Réponses sur l’emploi et la réduction du temps de travail
Paris: 6e Forum national des communautés chrétiennes
Paris, 13 octobre 1997 (APIC) Deux jours seulement après la Conférence nationale sur l’emploi et la future loi des 35 heures de travail en France dès l’an 2000, le 6e Forum national des communautés chrétiennes ont planché dimanche à Paris sur le thème. «Le travail en révolution. Vivre autrement?» Des paroles fortes appelant à travailler moins, à partager le travail et à définir de nouvelles priorités dans les modes de vie et dans les comportements.
C’est devant une salle comble, à la Défense, qu’ont débuté les travaux de ce 6e Forum des communautés chrétiennes. Alain Deleu, secrétaire général de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), l’une des cinq grandes confédérations syndicales, a déclaré que «la réponse est d’abord d’ordre spirituel». Il a souligné quatre points clés: «Partir non pas de théories économiques, mais des besoins réels, dont le premier est d’être utile, au sens large; vivre dignement son travail; vivre et bâtir ensemble, d’où l’importance de la vie culturelle associative; enfin «faire avec les gens». Et d’expliquer que la loi Robien sur la réduction de temps du travail marche bien car elle met en oeuvre une négociation entre employeurs et salariés. Alain Deleu n’a cependant pas manqué d’épingler le Comité national du patronat français (CNPF) et ses réticences culturelles à accepter que le changement se fasse avec les salariés et non à leur place. La Conférence de vendredi dernier sur l’emploi? Pour le représentant de la CFTC , «même si rien n’est gagné, c’est une occasion exceptionnelle de travailler autrement et de mieux prendre en compte ce qui est rentable à long terme comme la protection de l’environnement, de redonner aux travailleurs un statut qui leur permette de conjuguer continuité sociale et mobilité». La mondialisation? Une chance mais aussi un risque. «Pourquoi ne pas organiser une grande marche blanche nationale pour l’avenir de nos enfants, pour leurs droits à vivre autrement?». La CFTC y réfléchit activement, a indiqué encore Alain Deleu.
Pour Jean-Baptiste de Foucauld, président de «Echanges et Projets» et de «Solidarités nouvelles face au chômage», on avance vers un consensus pour améliorer la situation. C’est le pessimisme ambiant qui empêche d’aller plus loin. Or il faut mettre en place de nouvelles régulations. Cet énarque, ex-commissaire au Plan, déclare avec force que la flexibilité de l’emploi ne doit pas être synonyme de précarité et se dit plus favorable à la semaine de quatre jours qu’aux 35 heures. Il attend de l’Eglise qu’elle aille plus loin dans sa réflexion en développant notamment une théologie du droit à l’activité comme composante du plan de Dieu. Ce travail pourrait soutenir une mobilisation encore trop atomisée, pas assez forte au plan collectif.
Le trouble d’un évêque
Un appel que Mgr Jacques Noyer, évêque d’Amiens, de la commission sociale de l’épiscopat estime «justifié». Il rappelle que les évêques français ont rédigé dès 1982 la déclaration «Pour de nouveaux modes de vie». L’évêque d’Amiens estime essentiel que les individus apprennent à ne plus vivre seulement sur les valeurs liées au travail. Et de confier qu’il a été troublé de constater qu’une personne très engagée dans la vie de l’Eglise locale a cessé toutes ses activités pastorales dès lors qu’elle a été licenciée. Comme si elle n’avait plus aucune légitimité. «Il faut délivrer les hommes du totalitarisme de l’emploi et sortir du dilemme «emploi – ne rien faire» et de l’équation «utilité= rentabilité».
Anne Mortureux, responsable nationale du mouvement des Cadres chrétiens (MCC), a souligné de son côté que le rapport au travail des jeunes générations est moins émotionnel et qu’il n’a plus la même place centrale dans leur vie. Elle a évoqué un appel à la lucidité qui se double d’un appel à la conversion afin d’être unifié de l’intérieur pour harmoniser toutes les composantes de notre vie: «travail, famille , loisirs s et vie de foi». (apic/jcn/ba)



