Pakistan : Un militant chrétien appelle à l’abolition de la loi sur le blasphème
«Un outil contre les minorités aux mains des fondamentalistes»
Islamabad, 27 juin 2008 (Apic) Au Pakistan, un militant chrétien des droits de la personne appelle à l’abolition de la loi nationale sur le blasphème, afin de faire cesser les abus. Ces dernières semaines, dans trois affaires différentes, des chrétiens ont été accusés d’avoir contrevenu à cette loi.
«Cette loi draconienne est un outil très pratique aux fondamentalistes pour harceler les minorités et d’autres personnes», a déclaré à l’agence oecuménique ENI Joseph Francis, directeur fondateur du Centre for Legal Aid Assistance and Settlement (CLAAS), une organisation d’action chrétienne offrant une assistance juridique.
Le blasphème envers le prophète Mahomet est passible de la peine de mort selon le droit du Pakistan, bien qu’aucune exécution n’ait eu lieu jusqu’à maintenant pour ce motif, rappelle ENI. Les tribunaux ont acquitté les personnes accusées de blasphème dans plus d’une centaine d’affaires, annulant des décisions de première instance. Cependant, souligne Joseph Francis, dix personnes, dont quatre chrétiens qui ont été défendus par son organisation, ont été tuées avant d’être jugées. «Le dépôt d’une plainte pour blasphème met la vie de l’accusé en danger», a-t-il déclaré. Ajoutant: «Mes employés et moi-même sommes désormais régulièrement confrontés à des menaces parce que nous défendons des personnes accusées de blasphème.»
Accusé de blasphème pour avoir refusé de se convertir
Le 8 juin, le Pakistan minorities concern, bulletin sur les l’état des minorités dans le pays, a indiqué que récemment, trois affaires de blasphème impliquant des chrétiens ont été portées devant les tribunaux. L’une d’elles concerne un pasteur évangélique, Frank John, qui avait organisé une convention religieuse à Lahore début mai malgré l’opposition de musulmans. La deuxième implique un médecin chrétien de Gujranwala, Roben Sardar, qui a été emprisonné après qu’une bande ait attaqué sa maison. Le troisième chrétien accusé de blasphème est un employé d’une usine publique d’armement âgé de 25 ans, Danish Masih, qui a fait l’objet de pression de la part de ses collègues musulmans pour qu’il embrasse l’islam. Après avoir refusé de se convertir, un groupe parmi lesquels se trouvaient ses collègues s’en est pris à sa maison en mai, après l’avoir accusé de blasphème.
Les opposants à la loi sur le blasphème affirment qu’il en est souvent fait un usage abusif afin de résoudre les conflits de propriété et les différends personnels, et qu’elle affecte les chrétiens de manière disproportionnée. Une étude réalisée par la Commission justice et paix de l’Eglise catholique romaine au Pakistan a établi que sur les 650 affaires de blasphème recensées dans les médias pakistanais entre 1988 et 2005, 90 d’entre elles (soit près de 14%) étaient dirigées contre des chrétiens, qui ne représentent que 3% des quelque 168 millions d’habitants. (apic/eni/bb)



