Genève : Le Musée international de la Réforme accueille deux nouvelles toiles
Passant par les Enfers, Luther et Calvin entrent au musée
Genève, 17 février 2011 (Apic) Le Musée international de la Réforme (MiR) a acquis deux toiles du début du XVIIIe siècle. Le peintre Egbert van Heemskerk y représente Luther et Calvin accueillis aux Enfers. Ce fut l’occasion, ce mercredi 16 février, pour le Professeur Frédéric Elsig de l’Université de Genève, de donner une conférence magistrale sur l’art de la satire et d’esquisser l’historique de ces deux pièces.
Le Professeur Elsig, spécialiste de la peinture du XVIIe siècle, s’est lancé sur la trace de ces toiles intitulées «Entrée de Luther aux Enfers» et «Entrée de Calvin aux Enfers». Il en retrouve une description parfaite dans le catalogue d’un marchand gantois, daté de 1838. Après avoir circulé par Gand et Bruges, les tableaux deviennent la propriété d’une famille catholique romaine, anonyme, qui va les conserver près de 150 ans, avant de les céder au Musée genevois. L’histoire précédant ces événements s’avère délicate à reconstruire, faute de source.
L’identité du peintre suscite déjà la controverse. S’il s’agit bien d’un dénommé Egbert van Heemskerk, les historiens hésitent entre Egbert I le Père (~1634 – ~1704) et Egbert II le Fils (~1670 – 1744). Le Professeur Elsig penche quant à lui pour le Père, dont il décèle plus vraisemblablement le coup de pinceau. Toujours est-il que l’atelier van Heemskerk fit sa renommée à Londres, où père et fils furent les instigateurs d’une tradition satirique.
Bienvenue à la maison !
Il s’agit, à l’origine, très certainement d’une commande de gens du milieu catholique néerlandophone de Londres. On lit sur «l’Entrée de Luther aux Enfers» une inscription en hollandais révélatrice de l’identité du commanditaire. Luther s’avance en procession vers la porte des Enfers, assis sur le dos d’un âne squelettique et entouré de personnages monstrueux, mi-hommes, mi-bêtes, mi-objets, à l’image de cette tête sur pattes, qui lui tend une coupe d’un mystérieux breuvage. Une bannière le précède et l’acclame d’un «vivat Martinus Luther».
«L’Entrée de Calvin aux Enfers» semble présenter un réformateur moins décidé à plonger dans le gouffre béant que le prédicateur de Wittemberg. Il siège sur le squelette renversé d’un oiseau monstrueux lui servant de calèche, entraîné par un attelage fantastique vers l’abysse. L’effet satirique demeure pourtant : les toiles semblent adresser, aux deux personnages qu’elles mettent en scène, un infernal «bienvenue à la maison».
A la salle de la polémique
C’est un galeriste milanais qui a contacté le MiR, au nom de ses clients romains. D’emblée le Musée s’est intéressé aux deux œuvres et à chargé de leur expertise Mme Simona Sala, conservatrice, les Professeurs Olivier Fatio et Frédéric Elsig, et M. Victor Lopes, restaurateur au Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Ils sont rentrés de Milan émerveillés et convaincus de l’authenticité des toiles. Nous ne saurons rien des négociations qui suivirent, sinon que l’acquisition a pu se faire grâce à la générosité des familles Hempel, de Messieurs François Micheli et Lorenzo Pedrazzini. C’est à eux que l’on doit l’entrée des Luther et Calvin de van Heemskerck, non aux Enfers, mais – quelle ironie! – à la salle de la polémique du Musée international de la Réforme. (apic/pdf/amc)



