Paris: Message du pape aux Rencontres européennes entre juifs et catholiques

Les bourreaux de l’holocauste étaient «aussi des chrétiens»

Paris, 29 janvier 2002 (APIC) Les participants juifs aux Rencontres européennes entre juifs et catholiques, organisées du 28 et 29 janvier à Paris, ont salué le travail de réconciliation entrepris par Jean Paul II. Ils ont toutefois rappelé que les bourreaux de l’holocauste étaient «aussi des chrétiens et des êtres humains». La communauté juive a également été interpellée par l’un des siens, qui lui demandé de s’ouvrir.

Michel Friedman, vice-président du Congrès Juif Européen, a insisté pour que le Vatican ouvre ses archives concernant la période 1933-1945, tandis que le Grand rabbin Sirat a demandé à sa communauté de sortir de ses «ghettos intellectuels et spirituels».

Dans son message aux participants des Rencontres organisées par le Congrès Juif Européen, le pape les a invités à donner un «nouvel élan» à leurs relations. Il les a appelés à «transmettre aux générations nouvelles» les richesses et les valeurs communes «pour que plus jamais l’homme ne méprise son frère en humanité».

La lettre de Jean Paul II a été lue devant les 1’500 participants le 28 janvier, par l’archevêque de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger. «Depuis la déclaration Nostra Aetate, écrit le pape, de nombreux progrès ont été réalisés en faveur d’une meilleure compréhension mutuelle et d’une réconciliation entre nos deux communautés. «Un tel texte, a-t-il poursuivi, constitue un point de départ, une base et une boussole pour les relations futures». Le pape a cependant précisé qu’il faut donner un élan nouveau à ces relations, pour que la tradition religieuse qui a inspiré la culture et la vie du continent, continue à faire partie de son âme.

Que «plus jamais l’homme ne méprise son frère en humanité»

C’est en direction des générations nouvelles que s’est enfin tourné le pape. Des jeunes à qui l’on doit transmettre les richesses et les valeurs communes, pour que «plus jamais l’homme ne méprise son frère en humanité et plus jamais des guerres ou des conflits ne soient menés au nom d’une idéologie qui méprise une culture ou une religion». «La jeunesse a besoin de notre témoignage et de notre engagement commun pour croire», a-t-il conclu.

Pour sa part, le cardinal Walter Kasper, président de la Commission du Saint-Siège pour les relations avec le judaïsme, a déclaré que l’Eglise catholique ne craint pas la vérité historique: «Elle respecte la vérité et soutient la recherche de la vérité. Seule la mémoire du passé peut nous rendre libres pour l’avenir et elle nous oblige à travailler à la construction d’un avenir sans sentiments antisémites de la part des chrétiens et sans sentiments antichrétiens de la part des juifs». Il n’y a pas de fraternité sans difficultés, a-t-il encore affirmé.

«Les Allemands et les Français qui ont tué des juifs étaient aussi des chrétiens»

Du côté des intervenants juifs, une différence de ton s’est fait sentir le 28 janvier au soir, entre le Grand rabbin René Samuel Sirat, vice- président de la Conférence européenne des rabbins, très admiratif de l’?uvre de Jean Paul II, et Michel Friedman, vice-président du Congrès Juif Européen.

Pour ce dernier, «les racines de l’antisémitisme les plus longues se trouvent dans ce qui a été l’Eglise officielle pendant des centaines d’années en Europe». «Les Allemands qui ont tué des juifs, a-t-il affirmé, ont été des chrétiens et des êtres humains, les collaborateurs français qui ont tué des juifs étaient aussi des chrétiens et des êtres humains». Michel Friedman a ensuite lancé un avertissement face au «danger du retour de l’extrême droite» et a insisté sur la nécessité, pour lutter, de dire les choses haut et clair.

Pour lutter contre l’antisémitisme, a-t-il poursuivi, il faut dire la vérité, non pour accuser mais pour bâtir l’avenir. Il a alors demandé à l’Eglise catholique d’ouvrir ses archives sur la période 1933-1945, «pour connaître la vérité». «Cela est nécessaire, a-t-il expliqué, pour un dialogue honnête et franc, dans le respect et l’égalité». C’est le problème de l’ouverture de toutes les archives du Saint-Siège sur cette période qui a été, entre autre, à l’origine de l’arrêt des travaux de la Commission mixte de recherche sur la Deuxième Guerre mondiale, le 24 juillet 2001.

Hommage du Grand rabbin René Samuel Sirat à Jean Paul II

De son côté, le Grand rabbin René Samuel Sirat a tenu à rendre hommage à Jean Paul II et à «reprendre le titre du dernier livre du cardinal Paul Poupard: ’Ce pape est un don de Dieu’». «Nous, les juifs, a-t- il affirmé, nous devons prendre conscience que le climat a changé et réfléchir à la manière dont nous devons répondre aux gestes posés par l’Eglise catholique». «Nous devons déverrouiller les verrous de nos ghettos intellectuels et spirituels où nous sommes tentés de nous tenir enfermés».

Tout en qualifiant l’attitude de la communauté juive de «quelque peu autiste», il a rassuré l’auditoire en affirmant qu’il n’allait pas «se convertir au catholicisme comme le Grand rabbin de Rome en 1945» mais qu’il voulait «interpeller» sa communauté et lui demander: «entends-tu la voix de l’amitié». A préciser qu’aucune mention sur la situation en Terre Sainte n’est venu ponctuer les interventions susmentionnées. (apic/imed/sh)

29 janvier 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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