St-Maurice: Le conseiller fédéral Alain Berset, hôte d’honneur de l'Abbaye de Saint-Maurice
Ouverture solennelle de la «Porte du Jubilé» des 1’500 ans de la fondation de l’Abbaye
Saint-Maurice, 21 septembre 2014 (Apic) «Nous sommes fiers de revendiquer le titre d’Abbaye la plus ancienne de l’Occident chrétien qui n’a jamais fermé ses portes en quinze siècles», a lancé dimanche 21 septembre Mgr Joseph Roduit. Le Père-Abbé de St-Maurice accueillait dans les murs de la vénérable basilique le conseiller fédéral Alain Berset, hôte d’honneur, lors du lancement des cérémonies du jubilé de l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. Ce dernier a salué ce «haut-lieu de culture» qu’est la célèbre Abbaye valaisanne.
Fondée en 515 sur le tombeau de saint Maurice et de ses compagnons martyrs de la Légion thébaine, l’Abbaye fête son 1500e anniversaire durant l’année qui vient, jusqu’au 22 septembre 2015. Sous une pluie battante, la foule s’était rassemblée peu après 15h derrière les mozettes rouges des chanoines réguliers de saint Augustin et les voiles des religieuses des diverses congrégations invitées à la cérémonie d’ouverture de la «Porte de l’année jubilaire». Pour la circonstance, la porte principale de la basilique avait été fermée.
Après la bénédiction solennelle, Mgr Roduit a frappé la porte avec sa crosse, laissant d’abord pénétrer religieux et religieuses, puis la délégation officielle emmenée par le conseiller fédéral Alain Berset, le président du gouvernement valaisan Jean-Michel Cina et son collègue, le conseiller d’Etat Jacques Melly, ainsi que l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin. La foule s’est ensuite engouffrée dans une basilique archicomble pour suivre les premières vêpres.
A Saint-Maurice, «culte et culture ont fait route commune à travers les siècles»
Mgr Roduit, soulignant l’honneur d’accueillir en ce lieu le chef du Département fédéral de l’Intérieur, «et aujourd’hui particulièrement le chef du Département de la Culture», a rappelé qu’à Saint-Maurice, «le culte et la culture ont fait route commune à travers les siècles, et, heureusement pour nous, des indices, des signes, sinon des preuves, ont été soigneusement conservés de ce riche patrimoine». Et le Père-Abbé de lancer: «Et si le passé est garant de l’avenir, nous avons encore de beaux jours devant nous !»
Rappelant la beauté du geste de courage de saint Maurice et de ses compagnons, martyrisés au IIIe siècle pour avoir refusé d’abjurer leur foi chrétienne, «magnifiée dans de splendides reliquaires», la beauté des bâtiments édifiés à la suite de saint Théodule au IVe siècle, la beauté de la prière, du chant et de la musique suite à la fondation de saint Sigismond au VIe siècle, il s’est dit confiant dans l’avenir. « Aujourd’hui, suite à tant d’initiatives et de persévérance, nous nous situons comme de fidèles témoins d’une foi qui n’a pas toujours renversé les montagnes, mais a plutôt coulé comme le bruissement d’une source d’eau fidèle et quotidienne».
Seul un grand amour peut être à l’origine de ce lieu
Le conseiller fédéral Alain Berset, participant à la cérémonie au nom du collège gouvernemental, a dit, à propos du sanctuaire de Saint-Maurice d’Agaune, croire sincèrement que seul un grand amour peut être à l’origine de ce lieu.
«Un amour d’une nature toute particulière, qui, voici 1500 ans, a poussé quelques hommes d’Eglise à ériger ces murs comme ils levaient la tête au ciel, songeant à ce Maurice devenu saint et à ses compagnons d’infortune. Des compagnons débarqués par milliers d’Afrique pour mourir loin de chez eux sur cette terre étrangère». Tirant un parallèle avec les immigrés qui tentent de traverser la Méditerranée pour rejoindre les rives de l’Europe, il a admis que les cris de ces hommes martyrisés n’atteignent plus aujourd’hui les oreilles «de tous ceux qui, comme eux, regardent l’Europe par-delà les eaux bleues d’une mer qui les brisera».
Des jeunes Occidentaux égarés, «bandits sans foi ni loi» partis faire le jihad
«Sachons au moins l’entendre, nous, ce son funeste des cris de saint Maurice et de ses compagnons martyrisés, pour ne jamais rester insensibles aux drames de l’exil qui s’invitent de plus en plus souvent dans notre actualité». Le conseiller fédéral a encore relevé que si la Suisse est aujourd’hui devenue un Etat fédéral laïc garantissant la liberté de conscience et de croyance, «l’on ne saurait feindre d’ignorer le rôle prépondérant qu’ont joué l’Eglise et les Eglises dans l’histoire de notre pays et par conséquent dans notre culture».
Alain Berset a par contre déploré le fait que «des individus en perte de repères se réfugient aussi dans l’espoir que leur font miroiter certains marchands de croyances qui, sous le couvert de vocables religieux ou politiques, n’ont de cesse que d’attiser la haine et de diviser». Le ministre fédéral de l’Intérieur n’a pu taire son effroi devant les nouvelles évoquant «tous ces jeunes Occidentaux égarés, partis en Orient répandre la terreur et trancher la tête de leur prochain. Ils s’imaginent être des hommes de foi alors qu’ils ne sont que bandits sans foi ni loi. Mais la religion, ça n’est pas, ça ne doit plus être ça !»
Prôner la tolérance et le respect des droits humains
Le conseiller fédéral a insisté sur le fait que les Etats et les religions reconnues portent ici une grande responsabilité. «Ils doivent agir de concert pour rétablir la confiance entre tous les hommes issus de cultures différentes, et les rassembler en prônant la tolérance et le respect des droits humains. Seule la tolérance responsable permet de lutter contre la montée de tous les fanatismes, qu’ils soient politiques ou religieux !»
Encadré
Artiste peintre, professeur d’arts visuels et d’histoire de l’art durant 35 ans au Collège de Saint-Maurice, Jean-Pierre Coutaz est le concepteur de la «Porte du Jubilé», ouverte ce dimanche 21 septembre par le Père Abbé Joseph Roduit. A partir d’une belle graphie ancienne, il a inscrit sur la porte, faite de plaques de bronze imitant des planches nervurées, des sentences bibliques choisies par Guy Luisier, chanoine de l’Abbaye St-Maurice et missionnaire au Congo. Ainsi peut-on lire par exemple, inspiré de la Genèse ou de Jérémie: «Viens béni du Seigneur Pourquoi te tiendrais-tu dehors», «Viens et je veillerai sur toi». «J’ai voulu, confie-t-il à l’Apic, qu’en touchant la porte, on sente l’empreinte, l’âme du bois». (apic/be)



