Ouganda: Libération du directeur de MISNA et de ses deux confrères comboniens

24 heures d’enfer pour un «malentendu»

Kampala, 30 août 2002 (APIC) L’arrestation le 28 août du directeur de l’agence de presse missionnaire MISNA, le Père Giulo Albanese, et de deux de ses confrères comboniens par l’armée ougandaise «est incident, dû à une mauvaise communication interne au sein de l’armée». Ces propos du Père Albanese, libéré le 29 au soir avec les Pères Tarcisio Pazzaglia et Carlos Rodriguez Soto, témoignent d’une volonté, malgré les mauvais traitements reçus, de persévérer dans l’élaboration d’un dialogue de paix entre l’Etat ougandais et les rebelles du LRA.

Les trois religieux, qui s’étaient rendus mercredi dans une localité secrète de la zone de Kitgum pour y rencontrer une délégation de rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), ont été surpris par une irruption de militaires et se sont retrouvés au beau milieu d’un affrontement armé. «Une pluie de balles, de grenades, de roquettes et de projectiles en tous genres», raconte le Père Albanese. Les missionnaires ont alors été emmenés et emprisonnés. «Six heures de marche sans une goutte d’eau, puis dévêtus et enfermé dans une baraque avec perpétuellement la sensation que les militaires ougandais pouvaient nous éliminer d’un moment à l’autre», témoigne le directeur de MISNA. Ce n’est que 24 heures plus tard, que les trois Père comboniens étaient relâchés, le temps pour l’état major de l’armée ougandaise d’apprendre que la rencontre des religieux avec les rebelles avait reçu l’aval des autorités militaires locales.

Poursuivre le dialogue coûte que coûte

Malgré l’épreuve, les Pères combonien sont unanimes dans leur volonté de poursuivre leur efforts pour instaurer un dialogue de paix entre la LRA et l’Etat ougandais. Père Carlos Rodriguez Soto souligne «Cette expérience ne nous décourage pas, nous poursuivrons nos efforts pour la paix. A présent, nombreux sont ceux qui doutent de la possibilité de faire décoller les négociations de paix. C’est plus que jamais le moment d’insister et d’accepter de prendre quelques risques, pour que parte vraiment ce processus».

Les trois prêtres se sont expliqués avec les autorités militaires. «Un entretien très positif» selon Père Carlos, qui ne croit pas que l’opération de soldats a caché une tentative de saboter les efforts de médiation accomplis par l’Eglise. L’archevêque de Gulu (nord de l’Ouganda), Mgr John Baptist Odama remarque également que «L’important dans cette histoire, c’est que cette affaire se soit résolue et que le dialogue dans le nord de l’Ouganda puisse poursuivre son parcours, pour donner un peu de paix à cette terre ravagée».

Un dialogue difficile

Ces derniers temps les espoirs d’établir des négociations se sont alternés avec les nouvelles de violences sur le terrain. Des négociations dans lesquelles l’Eglise a joué un rôle clef, sous la direction de Mgr Odama. Le prélat, qui est également président de l’ARPLI (Acholi Religious Leaders Peace Iniziative), la plus importante association interreligieuse du nord de l’Ouganda, a été protagoniste d’une phase secrète des négociations ayant permis, pour la première fois en plus de 15 ans, d’établir un contact direct entre les rebelles et les dirigeants ougandais. Il y a quelques jours, l’archevêque avait remis au président Yoweri Museveni une lettre contenant des ouvertures de la part des rebelles. Le chef de l’Etat, après une première disponibilité au cessez-le-feu avec les guérilleros, a cependant par la suite réaffirmé sa volonté d’user de la force. (apic/misna/sh)

30 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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