Le souci d’écouter l’expérience des jeunes
Paderborn: Après la 3e Rencontre européenne de pastorale des jeunes
Bruxelles, 30 septembre 1998 (APIC)Comment l’Eglise catholique va-t-elle à la rencontre des jeunes d’aujourd’hui? Le succès des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), dont l’édition 1997 à Paris a pris de court bien des observateurs, n’est pas dû au hasard. S’il s’explique par un concours de multiples facteurs, il en est un, en tout cas, qui n’est pas négligeable: le souci d’une politique coordonnée de présence auprès des jeunes. La troisième rencontre européenne de pastorale des jeunes, organisée du 21 au 24 septembre à Paderborn, en Allemagne, vient d’en donner un nouvel exemple.
Un des quatre délégués belges, Jacques Renders, prêtre à Bruxelles, a fait le point pour l’agence de presse CIP. Le souci d’écouter l’expérience actuelle des jeunes, aussi neuve ou dérourante soit-elle par rapport aux habitudes ecclésiales, a fortement marqué la rencontre de Paderborn. Jacques Renders se dit, pour sa part, frappé par les insistances de plusieurs intervenants.
D’abord, la place des jeunes ne va plus de soi dans le monde. Ils sont les premières victimes de la crise mondiale, car ils sont les plus faibles sur le marché du travail, et donc les premiers exclus. Ils manquent aussi d’espaces de rencontre et de loisirs. Beaucoup en arrivent à se demander: «Où sommes-nous bien reçus?»
Le rapport entre les jeunes et les adultes s’est quelquefois étrangement inversé. «Il n’est pas rare que des jeunes qui doivent prendre les grandes décisions de leur vie ne trouvent plus d’adultes capables de les conseiller valablement, raconte J. Renders au lendemain de la rencontre de Paderborn. En bien des domaines, ce sont les jeunes qui doivent apprendre aux adultes: la transmission ne fonctionne plus. Plus les adultes vieillissent, plus ils vivent aux dépens des jeunes, auxquels ils ne laisseront qu’un maigre héritage!»
La question-clé: le sens de la vie
Dans ce contexte, on comprend qu’une question-clé travaille les jeunes: celle du sens de la vie. La question va parfois plus loin, précise J. Renders: «La vie a-t-elle un sens?» Or, ont souligné divers intervenants en Allemagne, les jeunes ont besoin de découvrir leur propre histoire, le fil qui relie les divers épisodes de leur vie. Ils ont besoin de se raccrocher à l’histoire d’une famille, d’un groupe social, d’un peuple… Besoin de se situer sur un chemin et de pouvoir y cheminer.
Le sens de la vie proposé dans l’Evangile n’est donc pas sans écho dans l’expérience actuelle des jeunes. Mais, ont fait remarquer divers experts, les responsables pastoraux doivent être conscients que la plupart des jeunes sont de moins en moins touchés par le discours «religieux». Cette apparente insensibilité est étonnante, alors que les jeunes semblent faire une expérience intense du «sacré» auprès des pauvres, des souffrants; il est vrai qu’ils la font le plus souvent en dehors des églises.
Des témoins crédibles
J. Renders n’a pas ramené de Paderborn d’explication définitive à ce décalage. Mais plutôt ces interpellations: «Les jeunes demandent à rencontrer des témoins crédibles. De plus, il arrive trop souvent que des chrétiens, notamment des responsables pastoraux, abordent des jeunes en les abreuvant de réponses sans même savoir quelles sont leurs questions. Et à leurs questions, les paroles des chrétiens n’apportent pas de réponses!»
A qui, en effet, s’adressent les propositions pastorales actuelles: à quelques jeunes, souvent déjà conquis, ou à tous? Avant d’être religieux, le défi lancé par les jeunes ne relève-t-il pas fondamentalement de la vision portée sur l’être humain ? Où sont dès lors les priorités éducatives? Si les jeunes fréquentent peu l’Eglise, celle-ci se rend-elle chez les jeunes, sur leur terrain? Quels projets se donne-t-elle? Les conçoit-elle avec les jeunes ou sans eux ? Avec quelle cohérence? Autant de questions devenues incontournables pour la pastorale des jeunes.
«Vous êtes l’espérance du monde!», aime répéter Jean-Paul II aux jeunes. «Comment cela se traduit-il chez nous?», en ont déduit plusieurs délégués rassemblés à Paderborn, convaincus que «si Dieu a un projet pour l’homme, il en a un pour les jeunes». De cette troisième rencontre européenne, J. Renders est rentré satisfait de voir que le Conseil pontifical pour les Laïcs continue à développer une pastorale des jeunes et souhaite en parler avec les divers acteurs. Il est d’ailleurs soucieux de connaître la situation sur le terrain et de fournir à tous son appui et son aide. (apic/cip/mp)



