Le Père Martin Prado avec une des communautés du diocèse de Vanimo | DR
International

Papouasie: le pape retrouve un missionnaire au bout du monde

Le 8 septembre prochain, le pape François fera une étape de quelques heures à Vanimo, un petit port isolé de Papouasie-Nouvelle-Guinée d’une ville qui compte un peu plus de 9000 habitants. Cette étape va permettre au pontife de revoir le Père Martin Prado, un missionnaire argentin qu’il a rencontré à l’été 2019 avec ses paroissiens et qui est à l’origine de ce voyage. Le Père Prado raconte à I.MEDIA cette rencontre providentielle.

«Regardez ce paradis», déclare ce jeune vicaire de 35 ans, membre de l’Institut du Verbe Incarné, en tournant l’appareil photo de son téléphone pour montrer l’endroit où il vit avec deux autres membres de sa congrégation, à quelques pas de la plage.

En poste depuis 2014 auprès d’une communauté de près de 41’000 catholiques éparpillés sur un immense territoire, il a accepté de raconter sa rencontre avec le pontife en 2019, à l’origine de la venue de François dans cette ‘périphérie’. Il témoigne de la joie que produit l’annonce de la visite papale et donne des détails sur le programme du pape dans ce petit port du Pacifique.

Comment avez-vous rencontré le pape François?
Père Martin Prado: Je suis allé en Italie à l’été 2019 avec un groupe de 18 paroissiens de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les personnes qui m’accompagnaient m’ont dit: «Père, nous avons apporté des cadeaux pour le pape». Je leur ai dit: «C’est bien, mais comment allons-nous les lui donner?» Un prêtre italien qui nous accompagnait nous a suggéré d’écrire une lettre en espagnol et d’aller la remettre à la Porte Sainte-Anne [une des entrées du Vatican, NDLR]. Je l’ai fait sans vraiment croire qu’il se passerait quelque chose. Le pape était en vacances. À ma grande surprise, le lendemain matin, nous avons reçu un message de son secrétaire disant que le pape voulait nous rencontrer.
Nous étions si heureux, nous sommes allés à la résidence Sainte-Marthe et avons passé une vingtaine de minutes avec lui. Il était ravi de voir ces gens qui venaient de si loin. Il leur a demandé d’expliquer tous les cadeaux qu’ils avaient apportés: des vêtements traditionnels faits à partir d’arbres et une mitre faite dans le style traditionnel.

Depuis 2019, vous échangez donc des lettres avec le pape? À quelle fréquence correspondez-vous et de quoi parlez-vous?
Oui, depuis lors, nous avons continué à communiquer par courriel. Je ne sais pas à quelle fréquence, et c’est toujours par l’intermédiaire de son secrétaire. Mais ce n’est pas pour de moi, c’est pour les gens d’ici. Il a souhaité rester en contact avec nous, savoir comment les choses se passaient en Papouasie Nouvelle-Guinée. Après notre retour à Vanimo [en 2019], je lui ai envoyé un courriel pour le remercier de nous avoir reçus et de nous avoir aidés. Lorsque nous étions à Rome, il nous a en effet apporté une aide financière. Nous avions compté sur la Providence pour ce voyage. Nous ne voulions plus le déranger, mais il m’a encouragé à poursuivre cette amitié providentielle. J’ai pu constater l’amour qu’il a pour ces gens venant de régions éloignées. Je lui ai parlé de notre travail pastoral, de la situation dans le pays. Il nous encourage toujours et est heureux d’en entendre parler.

Pourquoi pensez-vous que le pape François a décidé de se rendre spécifiquement à Vanimo?
Je pense qu’il savait que nous étions originaires de Vanimo. Alors quand il a décidé de visiter le pays, je pense qu’il s’est dit: «Pourquoi pas Vanimo?». Les autres diocèses se posent aussi la question: «Pourquoi Vanimo? Il se rend dans la dernière des provinces, dans la région la plus reculée». Les seules voies d’accès sont la mer ou les airs, il n’y a pas de route à cause des montagnes. L’évêque [de Vanimo, Mgr Francis Meli] a pensé que les habitants de Vanimo étaient allés voir le pape et qu’il leur rendait la pareille.

