Un message et un combat toujours d’actualité
Paris: Exposition et conférence à la mémoire de Dom Helder Camara, l’évêque des favelas
Paris, 21 mars 2002 (APIC) L’association «Dom Helder – mémoire et actualité» présente à Paris, jusqu’au 6 avril, une exposition consacrée l’ancien archevêque de Recife. Celui qu’on surnommait «l’évêque rouge» a sa vie durant combattu les injustices et la misère qui accablent le Brésil. Malgré les critiques et les oppositions de la droite politique et ecclésiale, l’?uvre et le message de Dom Helder Camara demeurent d’une actualité brûlante.
L’espace Georges Bernanos, (le centre culturel de l’église Saint-Louis d’Antin) à Paris, accueille jusqu’au 6 avril l’exposition et le cycle de conférence, intitulés «Un prophète pour notre temps», organisé par l’association «Dom Helder – mémoire et actualité».
Le lundi 18 mars, Joseph Maïla, Doyen de la faculté des Sciences sociales et économique (Institut Catholique de Paris) et directeur du Centre de recherche sur la paix, y a clôturé le cycle de conférence par une intervention sur le thème «Violence, justice et paix: utopies et réalités».
«Si je donne à manger aux pauvres, on me traite de saint. Si je demande pourquoi les pauvres n’ont pas à manger, on me traite de communiste», cette déclaration de l’ancien archevêque de Récife, résume l’entier de ses ?uvres et de son message. C’est également dans cet esprit que Joseph Maïla a présenté son analyse de l’?uvre de Dom Helder Camara.
Vaincre la violence par la pression morale libératrice
Celui qu’on surnommait «l’évêque rouge» n’a jamais mâché ses mots pour dénoncer les méfaits des multinationales. Leur montée en puissance ne l’aurait pas contredit. Pas plus que la main mise des Etats-Unis, dont il était un sérieux contempteur. Confronté à la violence des sociétés sud- américaines, Dom Helder l’avait diagnostiquée comme suit: premièrement: l’injustice, deuxièmement: la révolte contre l’injustice, troisièmement: la répression de la révolte.
«Une analyse de la spirale de la violence qui n’a rien perdu de son actualité, que l’on regarde ce qui se passe en Terre sainte ou dans bien d’autres endroits dans le monde», a souligné Joseph Maïla. Et de regretter que la doctrine sécuritaire tende à s’imposer dans les relations internationales, occultant les causes profondes de l’injustice commise ici ou là à l’un ou l’autre peuple. Comme si on s’occupait des symptômes pour mieux négliger les problèmes de fond. Autrement dit: la lutte contre le terrorisme peut-elle être l’ultime finalité dans les relations internationales?
La réponse que proposait Dom Helder tient en deux mots: non-violence, pour casser la spirale infernale, et mobilisation de l’opinion publique par les médias. La non-violence de dom Helder s’appuie sur l’Evangile pour mettre en ?uvre une non-violence active, dont la clé est ce qu’il appelait la pression morale libératrice : sur les organismes internationaux, les élites politiques, les acteurs économiques.
Cette pression morale étant orchestrée par les médias. «Dom Helder n’avait pas son pareil pour mobiliser les foules et partant, les médias. Je l’ai vu remplir le Palais des Sports et la salle de la Mutualité à Paris. Chaque fois, les journalistes venaient nombreux», a rappelé Jean-Claude Escaffit, journaliste à l’hebdomadaire «La Vie» et auteur d’un film (»L’héritage de Dom Helder») sur celui qu’on appelait la voix des sans-voix. On a beaucoup dit que Dom Helder était un prophète, certes, mais peu réaliste, et, en tout cas, piètre organisateur.
En réponse, José de Broucker, président de l’association «Dom Helder – mémoire et actualité», rappelle que l’archevêque de Recife a lancé l’opération Espérance, qui a permis de construire des milliers de logements pour des sans-abri. Et il cite le fameux mot de Dom Helder: «Il ne faut jamais avoir peur de l’utopie. Quand on rêve seul, ce n’est encore qu’un rêve. Quand on rêve à plusieurs, c’est déjà la réalité. L’utopie partagée, c’est le ressort de l’histoire.» (apic/jcn/sh)




