Pour le pape François, le fondamentalisme «nie l'existentiel»  

Le fondamentalisme est une attitude qui «nie l’existentiel», a affirmé le pape François à des jésuites, lors de son voyage en Birmanie et au Bangladesh. La revue jésuite italienne Civiltà Cattolica a publié le 14 décembre 2017 la retranscription de deux rencontres du pape au cours de son voyage dans ces pays, du 26 novembre au 2 décembre dernier.

Dans une atmosphère libre, les jésuites ont pu poser des questions au pontife qui y a répondu spontanément. Interrogé sur le fondamentalisme, le pontife l’a défini comme une «attitude de l’âme qui se comporte comme un juge des autres». A force d’insister exclusivement sur l’essentiel, le fondamentalisme «nie l’existentiel». Ainsi, un fondamentaliste chrétien finit par nier l’Incarnation, a-t-il déclaré.

A l’opposé du fondamentalisme, a expliqué le pape, il ne faut «jamais oublier la miséricorde» de Dieu. Il a alors illustré son propos en évoquant un chapiteau de l’église de Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay (France). Le Bon Pasteur y est représenté emportant l’âme de Judas pendu, avant que le diable puisse s’en saisir.

La «grâce de pleurer»

Pour le pape François, les missionnaires comme les jésuites doivent prier pour les réalités dans lesquelles ils sont immergés. En effet, la proximité chrétienne est toujours incarnée. Cela demande donc une inculturation de l’évangélisation et du missionnaire. C’est l’essence même de ce qu’a fait la Parole de Dieu, en prenant «notre chair, notre culture, notre langue, notre vie, notre mort».

Aujourd’hui, a déploré le successeur de Pierre, on se préoccupe plus de sauver les banques que la dignité des hommes et des femmes. Plus personne ne se soucie d’eux et c’est là l’œuvre du diable, a-t-il précisé. «Cela devrait nous scandaliser» et pour cela il faut demander la «grâce de pleurer».

Ce scandale se retrouve aussi dans les camps de réfugiés, qui selon l’évêque de Rome «ne sont parfois rien de plus que des camps de concentration». Lors de la rencontre avec les jésuites du Bangladesh, le pape a salué leur action auprès des réfugiés Rohingyas. «Jésus Christ s’appelle aujourd’hui Rohingya», a-t-il insisté. Peu avant cette rencontre du 1er décembre, il avait affirmé en public: «la présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya».

La soif de Dieu des catholiques locaux

Par ailleurs, le pontife a salué la soif de Dieu et le «sentiment d’appartenance à l’Eglise» des catholiques qui ont consenti à de grands sacrifices pour pouvoir être présents aux messes qu’il a célébrées. Il s’est déclaré «honteux d’être le berger d’un peuple qui [le] dépasse en vertu».

Ces rencontres semblent s’être tenues dans une atmosphère particulièrement détendue. Ainsi, lorsqu’un jésuite birman a demandé au pontife pourquoi il rencontrait toujours les jésuites lors de ces voyages, celui-ci a répondu en plaisantant : «Pour ne pas oublier que je suis missionnaire et que je dois convertir les pécheurs !» (cath.ch/imedia/xln/rz)

14 décembre 2017 | 13:35
par Raphaël Zbinden
Temps de lecture : env. 2  min.
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