La réalité du terrain dément l’optimisme du gouvernement

Pakistan: Huit mois après le séisme, le pays fait face à de nombreux problèmes

Islamabad, 15 juin 2006 (Apic) Alors qu’il tente de se relever après le terrible tremblement de terre d’octobre dernier, le Pakistan doit toujours faire face à d’énormes défis: pauvreté chronique, corruption non moins chronique et d’instabilité politique. La réalité du terrain dément l’optimisme affiché par le gouvernement.

Le tremblement de terre avait fait environ 80’000 victimes et provoqué le déplacement de 3,3 millions de personnes, modifiant définitivement le paysage de la province de la Frontière du Nord-Ouest et de la région de l’Azad Cachemire, sous contrôle pakistanais.

Huit mois après le séisme du 8 octobre 2005, les agents des organisations humanitaires, les autorités gouvernementales et les survivants de la catastrophe affirment que de nouveaux problèmes vont se poser à ce pays à prédominance islamique dans les mois à venir, indique l’Agence oecuménique ENI.

Selon eux, le problème principal est celui de la saison des pluies, qui pourrait amener le gouvernement pakistanais à évacuer les habitants alors qu’ils ont commencé à regagner leurs villages détruits par la catastrophe. «Ces gens vivent dans une profonde incertitude, ne sachant pas si les zones dans lesquelles ils retournent sont sures et se demandant s’ils n’ont pas quitté trop tôt les camps où ils étaient temporairement installés». D’après ce qu’affirment également certains observateurs, le gouvernement les aurait forcés à évacuer ces camps.

Dans une interview donnée récemment, un représentant de l’Autorité pour la reconstruction et la réhabilitation au Pakistan (ERRA) a déclaré qu’il n’en était rien et a salué l’action du gouvernement et des groupes engagés dans les opérations de secours. «Ils ont fait un travail formidable», a affirmé Rab Nawaz, le représentant de l’ERRA, à un groupe de travailleurs humanitaires et de responsables ecclésiastiques américains et européens. Rab Nawaza a aussi défendu le rythme des efforts de reconstruction que certains jugent trop lents. «Cela prend du temps», a-t-il précisé.

Version démentie. par les faits

Pourtant les faits démentent sa version. Un groupe de villageois de la petite commune de Naran, qui avaient été transférés dans un camp près de Balakot, une ville fortement détruite par le séisme, ont indiqué qu’ils ne savaient toujours pas s’ils pourraient retourner dans leur village, situé à 89 kilomètres de là. Les villageois ne savaient pas non plus s’ils pourraient retrouver une source de revenus, puisque leur bétail, un moyen de subsistance fondamental pour eux, avait été entièrement englouti dans le séisme.

L’International Crisis Group (ICG), qui suit l’évolution des crises internationales, a vivement critiqué le gouvernement pakistanais dans un rapport paru récemment, qualifiant la réaction à la catastrophe de «mal gérée» et les mesures prises de «mal exécutées». Il a reproché, entre autres, aux autorités de tolérer les groupes islamiques radicaux, interdits en vertu de la loi nationale antiterroriste, et de les avoir laissés intervenir lors de la catastrophe.

D’après l’ICG, «Si les groupes djihadis restent aussi impliqués dans la reconstruction qu’ils se sont montrés actifs dans les opérations de secours, les menaces sur la sécurité intérieure et régionale vont aller croissant». (apic/eni/pr)

15 juin 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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