Les dangers pour les minorités religieuses encore plus réels

Pakistan: L’islamisation du pays monte encore d’un cran

Islamabad, 14 septembre 1998 (APIC) L’islamisation du Pakistan se poursuit de plus belle, au mépris des minorités religieuses. Pour faire face, les chrétiens du pays entendent conjurer le risque d’une théocratie islamique. La menace est réelle, avec la proposition faite par le premier ministre Nawaz Sharif, d’une modification de la Constitution qui met la loi islamique à la base de l’ordre législatif. Le 6 mai 1998, Mgr John Joseph, évêque de Faisalabad s’était suicidé en geste extrême de protestation contre les discriminations et les persécutions des minorités religieuses.

La «Common Law «devrait être remplacée par le Coran et par la Sunna. Le document, présenté au Parlement le 28 août dernier par le premier ministre, contraint le Gouvernement à faire des lois pour accélérer le processus d’islamisation de la société. Elle lui donne des pouvoirs pour entreprendre des actions contre tous ceux qui ne voudraient pas s’aligner.

Contre cette menace, les évêques catholiques et les protestants ont pris position le le 1er septembre , à travers une lettre commune dans laquelle ils expriment leur «profonde préoccupation que les minorités religieuses ne soient victimes d’une discrimination ouverte et de persécution» plus graves encore qu’elles ne le sont aujourd’hui. La lettre est signée de Mgr Armando Trindade, archevêque catholique de Lahore et président de la Conférence épiscopale du Pakistan, et du révérend John Malik, évêque protestant de Lahore.

«Quand, en février de l’an passé, votre Gouvernement a pris le pouvoir, les citoyens non-musulmans de ce pays ont vu un rayon d’espoir», écrivent-ils. Le premier ministre Sharif avait en effet mis dans son programme de gouvernement toute une série de mesures pour laïciser la société (par exemple: des élections sur la base non plus de l’appartenance religieuse, mais de la résidence; le passeport sans la mention de la religion…). Il est donc demandé au premier ministre d’être fidèle au fondateur du pays, Ali Jinnah, qui voulait faire du Pakistan une terre sur laquelle «tous jouissent de droits égaux, abstraction faite de la caste, de la couleur, de la foi et de la religion».

Avec l’approbation du document, le Pakistan, écrivent les évêques, serait à la merci des groupes extrémistes qui prônent le terrorisme au nom de l’islam : d’où la demande de retrait immédiat, par laquelle se termine la lettre.

Multiplication des problèmes

Dans un conférence de presse le 2 septembre, les représentants laïcs des communautés catholique et protestante se sont associés aux déclarations des évêques, et ont demandé officiellement le retrait de cette mesure. Les membres chrétiens du parlement, John Sohotra, Simon Gill, Michael Johnson, et un membre de l’Assemblée de la Province du Pundjab, ont annoncé qu’ils démissionneraient de leurs fonctions si le Gouvernement rejetait leur demande. «Cette nouvelle loi multipliera nos problèmes» a déclaré Cecil Chaudry, dirigeant du Forum d’action chrétienne nationale. Il faut souligner qu’un différend s’est fait jour aussi chez les minorités musulmanes qui ont annoncé qu’ils s’opposeraient à l’amendement.

Le premier ministre a déclaré que si le document ne passait pas au parlement (son Parti, la Ligue Musulmane Pakistanaise ne possède pas les deux tiers des voix nécessaires au Sénat pour l’approbation de la loi, ndr), il pourrait recourir à un référendum. Mais de nombreux spécialistes de droit constitutionnel soulignent l’illégalité d’un référendum refusé par le parlement. Le débat en assemblée a commencé le 10 septembre. Si le document n’est pas adopté, ce sera une défaite politique cuisante pour le premier ministre: il lutte pour conserver son pouvoir personnel; sa dernière manoeuvre a reçu le consensus de tous les partis qui lui étaient contraires, mais qui avaient pourtant menacé auparavant de lancer une agitation nationale contre le Gouvernement, commente-t-on à Lahore .

Danger pour «la démocratie»

Outre sa dimension religieuse, l’amendement proposé porte en lui des dangers pour la démocratie. «La mesure révoque la Constitution, en donnant des pouvoirs exclusifs au gouvernement central», a déclaré en forme Asma Jahangir, présidente de la Commission du Pakistan pour les droits de l’homme.

Les épisodes d’intolérance ne se comptent plus dans ce pays, souvent à cause de la loi en vigueur sur le blasphème. Elle prescrit en plus la peine de mort contre tous ceux qui insulteraient l’islam ou le prophète Mahomet, et cela, sur la base d’une simple accusation ; elle a déjà entraîné de véritables chasses à l’homme contre les non-musulmans. Le 6 mai 1998, Mgr John Joseph, Evêque de Faisalabad s’est suicidé en geste extrême de protestation contre cette loi. (apic/fides/pr)

14 septembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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