Paris. Des associations proposent une semaine de boycott de la télévision

Paris, 20 avril 2001 (APIC) Cinq ans après l’appel du pape à un jeûne cathodique, un réseau d’associations anti-consommation, apolitiques mais proches de la mouvance écologiste, appellent à boycotter la télévision du 22 au 28 avril. Ils prennent ainsi le relais d’un mouvement démarré en Amérique du Nord et dont la popularité ne cesse de grandir.

Quand Jean Paul II avait suggéré, le dimanche 10 mars 1996, de mettre à profit le carême pour faire un «jeûne médiatique» en regardant moins la télévision, il avait suscité nombre de commentaires sarcastiques et l’affaire n’a pas eu d’autres suites. «Dans combien de familles la télévision a remplacé le dialogue entre les personnes. Un certain jeûne dans ce domaine aussi peut être salutaire, soit pour avoir plus de temps à consacrer à la réflexion et à la prière, soit pour cultiver les rapports humains» déclarait-il.

Le Comité des Créatifs Contre la Publicité (CCCP), qui a lancé la semaine de jeûne télévisuel, explique : «Notre psychisme est submergé par les assauts de milliers d’images jouant avec notre sensibilité, notre affect. Des millions de spots publicitaires conditionnent notre inconscient collectif et façonnent l’idéologie dominante de la télévision. Une semaine sans télévision est une tentative collective pour sauvegarder notre plus précieuse ressource : la lucidité.»

Entre ces deux paroles, la convergence n’est pas mince. Pourtant l’association CCCP n’est pas proche de l’Eglise. Pas plus que l’association «Résistance à l’Agression Publicitaire» (RAP) ou le «Réseau pour l’abolition de la télévision». Elles travaillent ensemble à organiser un boycott de la télévision et rappellent que les Français lui consacrent en moyenne 3h40 par jour. Seulement 3% de la population ne possède pas de téléviseur (sources : Télérama n° 2647, p. 184).

Egalement une journée sans achats

Héritières de l’esprit de contestation de mai 68 et proches de la mouvance écologiste et anti-consommation, donc anti-pub, les associations CCCP et RA.P organisent également une «Journée sans achat». L’édition 2000, la deuxième, a eu lieu le 25 novembre 2000. Le prétexte à des actions de rue à caractère non-violent. CCCP publie pour la circonstance le deuxième dossier annuel de sa revue «Casseurs de pub». Et d’expliquer : «Notre culture de consommateur est absurde. Nous achetons pour nous sentir bien, nous achetons pour impressionner les autres. Notre culture de consommateur est boulimique. 20 % de la population de la planète, les pays riches, consomme 80 % des ressources planétaires… Le résultat de notre consommation, c’est la mort de la nature. L’espoir pour une révolution de la conscience humaine tient dans les actions de chacun, chaque jour.»

L’action est notamment relayée par des réunions publiques, des opérations de sensibilisation (radio, presse, télévision). Mais aussi des manifestations contre l’affichage illégal et des contacts au ministère de l’environnement pour faire respecter la loi et demander sa réforme. Ou encore par la prise de contact avec les élus pour une modification des règlements locaux de publicité.

Soutien d’Edgar Morin, d’Hubert Reeves et de Gilbert Durand

L’impact ? Il est difficile à évaluer. L’association RAPP revendique 500 adhérents, parmi lesquels le sociologue Edgar Morin, l’astrophysicien Hubert Reeves, le philosophe Gilbert Durand. «On a même un prêtre en col romain, vous voyez que nous sommes très ouverts !», souligne Lionel Girard, un des piliers de RAP. Selon un article du quotidien «Le Monde» consacré aux «croisés de l’anti-consommation» nord-américains (édition du 13 avril 2001), «On dénombre aujourd’hui plus d’une centaine d’associations de ce type, dont les actions revendicatives sont relayées sur la Toile (Internet) à défaut de pouvoir s’offrir des campagnes dans les médias, qui, très souvent, refusent tout simplement de les accueillir». Cette visibilité réduite constitue, pour l’instant du moins, un sérieux obstacle à la diffusion de leurs objectifs. «Le Monde» souligne toutefois que les publicitaires redoutent déjà ce mouvement, «cherchant la parade dans un marketing de l’anti-marketing, une façon de reprendre à leur compte la rébellion pour en faire un ultime argument de vente».

Et de rapporter que pendant les fêtes de Noël, la Une du magazine américain «Adbusters», – sous-titré «Journal of the mental environnment» (journal de l’environnement mental), un sous-titre repris par le magazine «Casseurs de pub», son pendant français – représentait un Christ sur sa croix, gisant dans les ordures. Comme pour rappeler que «surconsommation ne rime pas avec bonheur». (apic/jcn/bb)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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