Israël viole l’Accord fondamental signé avec le Saint-Siège

Palestine: Le nonce apostolique exige qu’Israël change le tracé du mur de séparation

Béthanie/Cisjordanie, 30 octobre 2003 (Apic) En empiétant avec son mur de séparation sur les propriétés de l’Eglise catholique, le gouvernement d’Ariel Sharon viole clairement l’Accord fondamental signé le 30 décembre 1993 entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël.

L’archevêque Pietro Sambi, nonce apostolique en Israël et délégué apostolique pour Jérusalem et la Palestine, a demandé au gouvernement israélien de changer le tracé du mur de séparation passant à travers les propriétés des congrégations religieuses, a-t-on appris jeudi à Jérusalem.

«L’article IV de l’Accord fondamental stipule que le gouvernement d’Israël respectera et protégera la propriété des institutions catholiques. Cela n’est pas respecté», a déclaré Mgr Pietro Sambi. Le nonce apostolique a révélé avoir adressé un appel au Ministère israélien des Affaires étrangères. Le «mur de séparation», appelé par le gouvernement israélien «mur de sécurité» et qualifié par les mouvements israéliens de défense des droits humains de «mur de la honte», est construit sur les propriétés palestiniennes à Jérusalem Est et en Cisjordanie.

Cette barrière infranchissable coupe déjà en deux des villages mais également des propriétés appartenant aux Franciscains et aux Soeurs de la Charité de St-Vincent de Paul. Leurs citronniers et leurs oliviers ont été arrachés à la mi-octobre par les bulldozers israéliens.

Si le mur est construit selon les plans actuels, il passera également à travers les propriétés des Pères Passionnistes et des Soeurs Comboniennes dans la localité biblique de Béthanie. Dans un appel relayé jeudi 30 octobre par la Caritas de Jérusalem, le réseau oecuménique Vox demande aux chefs des Eglises au plan mondial d’agir pour soulager les souffrances des Palestiniens qui subissent de sévères mesures de répression de la part des troupes d’occupation israéliennes.

Regroupant des organisations chrétiennes comme la Commission «Justice et Paix ” de Jérusalem, les mouvements YMCA de Jérusalem Est et de Palestine, le Conseil des Eglises du Moyen-Orient (CEMO), le Patriarcat copte orthodoxe à Jérusalem, Vox réclame à la communauté internationale et aux leaders politiques au niveau international de faire pression sur Israël pour que ce pays respecte le droit international humanitaire.

Vox lance un appel pour sauver le couvent des Soeurs bénédictines de l’Emmanuel, situé sur les collines entourant Bethléem. Le mur de séparation israélien a éventré les collines et les champs d’oliviers. La route construite à côté de la barrière, destinée aux patrouilles militaires, devrait passer prochainement juste devant l’entrée du couvent des religieuses. Le réseau chrétien lance un cri d’alarme: si le mur passe là où il est planifié, les Soeurs bénédictines de l’Emmanuel seront totalement coupées des chrétiens palestiniens et autres qu’elles desservent.

700 familles séparées par le mur israélien

L’encerclement israélien de Bethléem va isoler 700 familles, la plupart de chrétiens palestiniens, et tous ceux qui vivent dans le monastère grec-catholique melkite de l’Emmanuel. Une fois que la haute muraille – bien plus haute que l’ancien Mur de Berlin – sera achevée, ces familles et les religieuses seront coupées physiquement de Bethléem, des places de travail et de l’accès aux commerces, aux institutions et aux églises. On ne sait pas encore si Israël mettra en place une porte de sécurité pour permettre aux gens de sortir de cette nasse et aux membres du clergé de visiter leurs paroissiens.

Les responsables locaux des Eglises catholique romaine, anglicane, luthérienne et d’autres dénominations ont lancé un appel pour qu’Israël cesse l’érection de ce qu’ils dénoncent comme un projet «destructeur» qui menace de diviser en deux Bethléem ainsi que de séparer la Cisjordanie d’Israël.

Pas de cette façon que l’on gagne les coeurs

Les Eglises dénoncent le fait qu’Israël, presque en secret, prévoit d’ériger deux «murs de sécurité». L’un devrait verrouiller ce qu’Israël définit comme les frontières municipales de Jérusalem (qui comprend des territoires palestiniens dont la communauté internationale ne reconnaît pas l’annexion) pour empêcher l’accès des résidents arabes à la partie juive de Jérusalem. L’autre mur vise à encercler ces résidents et à les couper tant de Jérusalem que de la Cisjordanie. Ce mur n’est pas construit sur la ligne qui sépare la partie arabe de la partie juive de Jérusalem, mais il passe à travers les quartiers arabes, permettant ainsi l’annexion supplémentaire de plus de 100’000 Palestiniens, mais sans leur donner ni les droits des citoyens israéliens ni ceux des résidents de Jérusalem.

Le réseau chrétien dénonce ce coup de force qui foule aux pieds les droits humains des gens ordinaires qui veulent tout simplement mener une vie normale et se mouvoir librement comme partout ailleurs dans le monde. Pour Vox, la paix et la sécurité ne peuvent se gagner que par des relations justes et de bon voisinage basées sur la fin de l’occupation et non pas en enfermant les gens dans des enclaves. Pour les organisations chrétiennes locales, cette soi-disant «barrière de sécurité» se révélera au contraire à terme comme une «barrière d’insécurité», faute d’avoir gagné les coeurs de la population. (apic/com/caritasj/kna/be)

30 octobre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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