Les coups bas de Duarte ne semblent pas atteindre l’ex-évêque

Paraguay: Climat détestable à 3 jours des présidentielles

Asunción, 18 avril 2008 (Apic) A trois jours des présidentielles au Paraguay, dimanche, le climat politique est de plus en plus animé dans ce pays comptant un peu moins de sept millions d’habitants, situé entre la Bolivie, l’Argentine et le Brésil. La campagne, qui semble permettre tous les coups bas de la part de Duarte au pouvoir, a plus à voir avec la diffamation tous azimuts utilisée par les adversaires de l’ex-évêque Lugo, en tête dans les sondages.

De fait, il s’agit déjà d’un vote historique car, pour la première fois depuis des décennies, un membre de l’opposition de gauche est favori, et qui plus est, ancien évêque de l’Eglise catholique, Fernando Lugo, une figure très aimée des campesinos, également pour son récent passé d’évêque dans le diocèse pauvre de San Pedro.

Lors d’une campagne électorale où tous les coups sont permis, le président sortant Nicanor Duarte, chef de l’Asociación nacional republicana (Anr, ’Partido Colorado’) – un ’dinosaure’ au pouvoir sans interruption depuis 61 ans, y compris durant les 35 années sombres de la dictature cruelle d’Alfredo Stroessner – a soutenu mardi que des «agitateurs provenant du Venezuela et de l’Équateur se trouvent au Paraguay pour troubler le déroulement des élections. «Nous détenons des informations – a-t-il dit sans apporter l’ombre de preuves – d’après lesquelles dans le département de San Pedro des bombes ont été cachées et des actes violents sont en cours de préparation après la victoire de Blanca Ovelar», la candidate du gouvernement qui, malgré les souhaits de Duarte, selon les sondages ne dépasserait pas 27-28% des intentions de vote.

Selon Misna, Lugo est toujours en tête, avec 35-36% des préférences. Tous les coups sont bons pour le déstabiliser. Selon Duarte, les partisans de Lugo planifient d’incendier des propriétés privées, des stations service et d’autres ressources pour troubler la paix sociale. Et le responsable de la violence et de la mort sera Fernando Lugo et sa bande de délinquants. Nous les frapperons avec tout le poids de la loi» a ajouté Duarte qui à plusieurs reprises, avec les ’colorados’, a monté une véritable campagne médiatique visant à discréditer le candidat adverse, accusant notamment l’ex-évêque de financer «avec des pétrodollars le président vénézuélien Hugo Chávez».

Un ex-général putschiste sorti de prison pour aider Duarte

Lugo a renvoyé la balle dans l’autre camp, ainsi que son candidat à la vice-présidence pour l’Alianza patriotica para el cambio (Apc) Federico Franco, qui se sont déclarés prêts à «se présenter devant n’importe quel juge car la seule bombe qui éclatera dimanche sera celle du vote». Les tensions sont également alimentées par les rumeurs, rapportées par le quotidien ’Abc’, d’un possible pacte entre le ’Partido Colorado’ et ’l’Unión Nacional de Ciudadanos Eticos’ (Unace) de l’ex-général putschiste Lino Oviedo, rapatrié en 2004, après cinq années de fuite à l’étranger. Il est revenu sur la scène politique après avoir été acquitté, à l’automne dernier, par la Cour suprême du Paraguay d’une condamnation à dix ans de prison pour la tentative de coup d’état de 1996 contre la président alors au pouvoir Juan Carlos Wasmosy.

Selon le journal d’Asunción, Oviedo – qui a dix points de moins que Lugo dans les sondages – aurait manigancé avec Duarte un report de votes en faveur d’Ovelar si les informations provenant de ses ’fidèles’ présents dans les bureaux de vote dimanche matin devaient confirmer que Lugo est sur le chemin de la victoire. D’ailleurs, écrit Misna, on parle depuis longtemps d’une alliance entre Duarte et Oviedo, encore plus depuis la libération de l’ex-général que le président sortant aurait favorisé précisément pour bloquer l’ascension de Lugo. Durant la phase finale de la campagne électorale, des messages propagandistes de l’Unace diffusés par les radios et télévisions ont notamment montré des photos du président vénézuélien Hugo Chávez et de son collègue bolivien Evo Morales à côté de celle de Lugo avec la formule «Conflictivos»; Oviedo a quant a lui été montré au côté de la présidente argentine Cristina Fernández et du brésilien Luiz Ignácio Lula da Silva avec écrit «Negociación».

Ces manipulations politiques, propres à ce pays, ont suscité la colère de Caracas et de La Paz qui, dans une note de protestation officielle, ont qualifié le message de «gravement offensif». (apic/imedia/pr)

18 avril 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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