2000: un mauvais millésime pour l’unité des chrétiens
Paris: Le pasteur Raiser déplore que chaque Eglise tire la couverture à soi
Paris, 21 janvier 2001 (APIC) Au cours d’un récent déjeuner-débat à Paris, le pasteur Konrad Raiser a fait, devant les membres de l’Association des journalistes de l’information religieuse (AJIR), un bilan oecuménique de l’année passée. Le président du Conseil oecuménique des Eglises (COE) déplore les occasions manquées, en 2000, d’0affirmer l’unité entrer les chrétiens.
Le pasteur Raiser regrette que l’an 2000 ait été une occasion manquée d’affirmer l’unité des chrétiens. Au lieu de quoi, chaque Eglise en a profité pour réaffirmer son identité propre et, par delà, sa visibilité. Et de déplorer, une nouvelle fois, que l’Eglise catholique ait fait cavalier seul pour la célébration du Jubilé, se contentant d’inviter les autres Eglises à quelques gestes symboliques : «Une attitude qui nous ramène 35 ans en arrière, quand les Eglises soeurs avaient été invitées à assister au concile Vatican II».
Effets contrastées de Dominus Iesus
Konrad Raiser souligne qu’à rebours de la déclaration Dominus Iesus, chaque affirmation christologique (de l’une ou l’autre Eglise) devrait au contraire accentuer l’œcuménisme. Selon lui, Rome n’a toujours pas pleinement pris en considération les retombées négatives pour l’œcuménisme du texte du cardinal Ratzinger. Ce document, quoique malheureux, ne peut-il pas, paradoxalement, stimuler à long terme le dialogue œcuménique ? Le secrétaire général du COE en convient, conscient que «tout indique que la ligne du cardinal Ratzinger n’est pas acceptée à l’intérieur de l’Eglise catholique». Le COE entend donc renforcer la solidarité avec ceux des catholiques qui travaillent à maintenir l’esprit de Vatican II.
Concernant les rivalités entres les Eglises, Konrad Raiser estime que la mentalité de compétition aiguisée par l’essor du libéralisme économique a fini par gangrener les Eglises, confrontées à une raréfaction de leurs troupes et à la quasi impossibilité de rejoindre les jeunes générations. A l’exception des Eglises évangéliques, pentecôtistes principalement.
Les évangéliques questionnent les vieilles Eglises
Concernant ces dernières, le pasteur Raiser souligne qu’il faut se garder de les réduire trop vite à des «sectes» : «Un mot qui est d’abord un terme sociologique. Or, pour les sociologues, la notion de secte n’est pas une catégorie performante. Le COE a très rarement employé cette terminologie.» Konrad Raiser souligne combien ces jeunes Eglises protestantes représentent un défi à la fois ecclésiologique et missionnaire pour les Eglises traditionnelles, mal adaptées à la nouvelle culture. Le défi de pouvoir séduire ceux qui sont éloignés des institutions ecclésiales et de leur parler un discours accessible.
Plus globalement, «Les religions sont dans un processus de réorganisation complet car elles sortent de la sphère privée où les avaient confinées la modernité pour réinvestir l’espace public, à la fois comme sources de tensions et comme forces de paix.» Partant, les Eglises sont appelées à «revoir leurs arrangements avec la structure publique» car, de fait, les Pentecôtistes ont l’avantage, contrairement aux grosses «machines» ecclésiales, «de former de petits groupes conviviaux qui répondent plus directement à la recherche religieuse de nos contemporains».
Au delà du dialogue doctrinal
L’accord doctrinal entre luthériens et catholiques sur la justification par la foi, et, par delà, d’autres réussites de ce type, de gré à gré, ne représentent-ils pas un «sommet» de l’œcuménisme ? Le secrétaire général du COE ne voit pas les choses ainsi : «Ce qui compte, avant tout, c’est la conversion des mentalités. Le dialogue doctrinal, qui a montré ses limites, doit être soutenu par un cheminement à vocation spirituelle, en profondeur, sinon c’est l’échec. Le dialogue œcuménique, le dialogue doctrinal notamment, a trop eu jusqu’ici une allure de négociations politique du type ; je cède cela mais toi tu cèdes ceci. Autrement dit des rapports de force étranges concernant des disciple du Christ», fait-il valoir.
Des relations décrispées avec les orthodoxes russes
Enfin, concernant le du dialogue avec les Eglises orthodoxes, le secrétaire général du COE a convenu que le prosélytisme des Eglises protestantes et catholique en terre d’orthodoxie avait «énormément» crispé la situation. Mais il s’est montré très confiant dans la capacité à dénouer la crise de la commission mixte paritaire entre orthodoxes et non orthodoxes mise sur pied par le COE. Une instance où, pour une fois, les Eglises orthodoxes ne se retrouvent pas minoritaires et où il est clairement apparu que les positions jusqu’au-boutistes de l’Eglise orthodoxe russe ne font pas florès. (apic/jcn/bb)



