Allégement des restrictions imposées aux religions minoritaires

Pakistan: Les Eglises pakistanaises retrouvent espoir

Karachi, 2 mai 2000 (APIC) Le gouvernement militaire pakistanais a promis de faire plusieurs concessions et de lever certaines restrictions qui pèsent sur les trois millions de membres qui composent la communauté chrétienne, minoritaire dans ce pays.

Cet engagement a été accueilli avec satisfaction par les responsables d’Eglise qui avaient déjà réagi favorablement à l’annonce du renversement de l’ancien gouvernement et déclaré que le coup d’Etat militaire d’octobre dernier était bénéfique pour les communautés minoritaires du Pakistan, même si le gouvernement militaire du général Pervez Musharraf n’a pas de base démocratique.

Le gouvernement du premier ministre Nawaz Sharif qui a été écarté par le général Musharraf le 12 octobre était très impopulaire. Cependant, les Eglises du Pakistan demandent également le rétablissement rapide d’un régime démocratique.

S’exprimant lors d’un séminaire sur la «dignité humaine» à Islamabad le Vendredi Saint, le général Musharraf a annoncé d’importants changements dans l’application de la loi sur le blasphème, qui s’inscrit dans le cadre de la loi islamique (charia) et est redoutée par les chrétiens et d’autres communautés religieuses minoritaires.

Déclarant que le gouvernement était déterminé à faire cesser le «mauvais usage» de la loi sur le blasphème (qui impose la peine de mort pour le sacrilège contre l’islam), le général Musharraf a ajouté que les cas de blasphème ne pouvaient plus être enregistrés sur la base d’une plainte, mais seulement après «enquête préliminaire» effectuée par un commissaire de police adjoint et après examen profond des charges.

La section 295 C du code pénal, promulguée par le gouvernement du général Zia-ul Haq en 1986, stipule que toute personne qui profane le nom du Prophète, directement ou indirectement, sera punie de mort et sera aussi passible d’une amende.

Selon les experts juridiques, l’insertion de la clause 295 C -avec sa définition large du blasphème et la sentence de mort qu’elle implique – a changé radicalement la loi, auparavant inoffensive, sur le blasphème.

Accusations fabriquées de toutes pièces

Plusieurs chrétiens ont déjà été condamnés à mort par des tribunaux sur la base d’accusations de blasphème bien légères qui, selon les Eglises, avaient été fabriquées de toutes pièces, mais ces verdicts ont été annulés par des tribunaux supérieurs. Pourtant, on déplore l’assassinat par des islamistes de plusieurs chrétiens accusés de blasphème, avant même que leur cas ne soit porté devant les tribunaux.

En mai 1998, un évêque catholique, John Joseph de Faisalabad, s’était donné la mort pour protester contre la loi sur le blasphème. Il s’est tiré une balle dans la tête devant le tribunal où un mois auparavant un chrétien pakistanais avait été condamné à mort pour blasphème contre l’islam.

Sur les 140 millions d’habitants qui composent la population du Pakistan, plus de 95 % sont musulmans. Les chrétiens représentent la plus grande religion minoritaire, suivis par les hindous et les sikhs.

Avant l’annonce du général Musharraf, Khalid Ranjha, ministre de la Justice de l’Etat du Panjab, avait redonné espoir aux chrétiens en s’engageant à rétablir le système électoral commun pour les minorités religieuses et à restituer aux chrétiens les centaines d’écoles nationalisées par le gouvernement en 1971.

S’adressant aux participants d’une conférence tenue à Lahore le 18 avril, le ministre avait déclaré que le système électoral pakistanais – selon lequel les minorités religieuses votent séparément des musulmans et ne peuvent élire qu’un petit nombre de représentants – avait été imposé à la suite d’une conspiration politique qui avait usurpé «le droit fondamental des minorités».

Cette conférence avait été organisée par le Conseil consultatif des minorités du Panjab, avec l’appui du Conseil national des Eglises du Pakistan, «en vue de mettre un terme à la mise à l’écart politique des chrétiens et autres minorités». C’est ce qu’a précisé Victor Azariahs, secrétaire général du Conseil, qui regroupe l’Eglise protestante du Pakistan, l’Eglise presbytérienne, l’Armée du Salut et l’Association des Eglises presbytériennes réformées. Ensemble, ces Eglises représentent environ la moitié des chrétiens du Pakistan, les autres étant catholiques. (apic/eni/mk/pr)

2 mai 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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