Force internationale en Afghanistan bienvenue

Ouzbékistan: Le gouvernement opposé à toute tentative de politisation de l’islam

Tachkent, 16 novembre 2001 (APIC) Shaazim Minovarov, premier vice-ministre du bureau des Affaires religieuses d’Ouzbékistan, de passage à Paris, a souligné que son gouvernement est opposé à toute tentative de politisation de l’islam. Pour lui, l’Ouzbékistan est un pays laïc, marqué par une tradition ancienne de tolérance religieuse. Par ailleurs, Shaazim Minovarov se réjouit de la défaite des talibans et de la présence future d’une force internationale, susceptibles de redonner à terme à la région une plus grande sérénité.

Shaazim Minovarov s’est félicité de la nouvelle donne en Afghanistan. Il juge opportune la décision d’y envoyer des forces internationales sous l’égide de l’ONU. Même si la priorité reste à une solution interne à l’Afghanistan. Ce pays, rappelle-t-il, a abrité des criminels et terroristes du monde entier. On a même trouvé, dans les rangs talibans, des Tchétchènes. Situation qui ne pouvait durer.

Le monde doit toutefois se pencher sur les causes profondes du terrorisme international, c’est-à-dire la misère sociale et l’analphabétisme, souligne le dignitaire ouzbek. La présence des troupes US sur le sol ouzbek est discrète, et il n’y a pas de raison qu’elles s’y installent durablement, estime-t-il.

Un pays à tradition monothéiste

La multiplication récente des mosquées et écoles coraniques n’entraîne pas pour autant une hausse de la pratique religieuse, somme toute faible, estime Shaazim Minovarov. Le vice-ministre ouzbek a rappelé que l’islam a été importé en Asie centrale quasiment à l’époque du prophète Mahomet. La greffe a d’autant mieux pris que la région fut imprégnée d’une forte culture monothéiste via les zoroastriens, les chrétiens nestoriens ainsi que la communauté juive. L’Ouzbékistan a donné de grands théologiens à l’islam comme Al Boukhari.

Le premier vice-ministre du bureau des Affaires religieuses d’Ouzbékistan insiste sur la tradition de tolérance religieuse de ce pays, marquée par l’école musulmane hannafite. Pour preuve, la présence ancienne, antérieure à la révolution bolchevique, de l’Alliance Biblique Universelle à Tachkent. Laquelle collabore sans difficulté avec les autorités ouzbeks. Cette tolérance est toutefois mise à rude épreuve par les évangéliques, dont le prosélytisme musclé fait fi des traditions locales.

Ce prosélytisme, susceptible à terme d’irriter les musulmans conservateurs, inquiète en premier lieu les chrétiens orthodoxes, d’origine russe pour la plupart, explique Shaazim Minovarov. Les russophones représentent de fait 8% de la population. Les orthodoxes sont les chrétiens les plus nombreux, suivis des protestants, parmi lesquels une forte minorité coréenne.

Lutte contre la mouvance islamiste

Le gouvernement ouzbek a dû faire face au prosélytisme agressif de mouvements intégristes prêchant un islam d’importation qui, bien qu’étranger aux traditions locales, a trouvé un écho auprès des jeunes. Parmi ces islamistes durs se trouvent des membres du tabligh islamiste pakistanais ainsi que les membres d’un parti de libération islamique international, dont l’objectif est d’instaurer un califat musulman universel considéré comme le seul à même d’apporter la paix mondiale. Objectif qualifié d’absurde par Shaazim Minovarov.

S’appuyant sur la constitution qui fait de l’Ouzbékistan un pays laïc, le gouvernement a interdit les partis islamistes et il fait la traque à toute tentative de politisation de l’islam. Celle-ci est partiellement financée par les pétrodollars des Saoudiens. Lesquels ont permis en l’espace de quelques années la multiplication des mosquées. On en compte aujourd’hui 4’300 (allant de la petite salle de prière à la grande mosquée) contre quelques dizaines du temps du régime soviétique, époque pendant laquelle la pratique de l’islam n’était possible que pour les seules personnes âgées. Le nombre des écoles coraniques a également augmenté ces dernières années dans des proportions considérables.

Mais si le peuple ouzbek se sent profondément rattaché au monde musulman, il est plus croyant que pratiquant. On ne compte guère que 2 millions de pratiquants réguliers sur une population de 23 millions d’habitants. (apic/jcn/mk)

16 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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