Paris: Commission sociale de l’épiscopat: «Problèmes d’alcool, Eglise et société»
L’alcool tue 40’000 personnes chaque année en France
Paris, 14 mars 1999 (APIC) En France, chaque année, 40’000 décès sont liés, directement ou indirectement, à l’alcool. L’Hexagone demeure le plus grand pays consommateur de boissons alcoolisées avec, en 1996, l’équivalent de 13 litres d’alcool pur par an et par adulte de plus de 20 ans. Une situation alarmante qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des évêques français. Qui déplorent la puissance du lobby des producteurs d’alcool et une société malade et en «panne de sens».
Dans un document présenté vendredi à la presse, la Commission sociale de l’épiscopat met au jour les complicités de la société dans la surconsommation d’alcool. Elle souligne en particulier les défaillances en matière de prévention et d’éducation.
Comme pour le document «Drogue, Eglise et société», publié en 1997, la Commission sociale a souhaité donner la parole à de nombreux intervenants: médecins, représentants des institutions, hommes politiques, experts, parents, personnes malades. Soit une approche plurielle, à rebours d’une parole lénifiante, ponctuée par une déclaration des évêques de la Commission sociale.
Robert Chapuis, sociologue et vice-président honoraire de l’Association nationale de prévention de l’alcoolisme (ANPA), rappelle l’ampleur des dégâts: en France, 40’000 décès sont liés à l’alcool. Le pays demeure le plus grand consommateur avec 13 litres d’alcool pur par an et par adulte. Cette consommation a certes diminué de près de 20 % en vingt ans. Mais un phénomène inquiétant a surgi: la consommation d’alcool mêlée à la prise de drogues ou de médicaments contre-indiqués avec des effets plus rapidement ravageurs.
Pas de vraie politique de prévention
Les responsabilités sociales sont évidentes. D’une part, le lobby des producteurs d’alcool est si puissant qu’aucune vraie politique de prévention et d’éducation, à long terme, n’a jamais été entreprise. Et pour cause: la production et le commerce de l’alcool contribuent de loin à rendre excédentaire la balance commerciale de la France. «La prévention globale implique des choix courageux en matière de mode de vie, de valeurs sociales et de qualité de vie», souligne Robert Chapuis.
Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis et président de la Commission sociale, confirme les liens entre la consommation de produits toxiques et la réalité pathogène d’une société, «en panne de sens, qui ne sait pas où elle va». Quant au docteur Gérard Vachonfrance, psychiatre et psychanalyste, il rappelle avec ironie que l’alcool est un tranquillisant majeur qui n’est hélas pas vendu en pharmacie.
Un travail de guérison de longue haleine
Bernard Chatelain, accompagnateur de malades alcooliques, souligne toute la dimension de souffrance psychologique des alcooliques et de leur entourage. Le travail de guérison ne peut être que de longue haleine et requiert la plus grande patience des proches. Et d’inviter chacun à mieux regarder comment il s’alcoolise au quotidien, dans une société où l’alcool est une drogue dure légale. Mais aussi à ne pas perdre de vue que si les alcooliques, victimes de faiblesses conjuguées, franchissent le seuil du tolérable, chacun peut, au fil des circonstances douloureuses de la vie, être amené à son tour à franchir ce seuil. Ceux qui militent au sein des associations d’aide et de soutien des alcooliques, parmi lesquels un nombre important de catholiques, en sont bien conscients. (apic/jcn/mp/be)



