Papouasie: le pape plaide pour les ressources naturelles
Devant les autorités de Papouasie-Nouvelle-Guinée, le pape François s’est fait le défenseur des tribus du pays qui voient leurs ressources naturelles pillées par des entreprises, dans un discours prononcé à Port Moresby le 7 septembre 2024. Il a plaidé avec force pour la stabilité des institutions, appelé au respect des femmes et plaidé pour la résolution du statut de Bougainville, une île du pays qui demande son indépendance.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, Camille Dalmas, I.MEDIA
Au lendemain de son arrivée en Papouasie-Nouvelle-Guinée – après son étape en Indonésie –, le pape a quitté la nonciature apostolique où il loge pour se rendre à l’Hôtel du gouvernement (Government House), résidence située sur les hauteurs dominant la baie de Walter. Pour son premier rendez-vous, il y a rencontré en privé le Gouverneur Général Bob Bofeng Dadae, qui occupe cette fonction largement décorative depuis 2017, mais qui incarne le lien du pays avec la couronne britannique à l’intérieur du Commonwealth.
Après cette brève visite protocolaire, les deux hommes ont rejoint le grand centre de conférence APEC Haus, un édifice flambant neuf construit au bord de l’eau par la Coopération économique Asie-Pacifique, pour une rencontre avec les autorités du pays. Il a été accueilli par le Premier ministre James Marape, puis des musiciens et danseurs traditionnels.
À quelques pas de la plage, le pape a exprimé sa fascination pour l’« extraordinaire richesse culturelle » de l’archipel aux plus de huit cents langues. Dans un discours musclé, il a exhorté les dirigeants papouans-néo-guinéens à protéger cette richesse en œuvrant pour « améliorer les infrastructures, répondre aux besoins de la population en matière de santé et d’éducation, et augmenter les possibilités de travail décent ». La Papouasie-Nouvelle-Guinée a l’indice de développement humain le plus bas d’Océanie (0,558).
Répartition des revenus, stabilité des institutions
Évoquant les ressources terrestres et maritimes du territoire – le pays est riche en gaz, or et minerai – il s’est fait l’avocat des populations locales, souvent victimes de l’accaparement de leurs terres par des sociétés internationales, avec le soutien du gouvernement. Tout en reconnaissant la nécessité de recourir à des partenaires étrangers, notamment en raison de leur compétence, le pontife a émis le souhait « que les besoins des populations locales soient dûment pris en compte dans la répartition des revenus et dans l’emploi de la main-d’œuvre ».
Le chef de l’Église catholique a abordé la question du statut de l’île de Bougainville, dont la demande d’indépendance, avalisée par un référendum en 2019 par 98% de ses habitants, attend d’être mise en œuvre par Port Moresby. Il a demandé « un règlement définitif » de cette affaire, afin d’éviter « la résurgence d’anciennes tensions » – l’île a connu une très meurtrière guerre d’indépendance entre 1988 et 2000.
« Que cessent les violences tribales qui font malheureusement de nombreuses victimes », a enjoint le pape par ailleurs, évoquant une « spirale de violence ». Dans certaines régions, les affrontements entre tribus ennemies se sont multipliés ces dernières années, causant de véritables carnages.
Le pontife a également appelé à la « stabilité des institutions », alors que l’ONG Transparency International a dénoncé à plusieurs reprises ces dernières années des atteintes à la démocratie dans le processus électoral. Port Moresby a été le théâtre de violentes émeutes en janvier dernier après la baisse des salaires des forces de sécurité du pays, provoquant une nuit de pillages et la mort de près d’une vingtaine de personnes.
Dépasser les tensions entre chrétiens
Au-delà de « l’abondance des biens matériels », le pape a recommandé au peuple de Papouasie, à la majorité chrétienne écrasante (98% parmi lesquels 27% de catholiques) de cultiver les « valeurs de l’esprit ». Évoquant les tensions entre groupes religieux, notamment avec certains groupes évangélistes, adventistes ou pentecôtistes, il a enjoint tous les chrétiens à ne pas céder au « risque de la corruption » et à ne pas réduire la foi à « l’observance de rituels ou de préceptes ».
Enfin, le pape s’est opposé au « politiquement correct », défendant le choix de placer sa visite sous le signe de la prière. L’Église catholique a choisi pour devise «Pray » – «Prier» car « un peuple qui prie possède un avenir, en puisant sa force et son espoir d’en haut », a-t-il expliqué. Et « l’emblème de l’oiseau de paradis, dans le logo du voyage, est un symbole de liberté », a assuré François.
Sortant de son texte, le pape a aussi insisté sur la place de la femme dans la société papouane-néo-guinéene, enjoignant à ne pas oublier son rôle « en première ligne du développement humain et spirituel ». La question des violences sexuelles est un sujet critique dans ce pays : selon un sondage effectué par l’ONG Human Rights Watch, 62% des hommes de Papouasie-Nouvelle-Guinée reconnaissent avoir déjà violé une femme.
Rencontre avec des leaders d’Océanie
Peu avant le discours du pontife, le gouverneur général Bob Bofeng Dadae avait pour sa part rappelé le rôle important joué par les catholiques dans le pays depuis l’arrivée des premiers missionnaires maristes – souvent français – dans l’archipel au début du XIXe siècle. Dans son discours, il avait salué l’action de l’Église catholique dans le domaine de la défense des droits humains mais aussi des questions de genre, notamment pour défendre les femmes.
« Nous voulons rappeler à nos citoyens d’observer les valeurs morales et les principes éthiques qui nous définissent en tant que chrétiens et de s’engager en faveur de l’amour et de la coexistence pacifique dans notre société », a encore affirmé le gouverneur, reconnaissant les « cas de violence » dans son pays. Il a enfin demandé le soutien international et spirituel du Saint-Siège sur les questions environnementales, déclarant que certaines îles de leur pays « sont en train de couler ».
Après la rencontre, le pape François a brièvement rencontré plusieurs leaders de nations d’Océanie qui ont fait le déplacement à Port Moresby : le président de Nauru, David Aedang, le Premier ministre du Royaume de Tonga, Hu’akavemeiliku Siaosi Sovaleni, le Premier ministre de Vanuatu, Charlot Salwai, et le secrétaire général du Forum des îles du Pacifique, Baron Waqa.
Une représentante de l’île de Bougainville, la député Francesca Rianna Semoso, visiblement très émue, a remis au pontife un collier de coquillage qu’elle a noué autour de son cou. (cath.ch/imedia/cd/ak/mp)





