Pour chaque Afghan tué, on tuera deux chrétiens
Pakistan: Les évêques catholiques très inquiets pour la sécurité de leurs fidèles
Islamabad/Rome, 9 octobre 2001 (APIC) Les évêques catholiques du Pakistan se déclarent très inquiets pour la sécurité de leurs fidèles à la suite des frappes américaines sur leurs voisins afghans. La minorité chrétienne du pays risque de jouer le rôle de bouc émissaire auprès des fondamentalistes musulmans qui soutiennent le régime des Talibans en Afghanistan. «Pakistan: Les évêques catholiques très inquiets pour la sécurité de leurs fidèles», ont averti les extrémistes islamiques à Karachi.
Mgr Lawrence J. Saldanha, archevêque de Lahore, président de la Commission épiscopale «Justice et Paix», a reconnu qu’il s’attendait à des telles attaques américaines après que toutes les «mesures diplomatiques» et les solutions pacifiques aient été vaines. «Maintenant, nous espérons que cette opération soit brève, et qu’il en sortira du bien». Mgr Saldanha a donné des instructions à ses prêtres afin qu’ils demandent à leurs fidèles d’être «vigilants dans ce qu’ils disent et ce qu’ils font» pour des raisons de sécurité.
«Nous les chrétiens, nous sommes aussi des Pakistanais»
Dans l’agglomération de Lahore, la plupart des catholiques vivent dans leurs propres quartiers où la présence policière a été renforcée dans les rues. Mais les familles catholiques qui vivent dispersées dans les villages reculés craignent pour leur vie. Depuis les attentats du 11 septembre à New York et Washington, l’archevêque de Lahore a rencontré le gouvernement local et les leaders musulmans pour faire passer ce message: «Nous les chrétiens, nous sommes aussi des Pakistanais.»
A Karachi, le Père Sébastien Francis, responsable de la province franciscaine au Pakistan, relève que la population est divisée entre ceux qui sont favorables aux frappes américaines, et les sympathisants des Talibans. Dans le nord du pays, les manifestations de protestation contre les Américains se poursuivent. Les écoles sont fermées et les routes barrées, mais il n’y a pas de violences pour l’instant. Le religieux franciscain redoute que les chrétiens, souvent identifiés aux Occidentaux, ne subissent des rétorsions. «Nous sommes citoyens du Pakistan: nous continuerons à prier et à travailler avec nos frères musulmans, pour construire une société juste et pacifique, tous unis contre le terrorisme… Je crains que si la violence éclate, ce sera une spirale difficile à arrêter «.
Mgr Evarist Pinto, évêque auxiliaire de Karachi, a rencontré les autorités locales de la province du Sindh pour requérir la protection policière des communautés catholiques de la région. Elles ont promis de renforcer les patrouilles en soirée, «mais elles ont fait savoir que les effectifs de police sont limités». Les curés du diocèse ont été réunis pour discuter l’amélioration des mesures de sécurité autour des églises et dans les quartiers chrétiens. «Les chrétiens ont très peur en ce moment», a-t-il déclaré à la presse.
«Pakistan: Les évêques catholiques très inquiets pour la sécurité de leurs fidèles», ont averti les extrémistes islamiques à Karachi, révèle Mgr Pinto. Ce dernier s’est déclaré opposé aux frappes aériennes anglo-américaines, «parce que la violence en quelque moment que ce soit n’est jamais justifiée.»
L’évêque d’Islamabad-Rawalpindi, Mgr Anthony Theodore Lobo, qui participait à l’assemblée du Synode des évêques à Rome, est retourné d’urgence lundi 8 octobre au Pakistan où il a convoqué une rencontre de tous les prêtres de son diocèse pour samedi prochain. Lundi, par peur des représailles des extrémistes musulmans, l’ensemble des écoles catholiques de plusieurs diocèses – Islamabad-Rawalpindi, Karachi et Hyderabad – ont reçu l’ordre de fermer leurs portes, tandis que certaines écoles sont restées ouvertes dans les autres diocèses.
Des missionnaires étrangers ont été encouragés à prendre contact avec leurs ambassades pour discuter des consignes de sécurité, tandis que Mgr Max J. Rodrigues, évêque d’Hyderabad, a enjoint ses prêtres diocésains à éviter de sortir dans la rue, surtout s’il y a des manifestations, et à rester à l’intérieur dès la nuit tombée. Mgr Rodrigues s’est dit opposé à l’action militaire américaine en raison des pertes en vies humaines innocentes qu’elle va potentiellement provoquer. Il craint que la poursuite des opérations ne suscite des attaques contre la minorité chrétienne.
Dimanche dernier, les évêques pakistanais ont mis sur pied dans leurs diocèses une journée de prière et de jeûne pour une solution pacifique de la crise afghane. En raison des manifestations anti-américaines, les expatriés américains de l’œuvre d’entraide Catholic Relief Service (CRS), qui viennent en aide aux réfugiés afghans, ont reçu l’instruction de ne pas divulguer leur nationalité. Sur une population de 148 millions d’habitants, le Pakistan compte une minorité chrétienne oscillant entre 3 et 5%. (apic/cns/fides/be)



