L’évêque de San Cristobal a toujours fait le choix de la non-violence
Paris: Le Père Lancelot réfute sur les accusations portées contre Mgr Samuel Ruiz
Paris, 12 mars 1998 (APIC) Contrairement aux insinuations visant Mgr Samuel Ruiz que l’on peut lire dans le livre «Sous-commandant Marcos, la géniale imposture», l’évêque de San Cristobal de las Casas a toujours fait le choix de la non-violence. Le Père Jacques Lancelot, secrétaire du Comité épiscopal France-Amérique latine (CEFAL) le confirme.
Dans une interview accordée jeudi à l’agence APIC, le Père Lancelot apporte son soutien à l’évêque des Indiens du Chiapas. Il a lui-même vécu au Mexique et connaît lui aussi le diocèse de San Cristobal. Il approuve donc les termes qu’utilise Mgr Ruiz dans le quotidien catholique français «La Croix» de mercredi pour répondre «aux calomnies» dont il dit être la victime.
Une campagne de calomnies systématique
Œuvre de deux journalistes, Bertrand de La Grange et Maïté Rico, le livre accuse Mgr Ruiz d’être «un évêque ambigu» qui aurait «joué un rôle important dans l’installation des guérilleros au Chiapas». L’évêque de San Cristobal est qualifié également «d’apprenti sorcier». Mgr Samuel Ruiz, contacté par «La Croix», refuse de répondre à ce réquisitoire émanant de journalistes, qui, dit-il, «ne se sont pas précisément distingués par leur sens de la vérité».
«En 38 ans d’apostolat dans le diocèse de San Cristobal, nous avons maintes fois dans le passé été victimes d’affirmations calomnieuses, et de manière systématique depuis quelques temps, relève Mgr Ruiz. Nous n’avons jamais tenté d’élaborer une défense personnelle à travers les médias, car nous estimons que notre vie et notre action sont la meilleure réponse. L’arbre se juge à ses fruits. C’est une dynamique différente que celle qui consiste à calomnier.»
Rôle de médiateur entre les parties en conflit
Le Père Jacques Lancelot, avant d’occuper le poste de secrétaire du CEFAL, a été prêtre «Fidei Donum» au Chili et au Mexique. Il déclare pouvoir «témoigner du choix non-violent de Mgr Samuel Ruiz. Et cela depuis toujours». Il a gardé sa plus grande liberté et celle de son Eglise diocésaine, par rapport au choix «d’un coup de poing militaire» des zapatistes, affirme le prêtre français. Il n’a du reste pas refusé de jouer le rôle de médiateur entre les parties adverses, comme l’ont fait également les Eglises du Guatémala et du Salvador.
«Quand on met l’Evangile sur la table, il éclaire toute la réalité»
Le prêtre français Michel Chanteau, du diocèse de San Cristobal, récemment expulsé du pays par le gouvernement de Mexico, peut en témoigner. Il a entendu Mgr Ruiz, à plusieurs reprises, déclarer explicitement aux catéchistes de son diocèse que s’ils prenaient les armes, ils ne seraient plus catéchistes. «Cela montre bien le choix de l’Eglise du Chiapas et de ses évêques», insiste le Père Lancelot.
On l’accuse de sympathie pour la théologie de la libération? «Mgr Ruiz a tout simplement fait le choix des pauvres, de façon non sociologique, mais évangélique. Comme le dit Mgr Ruiz lui-même: Quand on met l’Evangile sur une table, il éclaire toute la pièce, toute la réalité. Eclairés par l’Evangile, les chrétiens font eux-mêmes leur propre choix. Ils en sont responsables».
La violence première, la situation d’esclavage dans laquelle vivent les Indiens
Concernant la lutte armée des zapatistes, il faut rappeler, ajoute le Père Lancelot, qu’elle n’a duré qu’un seul jour. Sans elle, estiment de nombreux témoins, les zapatistes n’auraient pas pu faire entendre leur cause. «Mais comprendre ne veut pas dire légitimer. De fait, ce qui peut pousser les Indiens à la violence, c’est leur situation d’esclavage, c’est le mépris le plus profond avec lequel on les traite. Je viens de recevoir le dernier rapport de la Commission civile internationale d’observation des droits de la personne au Mexique: c’est consternant!». (apic/jcn/cx/ba)



