Inquiétude grandissante parmi les employés du Vatican
«Y a-t-il un réel souci pour la personne humaine» au Vatican?, s’alarme l’Association des employés laïcs du Vatican (ADLV) déplorant une dégradation de la situation sociale au sein du plus petit État du monde, dans un communiqué publié le 20 août 2024.
Cette entité, représentant 600 des près de 5’000 employés du Saint-Siège, s’interroge sur les conséquences des récentes réformes économiques sur les conditions de travail au Vatican et déplore une absence de dialogue social.
Au Vatican où les syndicats ne sont pas autorisés, l’ADLV, association reconnue par le Saint-Siège depuis sa fondation en 1993, est l’unique structure permettant un dialogue social entre les employés et la hiérarchie du petit État. Elle est amenée en particulier à travailler avec le Bureau central du travail du Siège apostolique (ULSA), l’organisme chargé des ressources humaines au Vatican, fondé en 1989.
D’un point de vue structurel, le Saint-Siège a connu une importante refonte de ses institutions durant le pontificat de François dans le but de moderniser et rationaliser le fonctionnement de son administration. Le train de réformes intense lancé depuis 2014 a abouti à la publication par le pape François d’une nouvelle Constitution apostolique, Praedicate Evangelium, en 2022. Cette dernière permet une reconfiguration du fonctionnement de la Curie romaine en mettant en avant la dimension missionnaire de cette structure, parfois décrite comme pesante et entachée par plusieurs scandales financiers.
Si le fonctionnement du pôle économique du Vatican a été particulièrement pris en compte dans cette grande réforme, les ressources humaines ne font pas partie des structures concernées – les statuts de l’ULSA étant toujours ceux établis par Benoît XVI en 2009. Or, au fur et à mesure de l’application des réformes, effectuée parfois de manière chaotique, a enflé un sentiment d’animosité aujourd’hui largement diffus envers les responsables de l’économie vaticane, en particulier ceux du secrétariat pour l’Économie et de l’ULSA.
«Les Relations Humaines font une pure gestion de main d’œuvre, sans prendre en considération les compétences des uns et des autres, ou les aspirations de cette main d’œuvre», a expliqué un employé du Vatican, qui considère que cette situation est à l’origine d’un récent mouvement de contestation au sein du personnel des Musées du Vatican, mais aussi de certains scandales financiers. Une autre source vaticane estime qu’ironiquement, de nombreux employés nommés au sein de l’ULSA n’ont eux aussi pas été recrutés en fonction de leur compétence, mais «placés» là opportunément.
Le Vatican, «multinationale quelque peu claudicante»
Sans critiquer les réformes de manière frontale, l’ADLV durcit le ton par rapport à son dernier appel publié le 8 juillet dernier, dans lequel les mêmes questions étaient abordées avec un certain optimisme. Elle exprime désormais une réelle perplexité face à ses effets dans son communiqué, évoquant une «transformation radicale» de l’environnement social. Mettant en cause le soin apporté aux conditions de travail du Vatican, l’association assure vouloir «protéger l’image du Saint-Siège, malheureusement mise à mal ces dernières années par des scandales».
L’ADLV déplore en particulier le recours grandissant au Vatican à des prestataires extérieurs – c’est en particulier le cas au dicastère pour le Service du développement humain intégral, assure une source vaticane – qui, connaissant mal la culture du Vatican, transformerait la «famille» des employés du petit État en une «multinationale quelque peu claudicante» dont les employés ne jouissent pas des primes et avantages accordés aux prestataires.
C’est le cas notamment de la plupart des services de ménage et de conciergerie, affirme-t-elle, mais aussi de la gestion des actifs de la «banque du Vatican», l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA) confiés à des «sociétés essentiellement américaines» aux dépens de ses employés. Est aussi concerné le célèbre supermarché du Vatican, l’Annona, dont la gestion devrait être transférée intégralement à une chaîne de supermarché privée – l’entreprise romaine Pewex, selon plusieurs médias italiens.
Opacité et angoisse pour l’avenir
L’ADLV souligne aussi l’absence de transparence au Vatican et déplore que le bilan financier du Saint-Siège n’ait plus été publié par le secrétariat pour l’économie depuis 2022 (bilan de l’année 2021). Elle remet en cause l’efficacité de certains aspects de la réforme, mais aussi de nombreuses mesures prises à l’encontre des salariés, notamment le gel de la prime d’ancienneté ou des promotions décidé par le pape en 2021 en réponse aux pertes générées par la pandémie de Covid-19.
«Que faut-il attendre de la réforme annoncée des salaires?», s’inquiète encore l’ADLV, assurant qu’elle ne compte pas rester «indifférente si de nouvelles mesures pénalisant les salariés sont prises». Elle dénonce, dans ce contexte difficile, les privilèges accordés à «quelques-uns» sans respect des «critères méritocratiques».
L’ADLV anticipe aussi avec crainte une hausse des loyers administrés par des entreprises privées pour le Vatican. Ces appartements romains sont alloués aux employés du Vatican à des prix en dessous de ceux du marché italien. Cependant, assure l’association, un alignement sur le marché italien ne prendrait pas en compte l’absence d’évolution des salaires au Vatican depuis 2008.
Affirmant avoir le sentiment d’une «déconstruction» progressive des structures sociales vaticanes, l’association critique enfin un environnement dans lequel «tout le monde se tait». Elle affirme que les responsables, lorsqu’ils sont interrogés, «peinent à donner des réponses». «On a un règlement qui dicte du haut vers le bas, mais du bas vers le haut, il n’y a pas de dialogue», abonde un cadre d’un des dicastères du Vatican, qui affirme que les bureaux de l’ULSA sont «inaccessibles» aux employés. (cath.ch/imedia/cd/gr)





