Paris: Publication d’un livre d’entretiens avec le cardinal Maradiaga
«Le Vatican oublie l’Amérique latine»
Paris, 13 avril 2008 (Apic) Le Vatican, comme le reste du monde, n’est pas assez attentif à la situation en Amérique latine. C’est ce qu’estime le cardinal hondurien Oscar Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa, dans un livre d’entretiens avec le journaliste français Eric Valmir «De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin» publié à Paris le 14 avril.
Le cardinal âgé de 65 ans y retrace son parcours de Salésien, ainsi que son combat contre la pauvreté dans son pays et dans le monde. Il critique certaines orientations du Saint-Siège et estime qu’il est temps qu’un pape du tiers-monde soit élu à la tête de l’Eglise.
Lors d’une audience avec Benoît XVI, le cardinal hondurien indique qu’il s’est «permis de lui faire observer que l’Amérique latine était sous-représentée dans la curie romaine alors que la moitié des catholiques du monde habite le continent sud-américain».
«La présence européenne est trop importante au Vatican. Et Rome doit avoir une perception de la réalité géopolitique de notre continent», estime encore le premier cardinal hondurien de l’histoire. «Tous les regards se tournent vers la Chine et l’Inde pour toutes les questions économiques et commerciales. D’un point de vue religieux, les relations avec l’islam occupent les esprits. Mais l’Amérique latine, tout le monde s’en moque. C’est comme si elle n’existait pas. Le tiers-monde, c’est toujours pareil, c’est lassant», assène-t-il. «En tant que conseillers du pape, notre devoir de cardinal est de parler des problèmes géopolitiques contemporains dont nous sommes les témoins directs». «Notre réalité n’est pas la réalité européenne (.) personne ne nous comprend», estime encore le président de la Caritas internationale. A la question de savoir s’il a le sentiment d’être écouté au Vatican, il répond tout de même «qu’au prix de longues conversations, nous avançons» notamment auprès du Conseil pontifical Justice et Paix avec lequel il travaille dans son action de lobbying auprès des pays du G8 pour la lutte contre la pauvreté.
Pour un pape provenant d’Amérique latine
L’archevêque de la capitale hondurienne dresse alors le portrait d’un futur pape. «Nous savons maintenant que le pape peut venir de n’importe où. Pour l’heure, ses origines restent essentiellement européennes, mais à l’avenir pourquoi le souverain pontife ne viendrait-il pas d’Amérique latine? La moitié des catholiques de la planète vivent ici. Un pape qui porte les préoccupations du tiers-monde, la symbolique serait forte», estime-t-il. «Ce n’est pas la même chose de parler de la pauvreté. et de la vivre. Un pape doté de cette expérience aurait une faculté de dialogue pour peser sur les négociations Nord-Sud», souligne le cardinal Maradiaga qui faisait partie de la liste des ’papabili’ lors du dernier conclave d’avril 2005. S’il refuse de «laisser cette idée polluer» son esprit, il révèle cependant que lors de l’élection de Benoît XVI l’idée d’un pape du tiers-monde et éventuellement d’un pape d’Amérique du Sud était dans les esprits.
Pour lui, le futur pape doit être «un homme du 21e siècle, humain, empreint de Dieu et de culture», un homme «de prière passionné de Jésus-Christ» qui «ne soit pas une pièce de musée ou d’archéologie sacrée». «Le monde d’aujourd’hui nous provoque par ses nouveautés et ses contradictions; notre réponse doit mettre en phase tradition et innovation».
Le cardinal Maradiaga émet ainsi certaines critiques à l’encontre de Benoît XVI et du Saint-Siège. Il évoque ainsi «une donnée que nous ne devons pas négliger» dans le profil du futur pape: «le langage d’aujourd’hui est celui des médias. On doit maîtriser cette sémantique pour porter au monde les valeurs de l’Evangile. Une simple église et des cloches pour prévenir les fidèles ne suffisent plus». «Le cardinal Ratzinger n’a jamais été un grand communicant. Il met sa vie au service de la doctrine. Ses homélies sont simples, précises et denses», souligne encore le cardinal. Il note ainsi que le discours de Benoît XVI, en particulier contre la théologie de la libération, lors de son voyage au Brésil en mai 2007, «a déconcerté une partie du clergé latino-américain» du fait de «l’absence de nuances». «La virulence du message à l’égard de l’héritage de la théologie de la libération apparaît disproportionnée», estime-t-il encore. L’engagement social de l’Eglise sud-américaine «n’est ni politique, ni partisan, comme le laissent entendre les soupçons du Vatican». Et d’ajouter: «c’est une grande méconnaissance du terrain que d’asséner des affirmations aussi décalées».
Les grandes lignes de Vatican II restent méconnues
«Le prêtre doit prier, c’est un fait et une cause entendus, mais son action ne peut se limiter à la pénombre de l’Eglise. Il doit être dans la vie de chacun. Notre modèle pastoral est obsolète, nous ne pouvons continuer à l’utiliser comme base de travail. Trop de passivité régit nos communautés qui vivent une pastorale de masse, jamais personnalisée», regrette encore le cardinal Maradiaga. Ainsi, il caresse un rêve: celui de «voir l’Eglise adopter de nouvelles règles pour gouverner et élire les évêques; une relation plus fraternelle et plus simple». Il estime que «les grandes lignes de Vatican II restent méconnues» et, «plus grave encore, il manque l’application». L’archevêque de Tegucigalpa s’interroge enfin sur les «peines à appliquer les articles de Vatican II que nous considérions comme une évidence et un progrès». (apic/imedia/hy/bb)



