Brésil: Construction du barrage de Belo Monte sur le Xingu: un désastre écologique?

Partisans et adversaires se renvoient la balle

Brasilia, 15 août 2010 (Apic) Dans l’impossibilité de se représenter à la présidentielle du 3 octobre, le président brésilien Lula jouit d’une popularité de près de 85%, selon un sondage conduit par l’institut Ibope. Mais son bilan reste mitigé s’agissant de la protection des indigènes. De l’environnement. Avec notamment la construction, controversée, du barrage de Belo Monte.

« La construction du barrage de Belo Monte sur le Xingu sera un désastre pour l’écosystème déjà si fragile de la région, » estime Janice Cuhna, citée par Pierre Bratschi, d’InfoSud, de retour de Belo Monte. Janice Cuhna est biologiste à l’université d’Altamira, petite ville de cent mille habitants endormie au bord de la rivière, est catastrophée quand elle parle de ce projet. Belo Monte, – barrage de 6 km de large avec des canaux de dérivation gigantesques – doit devenir dans dix ans le troisième complexe hydroélectrique le plus puissant du monde, en plein cœur de l’Amazonie.

Son de cloche différent du côté de ceux qui le construisent, ce barrage: « C’est comme si on construisait un canal de Panama au milieu de la forêt », s’enthousiasme Sirio Gomez l’ingénieur en chef du barrage. Le premier coup de pioche doit être donné au mois d’octobre sur les rives du Xingu, un des plus gros affluents de l’Amazone. Six cents kilomètres carrés de forêt seront inondés et deux cents kilomètres de rivière asséchés.

Reste les conséquences, note le journaliste d’InfoSud: De nombreuses espèces de poissons vont disparaître. « Ces mêmes espèces sont protégées par des lois fédérales », s’insurge la biologiste, spécialiste de la faune aquatique. « La stagnation des eaux va changer l’acidité et la température du Xingu et l’équilibre de la rivière sera bouleversé. Certains prédateurs vont proliférer et pourraient mettre en danger l’existence même de la vie dans le lac d’accumulation. A terre, ce ne sont pas moins de 44 espèces de vertébrés qui seront menacées, principalement parmi les oiseaux, les tortues et les lézards. »

Constat bien évidemment réfuté par Sandra Xavier, secrétaire générale du consortium en faveur du projet : « le gouvernement a commandé une étude d’impact environnemental avant d’autoriser la construction. Le projet est conçu de telle manière que ces impacts soient minimaux au regard des avantages que procurera la construction du barrage. » C’est justement à propos de ce rapport que partisans et opposants au projet se déchirent. « Comment voulez-vous croire en ce rapport, alors qu’il a été écrit par l’entreprise mandatée pour la construction », fulmine Renata Pinheira, biologiste et spécialiste des questions environnementales. « 40 scientifiques brésiliens indépendants se sont penchés sur ce rapport, ils n’y ont relevé que contradictions, incohérences, falsifications, le tout étayé par des données la plupart du temps fantaisistes. »

Des indiens de la région du Xingu, soutenus par l’Eglise et le réalisateur du film Avatar, James Cameron, essayent d’obtenir des appuis contre la construction de ce barrage – le troisième barrage le plus grand au monde (11’000 MW) – qui devrait commencer en septembre. (apic/infosud/pb/pr)

15 août 2010 | 13:19
par webmaster@kath.ch
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