Paris: L’annonce de l’Evangile et la pédophilie en discussion chez les évêques
Annoncer l’Evangile aux personnes «autrement croyantes»
Paris, 10 novembre 2000 (APIC) Au terme de l’assemblée plénière des évêques de France, qui s’est tenue du 4 au 10 novembre à Lourdes, le père Stanislas Lalanne, porte-parole de la Conférence épiscopale, évoque pour l’APIC les réflexions qui ont été conduites concernant deux thèmes centraux: l’annonce de l’Evangile aujourd’hui et la pédophilie. Les évêques de France ont défini trois «lignes d’horizon» pour annoncer l’Evangile aux hommes de notre temps, notamment aux pauvres, aux marginaux, aux non-croyants et aux personnes «autrement croyantes».
Moins médiatisée que la réflexion autour des cas de pédophilie des prêtres, celle concernant l’annonce de l’Evangile à nouveaux frais a mobilisé le plus longuement les évêques. Ils étaient venus à Lourdes avec dans leurs valises des monographies écrites faisant état de ce qui se vit dans leurs diocèses respectifs et ils les ont partagées en groupes.
Le père Lalanne distingue trois lignes d’horizon. La première consiste à former des communautés paroissiales plus fortes, plus vivantes ; des pôles eucharistiques qui fédèrent les initiatives, notamment l’attention aux pauvres et aux marginaux, ou encore aux non-croyants et aux personnes «autrement croyantes». Autrement dit : une redécouverte de la paroisse comme lieu de visibilité de l’Eglise.
La deuxième ligne d’horizon est de nouveaux pôles de créativité : écoles de la foi, conseils pastoraux de jeunes, nouvelles formules de catéchèse (y compris le dimanche) ou encore synodes des enfants.
La troisième touche une grande diversité de propositions d’ouverture à la société, en écho à la «Lettre aux catholiques de France», elle-même prolongement du fameux rapport Dagens. Une ouverture notamment en direction des propositions artistiques et culturelles contemporaines et une présence d’Eglise réaffirmée dans les débats sur les questions d’éthique et de sens. Plus largement, la culture du débat et du dialogue (notamment le dialogue interreligieux) et la culture comme porte d’entrée de la foi (du culturel au cultuel) devraient être mieux prise en compte en Eglise.
Tension entre dialogue et annonce
«Mais, souligne le père Lalanne, nous ne pouvons échapper à une tension légitime entre l’accueil de la société et l’annonce explicite du Christ, entre dialogue et annonce. Les évêques ont travaillé dans une ambiance sereine, partagés entre d’une part le réalisme face à des temps durs, caractérisés entre autre par un effritement constant et préoccupant de «l’humus» chrétien», et, d’autre part, l’espérance, nourrie par une belle créativité diocésaine, le succès des JMJ ou des manifestations liées au Jubilé.» Les évêques ont demandé que la réflexion sur ce dossier central soit prolongée pendant un an ou deux.
Gravité de la pédophilie chez les prêtres
Très attendus sur la question de la pédophilie des prêtres, les évêques ne se sont pas dérobés, conscients de la gravité des faits et de leur effet désastreux quant à l’image de l’Eglise. A titre individuel, certains se sont exprimés avec force dans la presse. Le père Lalanne, qui a piloté avec Mgr David un rapport de 183 pages rassemblant les contributions des experts consultés par la Conférence épiscopale, rappelle la difficulté pour les évêques de clarifier les cas suspects tant les pédophiles s’entourent de silence et sont enclins à démentir les faits. Néanmoins, pour le porte-parole de la conférence épiscopale, lorsque le doute s’insinue, l’évêque doit conduire le coupable à se dénoncer; voire, face à son refus, il peut le dénoncer lui-même. Le secret inviolable de la confession? «Un évêque n’est pas amené à confesser ses prêtres. Le secret de la confidence ne suppose pas par ailleurs que l’on couvre les faits. Face à la pédophilie, chacun doit prendre ses responsabilités. La compassion que nous devons aux victimes et à leurs familles peut nous amener à encourager celles-ci à porter plainte», souligne le père Lalanne. En tout état de cause, les évêques n’ont pas encore adopté des mesures concrètes. Sinon d’être désormais moins seuls face à ce problème. (apic/jcn/bb)



