le Père Sebhat. Dans ce camp se sont rassemblés 31’446 ougandais qui tentent d’échapper à la furie des rebelles: il y a trois semaines les miliciens de la LRA ont massacré plus de 250 personnes dans le camp de Barlonyo, à 25 kilomètres au nord-est de Lira. «J’ai vu l’école élémentaire: quatre édifices sans toit: dans cette structure il y a 6’500 écoliers».
Le standard fixé par le ministère de l’Education ougandais prévoit un maximum de 45 élèves par classe. «Au collège il y a 700 élèves réfugiés» poursuit le témoignage du religieux. «Chaque matin ils parcourent cinq kilomètres à pied pour se rendre aux leçons: «Les enseignants ont beau être compétents mais humainement parlant il est impossible d’enseigner à autant de personnes, surtout car elles sont affamées» commente encore le missionnaire. «Mieux que rien» a été la réponse du proviseur. Le Père Sebhat, avec un autre religieux, a ensuite visité le camp de Erute: «Il est n’est pas officiellement reconnu par les autorités comme centre d’accueil des réfugiés», explique-t-il à l’Agence Misna, «mais il accueille 20’000 personnes». «Ici depuis janvier, 38 civils sont morts: selon la direction du camp, la majorité est décédée du manque de nourriture», constate encore le missionnaire, en ajoutant que «dans la municipalité de Lira il y a 15 camps et l’on ne sait pas encore le bilan total des victimes de la faim».
Et le missionnaire de s’interroger: «Si dans les centres pour évacués de Lira, où la nourriture est distribuée par les organisations humanitaires, on meurt de faim, que se passe-t-il dans les camps protégés qui sont isolés de la ville à cause de l’insécurité?». Les rebelles de la LRA n’ont de cesse de porter des attaques et empêchent d’entreprendre tout type de déplacement. Pas plus tard que mercredi dernier, dans une guerre oubliée par l’Europe et les Etats-Unis, mais qui dure depuis plus de 17 ans et qui a fait des milliers de morts et plus d’un million d’évacués, neuf personnes sont venues s’ajouter sur la longue liste de victimes, des Ougandais tués dans leur sommeil par des rebelles. Des morts dont on ne parle pas, parce qu’ils ont le malheur de ne pas faire partie des enjeux politiques du monde occidental, de l’Espagne en Italie, en passant par la France et les Etats-Unis, notamment. (apic/misna/pr)



