Pas de «tour de vis» face aux «abus liturgiques»
Rome: Le Vatican confirme la prochaine révision des compétences de la Congrégation pour le culte divin
Rome, 9 février 2011 (Apic) Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a confirmé à la presse, le 9 février 2011, qu’un «Motu proprio» (*) de Benoît XVI était bien en préparation en vue de transférer certaines compétences technico-juridiques de la Congrégation pour le culte divin vers le tribunal de la Rote romaine. Alors que la presse italienne annonçait un «tour de vis» face aux abus liturgiques, le Père Federico Lombardi a aussi tenu à préciser que ce document pontifical ne visait pas à promouvoir un «contrôle de type restrictif» en la matière.
«Il est vrai qu’un ’Motu proprio’ est à l’étude depuis longtemps, a ainsi déclaré le Père Lombardi, pour mettre en place le transfert d’une compétence technico-juridique (…) de la Congrégation pour le culte divin vers le Tribunal de la Rote romaine». Et de donner en exemple la compétence de la «dispense pour le mariage ›conclu et non consommé’».
Ainsi, comme l’indiquait l’agence de presse I.MEDIA en mai 2010, le «Motu proprio» en préparation vise à transférer les compétences concernant les dispenses de mariage dans le cas d’unions célébrées mais non consommées d’un dicastère à l’autre de la curie romaine. Pour l’heure, c’est la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements qui, par le biais d’une commission spéciale d’une soixantaine de ›commissaires’, est chargée d’accorder ces dispenses qui relèvent du pape. Bien que ces dispenses soient de type administratif, et non judiciaire, elles seront prochainement du ressort du Tribunal de la Rote romaine.
Selon le Code de droit canon (Can. 1061), le «mariage valide entre baptisés est appelé ›conclu seulement’ s’il n’a pas été consommé». En outre, il est appelé «’conclu et consommé» «si les conjoints ont posé entre eux, de manière humaine, l’acte conjugal apte de soi à la génération auquel le mariage est ordonné par sa nature et par lequel les époux deviennent une seule chair».
Ni restriction, ni tour de vis
Dans sa déclaration, le Père Lombardi a en outre précisé qu’il n’y avait «aucun fondement ni aucune raison» de voir dans ce «Motu proprio» une intention de «promouvoir un contrôle de type ›restrictif’ de la part de la congrégation dans la promotion du renouveau liturgique voulu par le Concile Vatican II». «Cela ne veut pas dire que la police arrive», ou le choix d’une «nouvelle politique» en la matière, a tenu à ajouter le Père jésuite.
Le Père Lombardi a ainsi démenti certaines informations parues dans la presse le matin même. Le vaticaniste du quotidien italien «Il Giornale» (**) Andrea Tornielli affirmait que la tâche de «promouvoir une liturgie plus fidèle aux intentions d’origine du Concile Vatican II» serait confiée au dicastère, «avec moins d’espaces pour les changements arbitraires et pour le retour d’une plus grande sacralité». Le quotidien italien «La Stampa» présentait quant à lui ce «Motu proprio» comme un «tour de vis» contre les abus liturgiques.
A la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, on confie que les changements à venir permettront avant tout au dicastère de recentrer ses compétences sur les questions liturgiques en écartant les questions purement juridiques.
La discipline liturgique
Nommé préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements en décembre 2008, le cardinal Antonio Cañizares Llovera était intervenu lors du consistoire extraordinaire du 19 novembre 2010 à propos de «la liturgie dans la vie de l’Eglise aujourd’hui», un sujet auquel Benoît XVI est particulièrement attaché. Le prélat espagnol avait alors exposé, devant les cardinaux du monde entier réunis autour du pape, l’importance de la prière liturgique dans la vie de l’Eglise et rappelé la nécessité de respecter la discipline liturgique. Le cardinal espagnol avait aussi insisté sur l’importance de l’application du «Motu proprio Summorum Pontificum» sur la messe en rite saint Pie V.
En décembre dernier, le cardinal Cañizares avait indiqué que Benoît XVI souhaitait «donner naissance à un nouveau mouvement liturgique, clair et vigoureux, dans l’Eglise tout entière», revenant sur la «précipitation» avec laquelle la réforme liturgique avait été mise en place après le Concile Vatican II (1962-1965). Il n’hésitait pas à parler de crise en matière de liturgie, déplorant en particulier «la perte du sens du sacré». En ouverture de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, en mars 2009, le cardinal Cañizares avait notamment souligné l’urgence d’un retour à l’esprit du renouveau liturgique.
(*) Un «Motu proprio», du latin «de son propre chef», est une lettre émise par le pape de sa propre initiative.
(**) Quotidien italien contrôlé par Silvio Berlusconi (apic/imedia/lb/ami/be)



