Devant l’inertie de l’Education nationale
Paris: Régis Debray démissionne de l’Institut européen en sciences des religions
Paris, 4 novembre 2004 (Apic) Régis Debray, défenseur de l’enseignement du fait religieux dans l’école publique française, démissionne de l’Institut européen en sciences des religions devant l’»inertie» de l’Education nationale. Il condamne la vision d’un «sujet humain devenu un animal essentiellement économique».
Auteur d’un vigoureux plaidoyer pour l’enseignement laïc du fait religieux, en mars 2002, Régis Debray, président de l’Institut européen en sciences des religions (IESR), a présenté sa démission au ministre de l’éducation français François Fillon, dans une lettre datée du 18 octobre.
Il y dénonce «l’absence de volonté (Ndlr: de l’Education nationale) d’impulser cet enseignement, d’ordre historique et philosophique, encore et toujours livré au bon ou mauvais vouloir des académies et des régions». L’IESR , créé par le ministre Luc Ferry en 2002, avait pour mission de promouvoir l’enseignement du fait religieux. Et notamment d’aider les Instituts universitaires de formation des maîtres à mettre en place un module d’enseignement de la philosophie de la laïcité et d’étude du fait religieux.
Selon Régis Debray, certains instituts, comme ceux de Lyon, Versailles ou Créteil, ont effectivement développé cette formation, mais «de nombreux autres ont laissé le chantier en friche». Par frilosité et inertie de l’administration, juge-t-il.
Une vision du monde sans dimensions symboliques
Pour l’ancien président de l’IESR, la confirmation de «cette absence de volonté» est tombée avec la remise du Rapport Thélot, le 12 octobre. Un texte sur «l’avenir de l’école», que Debray estime «rétrograde» et qu’il critique en ces terme: «la pertinence et l’intérêt d’un enseignement critique des cultures religieuses en tant que faits de civilisation ne fait même pas l’objet d’une allusion. Ils n’ont évidemment pas leur place dans une vision du monde qui fait du sujet humain un animal essentiellement économique, amputé de ses dimensions symboliques.» Quant à la langue française, poursuit-il, elle est «réduite au statut d’instrument de communication». En outre, «le rabattement des langues étrangères sur l’anglais seulement s’inscrit dans cet utilitarisme à courte vue», déclare- t-il.
L’importance de comprendre le fait religieux dans notre société
Pour Régis Debray, le rapport Thélot enterine le «renoncement de l’école dans ses devoirs de transmission des savoirs». L’ancien président dénonce également une école à deux vitesses, dans laquelle une élite accède à «un humanisme éclairé» tandis que pour les autres, «l’enseignement se résumera à un simple technicisme naïf». Faisant allusion à l’attentat du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center à New York, il lance: «l’enseignement laïc du fait religieux ne peut être promis, dans ces conditions et jusqu’au prochain 11 septembre, qu’à un destin végétatif et décoratif».
L’intellectuel français Régis Debray, après avoir adhéré au parti communiste, s’installe à Cuba et suit Che Guevara en Bolivie, où il est arrêté et emprisonné. Rentré en France, il se penche sur l’analyse des médias et fonde les Cahiers de médiologie. Il devient conseiller du président François Mitterrand de 1981 à 1984. Il a publié une dizaine d’ouvrages. En 1985, il devient maître des requêtes au Conseil d’Etat. Il a été également membre de la commission Stasi, qui a rendu son rapport le 11 décembre 2003, à l’origine de la proposition, entre autres, de la loi sur les signes religieux dans les établissements scolaires (apic/cx/vb)




