Paris: Présentation du document «Mémoire et réconciliation, l’Eglise et les fautes du passé»
Pour le Père Jean-Louis Bruguès, un premier pas dans la réflexion
Paris, 1er mars 2000 (APIC) Une semaine avant la présentation officielle à Rome, le Père Jean-Louis Bruguès, membre de la Commission théologique internationale a dévoilé mercredi à la presse à Paris, le document du Vatican «Mémoire et réconciliation, l’Eglise et les fautes du passé». Les Editions du Cerf mettent en effet sur le marché en français le 1er mars ce texte qui doit faire date dans l’histoire de l’Eglise catholique. Pour le Père Bruguès «la purification de la mémoire est un besoin pressant pour nos sociétés».
D’entrée de jeu, le dominicain professeur à l’Université de Fribourg, prend soin de rappeler que la Commission théologique internationale ne parle pas au nom du magistère, quand bien même son président n’est autre que le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger.. Cette commission a jugé opportun, à partir des nombreuses demandes de pardon formulées par le pape, de poser les première pierres d’un important chantier de réflexion théologique sur le pardon, jusque là lacunaire. La démarche théologique sur le pardon est appelée à un bel avenir même si ce travail est semé d’embûches.
Le Père Bruguès évoque «un filon théologique durable». Et de souligner que «la purification de la mémoire est un besoin pressant pour nos sociétés» et le rôle moteur que l’Eglise entend jouer. Quand bien même cet effort ne va pas de soi. Pour preuve, les très fortes réticences des théologiens asiatiques, pour qui cette épuration de la mémoire est une affaire occidentale qui ne les concerne pas.
Autre difficulté récurrente : le danger d’anachronisme. Ce que nous tenons avec certitude pour une faute était-il perçu comme tel par nos ancêtres ? D’où la nécessité d’établir un distinguo entre responsabilité objective et responsabilité subjective, en prenant acte qu’aucune enquête historique ne parviendra jamais à établir ce qu’il y avait dans la fine conscience des générations passées.
Cette demande de pardon de l’Eglise pour les fautes commises par elle dans le passé ne risque-t-elle pas de l’affaiblir ? «Il y a, de fait, un danger. Les détracteurs de l’obscurantisme de l’Eglise peuvent être tentés de trouver là du grain à moudre. Conjuguer l’amour de l’Eglise et sa critique peut paraître contradictoire. Il est vrai aussi que le danger d’affaiblissement du christianisme face à l’islam est à prendre en compte. Pour les musulmans, demander pardon c’est avouer ses fautes. Pour un chrétien c’est, au contraire, grandir. Il y a là une différence fondamentale. De fait, la sensibilité au pardon varie beaucoup selon les cultures. Mais l’Eglise catholique a un passé et elle ne peut faire l’impasse dessus», répond Jean-Louis Bruguès.
Un progrès pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux
En quoi cette demande de pardon peut-elle faire avancer l’oecuménisme ? «En théologie protestante, le couple péché/grâce a toujours été abordé. Nos frères protestants devraient trouver dans ce texte des éléments qui leur sont chers. Je ne crois pas, par contre, à un impact sur les théologiens orthodoxes . Le dialogue avec les orthodoxes est devenu quasiment plus difficile que le dialogue avec les musulmans. Je le regrette infiniment mais c’est ainsi», explique le dominicain.
Le lien entre demande de pardon et exercice de la justice est absent de ce document. N’est-ce pas regrettable ? «Certainement. De même qu’une approche psychologique et psychanalytique n’aurait pas, à mon sens, été inutile. J’espère que cela viendra ensuite. Je le redis, ce n’est qu’un début». (apic/jcn/mp)




