«Par vocation, l’Eglise est appelée à être sur Internet»

Rome: Pour le directeur de «La Civiltà cattolica», Benoît XVI est un «habile communicant»

Rome, 9 mars 2012 (Apic) Directeur du bimensuel des jésuites italiens «La Civiltà cattolica depuis 6 mois, le Père Antonio Spadaro, 46 ans, est l’un des fers de lance de la communication ecclésiale. Dans une interview accordée à l’agence I.MEDIA, ce spécialiste en «cyberthéologie» explique pourquoi l’Eglise est appelée à être présente sur Internet. Il dresse un portrait élogieux de Benoît XVI, «un communicant très habile».

I.MEDIA: Benoît XVI a été et demeure toujours critiqué pour sa manière de communiquer. Comment définiriez-vous son style?

Père Antonio Spadaro: Le pape est un communicant très habile, dans la mesure où il ne répond pas aux critères ordinaires de la communication, souvent liée à des scoops ou à des réponses immédiates. Son style de communication est sobre. Ce n’est pas de la timidité mais de la sérénité. Elle répond à une élégance communicative qui concilie essentialité et sobriété. On pourrait penser que cela va à l’encontre d’une forme communicative actuelle, mais je trouve le pape très adapté au contexte actuel, précisément parce qu’il va à contre-courant et ne cherche pas à «être à la page». Benoît XVI est très attentif, non pas aux styles mais aux environnements, aux lieux de communication, comme l’environnement numérique, c’est une distinction très importante.

I.MEDIA: Jusqu’à quel point une religion de l’incarnation comme le christianisme peut-elle devenir une religion «numérique»?

Père Antonio Spadaro: Il y a une très profonde familiarité entre l’Eglise et la vie des hommes, qui vivent aujourd’hui dans l’environnement numérique. C’est la mission propre de l’Eglise qui la pousse à être présente sur Internet. C’est naturel: si les hommes sont en ligne, l’Eglise, par vocation, est appelée à être en ligne. Les fondements de l’Eglise sont la communication d’un message, l’Evangile, et une relation de communion. Au fond il y a une sorte de concordance profonde entre l’Eglise et Internet.

I.MEDIA: Au Vatican, le bureau de presse, la radio et la télévision sont dirigés par un jésuite. Pourquoi votre congrégation est-elle autant impliquée dans la communication?

Père Antonio Spadaro: La communication fait partie de l’ADN de la mission du jésuite, appelé à communiquer l’Evangile. Depuis saint Ignace, la sensibilité à accueillir les cultures émergentes, comme Internet aujourd’hui, a toujours été vécue pleinement par la Compagnie de Jésus. La présence des jésuites dans les médias a toujours été forte. En 1995, lors de la 34e Congrégation, nous avons publié un décret qui affirmait que la communication n’était pas un secteur, mais une dimension apostolique. Il avait aussi été dit que tous les jésuites devaient être compétents en matière d’éthique de la communication.

I.MEDIA: Quel est le poids du contrôle des épreuves de «La Civiltà cattolica», l’une des revues culturelles les plus renommées d’Italie, par la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège?

Père Antonio Spadaro: La «Civiltà cattolica» est une revue qui fait autorité, mais elle n’a pas le charisme de l’officialité. Il y a un rapport d’entente: ce qu’écrit la revue n’est pas en opposition avec la pensée de la Secrétairerie d’Etat. C’est un des éléments significatifs d’un point de vue culturel de la revue, car cela lui donne cette autorité reconnue par les médias.

I.MEDIA: Six mois après votre nomination, comment percevez-vous le poste de directeur? Avez-vous des projets particuliers?

Père Antonio Spadaro: C’est à la fois un poids et une très grosse responsabilité, car «La Civiltà cattolica» est la plus ancienne revue d’Italie. C’est aussi un grand défi, une grande opportunité de poursuivre la tradition de cette institution culturelle. Je cherche surtout à faire vivre l’esprit des origines. L’innovation de «La Civiltà cattolica» vient de ses racines. Le concept était celui d’une revue culturelle et ecclésiastique, écrite en italien et pas en latin, de diffusion nationale alors que l’Italie n’existait pas encore. Elle avait un style militant qui était celui des revues anarchistes. Notre revue devra être de plus en plus un lieu de réflexion soignée et approfondie sur les faits, sur ce qui se passe dans le monde à des rythmes rapides.

I.MEDIA: Comment conciliez-vous vos multiples activités (enseignant, journaliste, blogger, etc.) avec la charge de directeur de «La Civiltà cattolica»?

Père Antonio Spadaro: En réalité, ces engagements sont tous en rapport avec ma nouvelle activité à «La Civiltà cattolica» et m’aident à mieux la vivre. Mon expérience passée, surtout celle d’enseignant, m’a beaucoup aidé à comprendre les personnes. Mon activité sur Internet m’aide à comprendre quelles sont les instances les plus importantes dans le monde de l’information aujourd’hui et à ne pas considérer le journalisme comme quelque chose de rigide et valide pour toujours, mais inséré dans un monde en mutation rapide. Concernant mon blog, je me rends compte qu’aujourd’hui, ce que je fais ou dis risque d’être interprété comme expression du directeur de «La Civiltà cattolica». D’un autre côté, de plus en plus de directeurs de journaux et même des ambassadeurs possèdent leur propre blog. Ils font en quelque sorte partie de leur vie intellectuelle ou diplomatique, mais ne sont pas automatiquement considérés comme expression de leur journal ou de l’Etat qu’ils représentent. Nous avons besoin de plus de flexibilité dans ce domaine. (apic/imedia/cp/nd)

9 mars 2012 | 12:37
par webmaster@kath.ch
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