Le Café scientifique se déroulait pour la première fois en ligne (capture d'écran)
Suisse

«Pandémie et Eglise» au menu du Café scientifique

Quelles leçons l’Eglise en Suisse peut-elle tirer de la crise sanitaire, qui trouble gravement sa vie communautaire et liturgique? Lors d’un «Café scientifique» en ligne, le 25 novembre 2020, un panel d’intervenants a réalisé un bilan et esquissé des perspectives.

Dans la situation actuelle, «l’Eglise est condamnée à se montrer créative». Tel a été le mot d’ordre des participants au débat du «Café scientifique», organisé par la faculté de théologie de l’Université de Fribourg, en partenariat avec cath.ch et l’espace culturel du Nouveau Monde, à Fribourg.

La rencontre, qui se produisait pour la première fois en ligne, pandémie oblige, a réuni quatre observateurs avisés de la vie de l’Eglise catholique en Suisse romande: Isabelle Donegani, sœur de Saint Maurice, Thierry Collaud, professeur de théologie morale et d’éthique à l’Université de Fribourg, Pascal Tornay, diacre permanent du diocèse de Sion et Grégory Solari, formateur d’adultes dans l’Eglise catholique du canton de Vaud (ECVD). Le journaliste de RTSreligion Fabien Hunenberger en a assuré l’animation.

Un temps pour la résilience

Le débat, qui a réuni jusqu’à 50 personnes, était diffusé en direct sur les pages Facebook des partenaires et sur cath.ch. Une interactivité a été mise en place, permettant aux internautes de poser leurs questions.

La discussion s’est tout d’abord tournée vers le vécu des intervenants dans cette crise. Isabelle Donegani a raconté comment, en l’absence de prêtre, sa communauté religieuse a dû inventer une nouvelle forme de rassemblement. Une expérience dont elle a ressenti de nombreux aspects positifs, avec la découverte d’une capacité de «résilience» communautaire et de la richesse d’une «église domestique». Pascal Tornay s’est également fait l’écho des «belles» célébrations vécues au sein de sa famille durant la première vague de pandémie. Le diacre valaisan a redécouvert à cette occasion que «la famille est une Eglise complète».

Les limites de la technique

Au-delà de ces expériences enrichissantes, les limites de la vie religieuse en confinement ont été posées. Pour Grégory Solari, les messes à distance posent de graves problèmes. Il a rappelé que la loi de l’incarnation exigeait la présence physique lors de la communion. Il a ainsi regretté qu’une solution à cette «déficience grave de notre théologie» n’ait pas été «pastoralement prévue ni conçue».

«L’Eglise se construit avec de tous petits gestes de solidarité et d’écoute»

Pascal Tornay

D’autres intervenants ont nuancé ce point de vue. Isabelle Donegani, parlant des messes à distance comme des «pis-aller» de vie communautaire, s’est tout de même demandé quel sens pouvait avoir la communion pour un prêtre seul. Thierry Collaud a invité à ne pas opposer présence et distance. Il a rappelé qu’après tout, la communion par média interposé existait déjà depuis longtemps. Prenant à témoin les lettres que l’apôtre Paul envoyait aux premières communautés de chrétiens. Le professeur a tout de même regretté un passage au virtuel qui s’est peut-être passé «trop facilement». Il a exhorté à mettre les moyens techniques «à leur juste place».

Cesser les «querelles de chapelle»

La question des relations avec les autorités publiques et de la réaction face aux restrictions imposées a également occupé une grande place dans le débat. A propos des actions de protestations entreprises face aux mesures, Isabelle Donegani a déploré, notamment en France, l’image «fixiste, légaliste, fonctionnariste et désincarnée» que donnait l’Eglise. Elle a souhaité que l’Eglise sorte des «querelles de chapelles» et qu’elle prenne le rôle qui lui incombe de porter dans la société une réflexion profonde, notamment sur la finitude de l’homme.

Dans le même ordre d’idées, Thierry Collaud s’est demandé si l’Eglise n’était qu’une «institution destinée à fournir des messes». Il a appelé de ses vœux une Eglise qui «revienne à ses fondations» qui reposent sur des «communautés qui ne cessent de se recréer».

Le visage de l’Eglise du futur?

Ce retour aux sources du christianisme a aussi été mis en avant par Pascal Tornay. Pour le diacre, la crise sanitaire a donné aux aumôniers un désir encore plus puissant de se faire proche des personnes. Elle a amené à redécouvrir que l’Eglise ne se construit pas forcément avec de grandes célébrations médiatisées, mais avec «de tous petits gestes de solidarité et d’écoute qui passent inaperçus».

Le Covid-19 changera-t-il donc le regard de l’Eglise? Grégory Solari estime que la crise ne fait que montrer le visage de l’Eglise du futur, qui sera configurée par une désaffection massive pour les vocations, notamment sacerdotales. Avec ou sans virus, le philosophe estime donc que l’Eglise est condamnée à mettre en place cette créativité. Dans cette perspective, les églises «de proximité», où l’Eucharistie peut être reçue «organiquement» sont appelées à être privilégiées. (cath.ch/rz)

Le Café scientifique se déroulait pour la première fois en ligne (capture d'écran)
26 novembre 2020 | 12:13
par Raphaël Zbinden
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