Fribourg: Série Apic: 40e anniversaire du Synode 72
Passer d’un catéchisme à répéter à une participation à la vie ecclésiale
Fribourg, 18 juillet 2012 (Apic) En 1972, l’ouverture du Synode des catholiques suisses suscite l’enthousiasme. 40 ans plus tard, des acteurs de l’époque confient ce qu’ils perçoivent comme sa plus grande réussite et débattent de la question de l’œcuménisme. Premier volet d’une rétrospective sans tabou.
La plus grande réussite du Synode 72 a été d’avoir eu lieu, déclare laconiquement François Gross, ancien rédacteur en chef de «La Liberté». L’évêque de Lugano, Mgr Pier Giacomo Grampa, retient surtout sa dimension communautaire: le Synode a «soulevé un grand vent de ferveur et de participation dans la Communauté». Cette vision concorde avec celle de l’ancien président du Conseil synodal neuchâtelois, le pasteur Michel de Montmollin: il a «libéré la parole, favorisé une meilleure cohésion des différentes parties du diocèse et permis des contacts œcuméniques profonds».
De l’avis de l’évêque émérite de Saint-Gall, Mgr Ivo Fürer, «le Synode 72 est et reste un jalon important, montrant qu’il est possible pour l’Eglise catholique en Suisse de comprendre les signes des temps, de regarder avec courage vers l’avenir et de combiner ensemble les différentes compétences dans l’Eglise.»
La dimension d’ouverture, insufflée par le pape Jean XXIII lors de l’annonce du Concile Vatican II, était bien présente au Synode national, souligne l’évêque émérite de Lausanne, Genève et Fribourg et de Coire, Mgr Amédée Grab. Ce Synode «a aidé les catholiques à prendre conscience de la dimension nationale et internationale des défis posés à l’Eglise, des enjeux et des espoirs dérivant d’une réception commune de Vatican II. Et d’abord de se connaître d’un diocèse à l’autre».
Vie ecclésiale effective et responsable
L’ancien évêque de Coire relève aussi la responsabilité du peuple de Dieu: «dans l’Eglise, tous sont responsables». «L’Eglise est d’abord ’peuple de Dieu’, organisé dans la diversité des ministères et services, et porteur d’une multiplicité de dons», rappelle aussi André Kolly, qui fut l’attaché de presse romand du Synode.
L’ancien directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT) évoque encore la participation des laïcs à la vie ecclésiale: on est passé «d’un catéchisme à recevoir et répéter, à une participation à la vie ecclésiale effective et responsable. C’était un enjeu formidable. Pendant les sessions du Synode de septembre 1972 à novembre 1975, ce sont chaque fois plus d’un millier de délégués qui siégeaient en sept lieux différents, avec un programme commun, et aussi un cœur commun».
Des protestants, observateurs dans un Synode catholique
Pour la première fois, les protestants siégeaient comme observateurs dans un Synode catholique. La Fédération des Eglises protestantes était représentée dans les organes préparatoires et dans toutes les commissions. «Les délégués protestants sont entendus avec toute l’attention voulue et peuvent faire valoir le point de vue des Eglises réformées-évangéliques», écrivait la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse dans une lettre ouverte du 21 avril 1971.
40 ans plus tard, le pasteur Michel de Montmollin confirme ce souci d’œcuménisme. «Nous nous sentions généreusement accueillis… Le vécu œcuménique du canton de Neuchâtel s’en est trouvé élargi et renouvelé». Cette ouverture est l’œuvre d’un changement considérable, reconnaît Mgr Grampa. «On est passé d’attitudes de fermeture, de refus, de défense à des attitudes de compréhension, de respect, d’accueil réciproque et de collaboration». La connaissance entre chrétiens et membres d’autres religions s’en est trouvée enrichie. «Une proximité humaine et des efforts communs, pour mieux comprendre la foi, ont parachevé ce chemin vers l’unité de l’Eglise», précise Mgr Fürer. Les premiers fruits ne se sont pas fait attendre. «Le Synode… a créé des liens profonds entre les Eglises du pays, irréversiblement. Pas seulement entre les institutions, mais entre les personnes», ajoute André Kolly.
Mais les liens, aussi forts soient-ils, n’ont pas supprimé toutes les aspérités. Parmi les problématiques oecuméniques brûlantes figurait l’hospitalité eucharistique, même si «nombre de foyers dits ’mixtes’ représentent pour les communautés de vrais appels de l’Esprit», selon l’ancien attaché de presse romand. La question a retenu l’attention des représentants au Synode. Elle a soulevé «le scandale de la division entre chrétiens», lisons-nous dans l’avant-projet synodal.