L’attention que le pape porte aux périphéries est concrète. Il s’occupe discrètement des gens et les aide. Par ailleurs, ici à Vanimo, et dans certains endroits de Papouasie Nouvelle-Guinée, l’Évangile vient tout juste d’arriver. Là où nous allons, nous finançons les églises, nous baptisons les gens, nous leur apprenons à faire le signe de croix, à prier Dieu. Nous leur annonçons la Bonne Nouvelle, à savoir que Dieu s’est fait homme et qu’il est proche de nous.

Comment Vanimo et la communauté catholique se sont-ils préparés à la visite du pape?
Nous nous préparons du mieux que nous pouvons, nous ne sommes pas à Singapour ou à Jakarta. Notre province est la dernière de toutes, les choses ne sont donc ni faciles ni rapides. À la fin du mois de juillet nous avons rencontré quelques prêtres et organisé une semaine de catéchèse et de sensibilisation tous les soirs en ville. Nous avons rassemblé tous nos paroissiens dans cet espace central où le pape viendra. Ce n’est qu’un champ avec de l’herbe. Nous avons construit une scène temporaire, nous avons joué de la musique et nous avons prêché. Nous leurs avons parlé du pape et de l’Église. Les gens voulaient continuer à venir. Ceux qui vivaient loin ont organisé des transports en camions. C’est ainsi que nous nous préparons, plus spirituellement que logistiquement peut-être, en priant. Les gens sont heureux.

Le Père Martin à la messe de la Pentecôte | DR

Quels sont les projets pour la rencontre du pape François avec la communauté catholique locale à Vanimo?
Après avoir participé à un événement en ville, le pape se rendra en voiture dans notre mission où il aura une rencontre en privé avec nos paroissiens. Je pense que des gens des villages de la jungle seront présents. L’orchestre des enfants jouera et nous lui montrerons l’école qu’il nous a aidés à construire grâce à des dons. Lorsque le pape viendra, nous ferons une prière avec lui. Nous voulons consacrer le diocèse et chacun d’entre nous, nos familles, et même la province, à Jésus par Notre Mère Marie. Nous essayons de préparer cette consécration, qui sera la plus belle chose qui soit. Nous envisageons aussi qu’il remette une fleur d’or à la Vierge.

Des catéchistes feront des discours. Le travail de catéchèse est très important ici. Nos paroisses sont situées dans la jungle; il y a environ onze communautés éloignées les unes des autres. Il y a un village où je ne peux aller qu’une fois par mois pour dire la messe. Ce sont donc les catéchistes, dont certains sont des missionnaires et d’autres des habitants des villages, qui président la liturgie de la parole et initient les gens au catéchisme. Ils sont le bras droit de notre travail missionnaire, c’est pourquoi nous voulons qu’ils aient un peu de temps avec le pape et qu’ils reçoivent une bénédiction spéciale.

Quel impact pensez-vous que le voyage du pape François aura sur le pays et sa population catholique?
Je pense qu’il y aura un renouveau et une confirmation de la foi. Les gens ici sont simples et ne sont pas très influencés par des idéologies en particulier. Même ceux qui ne sont pas catholiques parlent de l’Église comme de l’Église mère, ils l’appellent «mamasios». Ils reconnaissent que les autres Églises sont venues après, qu’elles ne sont pas l’Église originelle avec laquelle Jésus a commencé. (cath.ch/imedia/ic/bh)

Le Père Martin Prado avec une des communautés du diocèse de Vanimo | DR
22 août 2024 | 17:25
par I.MEDIA
Temps de lecture : env. 5  min.
Partagez!