Pour ou contre l’hospitalité eucharistique?
Parmi les catholiques, les avis divergeaient sur la question de l’hospitalité eucharistique. Pour certains, les frères séparés ne devaient pas être admis à la même table. L’hospitalité eucharistique se trouve au terme d’une recherche qui aura abouti à un accord doctrinal au sujet de questions controversées, comme la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, son caractère sacrificiel et le problème du ministre, précisait le rapport de la commission. C’est la position vers laquelle tendent aujourd’hui Mgr Grab et Mgr Grampa. «L’hospitalité ne peut être envisagée qu’entre Eglises qui reconnaissent comme sacrements l’Eucharistie et l’Ordre, déclare l’évêque émérite de Coire… Ma conviction est que l’unité ecclésiale est la condition et non le fruit de l’hospitalité eucharistique». «Pour être vraie, sincère et authentique, elle doit aller de pair avec la reconnaissance des mêmes vérités de foi, selon le principe: ’lex orandi, lex credendi’ (la loi de la prière détermine la loi de la croyance)», défend aussi l’évêque de Lugano. Autrement, on encourt le risque de «poser des gestes non sincères, parce qu’ils n’expriment pas la même foi».
D’autres catholiques encourageaient l’accueil des frères séparés à la même table. Cet avis semblait être celui de Mgr Pierre Mamie, déjà à l’époque évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. «Il m’avait personnellement invité… à recevoir la communion lors de l’acte final», témoigne l’ancien président du Conseil synodal fribourgeois, le pasteur Jean-Pierre Rapin.
En faveur d’une hospitalité limitée
Le Synode 72 a finalement tranché la question en ces termes: «Une hospitalité eucharistique limitée parmi les Eglises chrétiennes de Suisse nous semble dès aujourd’hui possible. Elle n’a de sens et n’est féconde pour l’œcuménisme que si elle est comprise dans un esprit de réciprocité, et non comme un geste de condescendance de la part d’une seule Eglise».
Qu’en est-il de l’hospitalité eucharistique en 2012? «Les relations entre les paroisses dépendent beaucoup des convictions des prêtres», note l’ancien pasteur Rapin, résidant à Lausanne. «Elle est vécue sans problème lors de célébrations communes régulières», constate le pasteur de Montmollin. Le journaliste fribourgeois François Gross est plus critique: «Quand il y a hospitalité eucharistique, elle est quasi-clandestine. Les protestants ont le sentiment que l’œcuménisme est, de loin pas, une priorité pour le pontife actuel».
S’engager dans ce débat théologique ne mettra pas un terme à cette question séculaire délicate. Par contre, s’investir dans le chemin de la compréhension et du respect, c’est déjà vivre la voie médiate défendue par le Synode. «Respectons-nous les uns les autres, invite l’évêque émérite de Sion, le cardinal Henri Schwery, mais n’imposons ni aux uns ni aux autres de sacrifier des vérités essentielles, pour mettre en commun une apparente ’unité’, au lieu d’une réelle recherche de compréhension et de respect mutuel». (apic/ggc)
Encadré
Le cardinal Henri Schwery, ancien évêque de Sion, représentait les prêtres du monde enseignant au Synode 72. Il était le modérateur principal du Synode du diocèse de Sion et délégué aux rencontres synodales suisses à Berne.
Mgr Amédée Grab, ancien évêque de Lausanne, Genève et Fribourg puis de Coire, était modérateur des assemblées interdiocésaines.
Mgr Ivo Fürer, ancien évêque de Saint-Gall, était président de la commission préparatoire interdiocésaine, lors des réunions plénières suisses, ainsi que du Synode 72 du diocèse de Saint-Gall.
Mgr Pier Giacomo Grampa, évêque de Lugano, était l’un des trois modérateurs au Synode diocésain de Lugano, membre de la commission 4 «L’Eglise comme communauté» et de la commission 11 «Formation, culture et loisirs».
Le pasteur retraité Michel de Montmollin, ancien président du Conseil synodal neuchâtelois, était délégué de l’Eglise réformée et évangélique du canton de Neuchâtel.
Le pasteur retraité Jean-Pierre Rufin était observateur. Il occupait alors la présidence du Conseil Synodal de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Fribourg.
François Gross, laïc, ancien rédacteur en chef du quotidien fribourgeois «La Liberté», était membre de la commission 12 «Information et formation».
André Kolly, laïc également, ancien directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT), était attaché de presse romand du Synode 72. A ce titre, il participait aux séances interdiocésaines et aux séances romandes. Il était aussi correspondant de l’Apic. (apic/ggc)



